Immigration en UE: une "task force" pour déminer les tensions nord-sud

Illustration: aux côtés de José Manuel Barroso et Enrico Letta, la maire de Lampedusa porte les couleurs du pays devant des centaines de cercueils de migrants qui n'ont pu être secourus, lors du drame de Lampedusa
Illustration: aux côtés de José Manuel Barroso et Enrico Letta, la maire de Lampedusa porte les couleurs du pays devant des centaines de cercueils de migrants qui n'ont pu être secourus, lors du drame de Lampedusa - © ROBERTO SALOMONE

Les dirigeants de l'Union européenne misent sur une "task force" pour déminer les tensions entre le nord et le sud de l'Europe sur l'accueil des demandeurs d'asile. Après la question de l'espionnage américain, les 28 ont évoqué vendredi le drame de l'île italienne de Lampedusa, mais n'ont pas ébauché de vrai changement dans la politique européenne d'asile.

Le consensus européen sur l'immigration reste le même, a dit en substance le Premier ministre belge Elio Di Rupo à l'issue du sommet. Les 28 n'entendent "pas admettre l'immigration illégale", mais veulent "en même temps accorder toute l'attention au caractère humain".

La "très longue discussion" entre les chefs d'Etat et de gouvernement n'en a pas moins été "la première fois depuis que je suis là qu'on prend le dossier en main de cette manière", a-t-il dit.

La task force européenne "devrait permettre d'atteindre l'objectif d'une politique coordonnée et solidaire", selon lui. Il s'agira notamment d'atténuer les tensions entre le sud et le nord de l'Europe en matière d'accueil de réfugiés.

"L'idéal serait d'avoir moins de flux" d'immigration, a encore indiqué le Premier ministre. Faute de pouvoir gérer tous les problèmes de la planète, l'UE devrait y travailler en "renforçant les relations" avec les pays d'origine, selon lui.

L'immigration clandestine, épineuse question européenne

Les dirigeants européens se sont attaqués ce vendredi à l'épineuse question de l'immigration clandestine, trois semaines après la tragédie de Lampedusa, au dernier jour d'un sommet largement consacré à l'espionnage américain en Europe.

Ils devraient également trouver un accord a minima. "La discussion risque de virer à l'affrontement nord-sud", a confié un diplomate européen.

Alors que 700 migrants à la dérive ont encore été secourus dans le canal de Sicile dans la nuit de jeudi à vendredi, la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaité, dont le pays assure la présidente tournante de l'UE, a affirmé que "la tragédie de Lampedusa", qui a fait des centaines de morts en octobre, "ne doit pas se renouveler". "Ce n'est pas seulement un problème du sud de l'Europe, c'est un problème européen".

Division sur les solutions

Pour autant, les dirigeants européens sont divisés sur les solutions à apporter pour éviter que cette tragédie ne se reproduise en Méditerranée.

Le projet de conclusion préparé pour le sommet insiste sur les principes de la solidarité, mais renvoie les propositions concrètes à décembre prochain. Et l'épineuse question de l'asile, qui divise les pays du nord de l'Europe et ceux du sud, est renvoyée à juin 2014, après les élections européennes.

Les traités européens prévoient le partage des responsabilités, y compris financières, pour les affaires intérieures. Mais les pays du Nord refusent tout partage du fardeau. Le traitement des demandes d'asile incombe aux autorités du pays d'arrivée, et 24 des 28 membre de l'UE refusent obstinément de modifier oud'assouplir cette règle.

Changer le système

"Ne nous décevez pas", avait lancé jeudi la maire de Lampedusa, Giusi Nicolini. Petite île de 6000 habitants située en plein milieu de la Méditerranée, Lampedusa est la première porte de l'UE. Depuis le début de l'année, 13000 migrants et demandeurs d'asile ont débarqué sur cette terre à bord de 140 navires, a rappelé le président du Parlement européen Martin Schulz.

L'UE propose deux actions : relancer le dialogue avec les pays de départ et de transit des migrants. Or cette tâche est impossible avec la Libye en raison du chaos politique, a relevé la commissaire en charge des affaires intérieures Cecilia Malmström.

Les Européens s'engagent aussi à renforcer les moyens de Frontex, l'agence chargée de gérer la coopération aux frontières extérieures de l'UE, et du bureau européen d'appui en matière d'asile.Or les grands argentiers de l'UE ont taillé le budget alloué à ces deux agences. Le Parlement européen a tenté de rétablir ces fonds. Un signal des dirigeants européens est attendu vendredi pour approuver une remise à niveau du budget 2014.

L'argent doit permettre de financer la grande action de surveillance et de sauvetage dans les eaux de la Méditerranée entre Chypre et l'Espagne, annoncéejuste après le drame de Lampedusa.

Le groupe de travail s'est réuni cette semaine pour identifier les moyens et les fonds nécessaires. Il doit rendre un rapport avec des "propositions concrètes" pour la réunion des ministres de l'Intérieur de l'UE des 5 et 6 décembre.

Giusi Nicolini est plus que dubitative. "Les réponses ne sont pas Frontex ou Mare Nostrum", l'opération de surveillance lancée par Rome avec cinq navires dela Marine italienne, a-t-elle affirmé. "Ces opérations limitent les naufrages,mais elles ne permettent pas de les éviter", a-t-elle expliqué.

"Il faut changer le système d'asile", soutient-elle. Mais le sujet est trop sensible pour les dirigeants de l'UE, attaqués sur cette question par des partis populistes de plus en plus vindicatifs.

Belga et AFP

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