Après le Brexit, vient la tempête ? Le ton durcit entre Londres et Bruxelles

Les négociations sur l'accord qui liera le Royaume-Uni et l'Union européenne commenceront en mars.
Les négociations sur l'accord qui liera le Royaume-Uni et l'Union européenne commenceront en mars. - © KENZO TRIBOUILLARD - AFP

Trois jours ont passé depuis le Brexit et la bataille de l’après a commencé entre Londres et Bruxelles ce lundi, Boris Johnson rejetant l’alignement réclamé par Bruxelles sur les règles de l’UE comme prix à payer pour un accord de libre-échange "très ambitieux".


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A distance, le ton s’est durci entre le Premier ministre britannique et le négociateur européen Michel Barnier. Ils ont chacun présenté leurs objectifs et leurs lignes rouges, pour la nouvelle ère qui s’est ouverte ce vendredi avec la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Les deux parties disposent d’une période de transition de 11 mois pour négocier un accord. Sinon, leurs échanges pourraient se retrouver très perturbés. Cela inquiète déjà les marchés financiers où le bras de fer engagé a fait chuter la livre lundi.

Eviter une économie dérégulée aux portes de l’Europe

Michel Barnier a fait miroiter un accord commercial "très ambitieux", pour éliminer tous les droits de douane et tous les quotas sur les biens échangés avec le continent, soit des conditions plus avantageuses que celles offertes aux autres partenaires de l’UE.

En contrepartie de cette ouverture inhabituelle, Bruxelles refuse de voir émerger une économie dérégulée à sa porte, qui profiterait d' "avantages concurrentiels déloyaux", a prévenu le Français. "Nous ne serons pas naïfs", a-t-il lancé.

"Plus le Royaume-Uni veut être proche (des règles européennes), plus l’accès au marché unique sera facile […] c’est une question d’équité", a renchéri la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.


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Le Premier ministre britannique s’est voulu rassurant : son pays ne prévoit ni de faire une "concurrence déloyale" à l’UE, ni une "course vers le bas" sur les normes. Tout en martelant sa position de principe : le Royaume-Uni n’a pas à s’aligner sur les règles de l’UE "sur la concurrence, les subventions, la protection sociale, l’environnement" pour espérer un accord de libre-échange.

"Allons-nous empêcher les voitures italiennes ou du vin allemand d’entrer dans ce pays sans droits de douane faute d’alignement de l’UE sur nos règles britanniques sur les touillettes à café en plastique ou sur les congés maternité ? […] Bien sûr que non", a-t-il assuré.

Le futur superman du libre-échange ?

Comparant son pays à Clark Kent prêt à devenir le Superman du libre-échange face aux protectionnistes qui gagnent du terrain, l’artisan du Brexit a de nouveau exprimé les ambitions commerciales mondiales de son gouvernement en rappelant qu’il comptait négocier simultanément avec plusieurs pays hors de l’UE, des Etats-Unis à la Nouvelle-Zélande.

Son chef de la diplomatie Dominic Raab se rendra dans les deux semaines à venir en Australie, au Japon, à Singapour et en Malaisie pour discuter commerce.

"Le plus important pour 2020, c’est qu’après avoir quitté l’UE en début d’année, nous aurons regagné une indépendance économique et politique totale à la fin", a déclaré M. Raab devant les députés. "C’est à ce moment-là que s’achèvera la période de transition et elle ne sera pas prolongée".

Vu ce délai très court, les négociations entre Londres et Bruxelles, qui ne s’ouvriront que début mars, devront être menées tambour battant.

Avec le Royaume-Uni, "nos intérêts ne sont pas toujours convergents, en revanche il faut que nous travaillions à la convergence de nos intérêts à 27" pour ces pourparlers, a plaidé ce lundi la secrétaire d'Etat française chargée des affaires européennes, Amélie de Montchalin.

La pêche, là où le bat blesse

L’accès au marché unique du continent, fort de ses quelque 440 millions de consommateurs, est crucial pour le Royaume-Uni puisque l’UE reste son premier partenaire commercial. Sans accord, il faudra en revenir au cadre de l’Organisation mondiale du commerce, ce qui serait bien plus pénalisant car cela impliquerait des droits de douanes pour les entreprises importatrices et exportatrices.

La pêche, sur laquelle les deux parties ont promis de s’entendre avant le 1er juillet, sera l’un des sujets sur lesquels "existe le risque de rupture le plus grave", a rappelé Michel Barnier, pour qui le futur accord devra garantir "un accès réciproque continu aux marchés et aux eaux avec des quotas stables".


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Les pêcheurs de plusieurs Etats membres, comme la France et le Danemark, sont dépendants des eaux britanniques. Ces dernières représentent 30% du chiffre d’affaires des pêcheurs français.

De son côté, Boris Johnson a souligné que "reprendre le contrôle" de ces eaux poissonneuses était de première importance et qu’elles devraient être accessibles d’abord aux "bateaux britanniques".
 

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