Apple, Adidas... 80 grandes marques liées au travail forcé des Ouïghours en Chine?

Comme en 2018, autour des institutions européennes, la communauté ouïghoure n'a de cesse de dénoncer les atteintes aux droits humains perpétrées par la Chine.
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Comme en 2018, autour des institutions européennes, la communauté ouïghoure n'a de cesse de dénoncer les atteintes aux droits humains perpétrées par la Chine. - © EMMANUEL DUNAND - AFP

Des marques prestigieuses (BMW, Apple, Adidas, Lacoste,…) sont soupçonnées, par des chercheurs australiens, d’être lié à des accusations de travail forcé en Chine. Des dizaines de milliers de membres de la minorité musulmane ouïgoure, sortis des camps d’internement, auraient été conduits vers des usines fournissant au moins 80 des plus grandes marques mondiales. Etat des lieux sur ces révélations et plongée aux côtés d’une communauté discriminée, établie majoritairement dans la région du Xinjiang.

Des camps d’internement aux usines de grandes marques

Protégées par des haies de barbelés qui les rendent inaccessibles, de massives bâtisses s’offrent au regard. En Chine, dans le Nord-Ouest, dans la région du Xinjiang, les autorités les appellent sobrement des "centres d’entraînement volontaire". Derrière les hauts murs, un million de personnes, des Ouïghours, un million et demi selon d’autres sources.

La Chine ne nie pas leur présence, pas plus qu’elle ne passe sous silence l’existence de ces camps. Mais là où les autorités chinoises jugent "dégoûtante" la façon dont leur finalité est présentée, nombreux sont les militants des droits humains à dénoncer leur fonctionnement.

Les fuites de documents confidentiels, internes au parti communiste chinois, sont révélatrices d’une dure réalité. En novembre dernier, quelques notes atterrissent entre les mains d’un consortium international de journalistes d’investigation. Elles décrivent la manière dont les "suspects" sont privés de liberté.

"Il y a beaucoup d’étudiants qui sont conduits vers ces structures", explique Adrian Zenz, chercheur, spécialiste de la Chine. "La priorité ultime, c’est de les empêcher de s’échapper. On lit, par exemple, des infos détaillées sur le système de fermeture des portes, une fois que ces personnes les ont franchies. Détaillés aussi, le mode de surveillance, le mouvement des policiers qui sont présents sur place, les patrouilles…"

Un génocide culturel est en cours

Bref, à la lecture de ces commentaires, consacrés à l’organisation interne de ces centres, on comprend que le volontariat n’est pas de mise. Et que les membres de la communauté ouïgour de Chine, minorité musulmane, sont bel et bien détenus arbitrairement. D’après des listes, consultées en février dernier, les motifs ne manquent pas pour être enfermés : la demande d’un passeport, les envies de pèlerinage ou le port du voile ou de la barbe semblent être des motifs suffisants pour l’incarcération. La fermeture prolongée d’un restaurant, pendant le mois de ramadan, peut aussi mener directement vers les centres de rééducation.

Dans ces structures, il leur est notamment enseigné le chinois, au détriment de leur langue et leur tradition culturelle. Ce qui fait dire à la plupart des observateurs étrangers qu’un "génocide culturel" est en cours dans la région du Xinjiang. D’ailleurs les témoignages de ceux et celles qui en sont sortis évoquent des "abus", des "tortures" quelquefois : "On nous dit que nous avons été empoisonnés par notre religion", explique la mère d’une famille ouïgoure. "On nous dit que nous pratiquons l’islam qui n’est qu’une maladie infectieuse et qu’il n’y avait qu’une religion en Chine : le bouddhisme."

83 grandes marques liées au travail forcé

A ce tableau, loin d’être rassurant, viennent se greffer les informations récentes fournies par un Institut de stratégie politique australien. Il affirme que des milliers de détenus, issus de ces camps d’internement, n’y sont plus présents. Non pas qu’ils aient recouvré la liberté. Mais ils ont été transférés ailleurs, comme main-d’œuvre, vers des usines. Voici ce que dit le rapport : "Des usines recourent au travail forcé des Ouïghours, par un mécanisme de transfert, en encadré par l’Etat chinois." Il précise que les Ouïghours, désormais ouvriers pour l’Etat, seraient transférés dans le reste de la Chine tout en restant privés de liberté et forcés de travailler sous étroite surveillance.

De là à dire que les entreprises qui bénéficient de cette main-d’œuvre sont hors-la-loi, il n’y a qu’un pas. Un pas que 83 marques connues mondialement dans la technologie, le textile ou l’automobile auraient allègrement franchi, selon les analystes australiens.

Apple, Adidas, H & M, Volkswagen et les autres…

Parmi les marques épinglées : Apple, Sony, Samsung ou Microsoft. Mais le détail des données n’épargne pas l’industrie textile : H & M, Nike, Puma, Lacoste ou Adidas figurent aussi noir sur blanc dans le rapport. La main-d’œuvre contestée concerne aussi des constructeurs automobiles que sont les groupes BMW, Volkswagen, Mercedes-Benz ou encore Jaguar…

Le rapport appelle les groupes épinglés à "conduire des enquêtes immédiates et approfondies sur le respect des droits de l’Homme dans les usines les fournissant en Chine, y compris en y menant des inspections rigoureuses."

Officiellement, le gouvernement chinois reconnaît transférer ce qu’il appelle des "forces de travail excédentaires" du Xinjiang vers d’autres régions au nom de la lutte contre la pauvreté.

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