Apartheid contre les Rohingyas en Birmanie: trois questions pour comprendre

Le rapport d'Amnesty International publié ce mardi l'affirme: les Rohingyas de Birmanie sont victimes d'apartheid. C'est la première fois que l'ONG de défense des Droits de l'Homme emploie ce terme pour qualifier la politique du gouvernement birman dans l'Etat de Rakhine (ou Arakhan).

Le rapport a été rédigé après 5 ans de recherches sur le terrain, dans l'Etat de Rakhine. Les chercheuses de l'ONG de défense des Droits de l'Homme ont mené plus de 200 entretiens avec les populations issues des diverses ethnies sur place.

Qu'est-ce qui amène Amnesty à parler d'apartheid?

Nous avons posé la question à Philippe Hensmans, président d'Amnesty Belgique.

"C'est la première fois depuis l'Afrique du Sud que nous parlons d'apartheid. Et dans ce cas-ci, nous avons décidé d'examiner de près les mesures qui ont été prises par le gouvernement au Myanmar. Nous nous sommes rendus compte que tout était rassemblé en ce qui concerne cette partie du pays. Et qu'à peu près dans tous les domaines il y a de la discrimination à l'égard de cette catégorie de la population. A partir de ce moment-là, il ne s'agit plus simplement de dire qu'il y en a quelques uns, et on va demander au gouvernement de tout revoir. Ici il s'agit de quelque chose qui était mis en place systématiquement à l'égard de cette population-là".

Amnesty international le précise dans le rapport: "Le fondement ethnique de la discrimination contre les Rohingyas et la ségrégation qu'ils subissent, le fait qu'ils soient qualifiés d'étrangers, ainsi que l'objectif de ces lois qui visent clairement à dominer ces communautés, nous ont permis de conclure qu'elles s'apparentaient à un apartheid, qui est un crime contre l'humanité".

Quelle est la nature des discriminations systématiques à l'encontre de la population Rohingya?

La première discrimination, selon le rapport, est la violation du droit à une nationalité. La loi de 1982 sur la nationalité prévoit une discrimination sur base ethnique. Cette loi permet la privation des droits des Rohingyas à la nationalité et à leur droits de citoyens. Les autorités sont en outre engagées dans une politique active de privation de pièces d'identité et de certificats de résidence.

Une autre discrimination est celle qui concerne la liberté de circulation sur le territoire. Les entraves à la liberté de mouvement des Rohingyas sont généralisées depuis 2012. Il leur faut une autorisation pour se rendre dans une autre municipalité ou une autre région. Des contrôles d'identité sont réalisés le long des trajets, exposant les Rohingyas à des menaces et à des tortures. Ces limitations de circulation entravent leur droit à se faire soigner. Même en cas de menace vitale, les Rohingyas ne peuvent pas accéder à des soins dans les hôpitaux qui se trouvent en dehors des zones où ils habitent. Les populations Rohingyas sont également privées d'accès à l'enseignement public. Les enseignants ne postulent pas non plus dans les autres écoles de leur région. Les Rohingyas, privés de leurs droits économiques et sociaux, ne trouvent pas d'emploi, et sont victimes pour certains de grave malnutrition. Enfin, dans l'Etat de Rakhine, les musulmans ne peuvent pas exercer librement leur religion, car les rassemblement de plus de quatre personnes sont interdits.

Ces graves discriminations empêchent les Rohingyas de se réunir pour se mobiliser et défendre leurs droits.

Que demande Amnesty international?

Amnesty international demande au gouvernement birman de démanteler l'apartheid en place dans le pays.

L'ONG demande aussi l'implication de de la communauté international dans ce conflit, afin qu'elle garantisse, entre autres, l'obligation de rendre des comptes pour ces violations des droits humains.

Amnesty international demande enfin aux Nations Unies de mettre  à disposition les ressources nécessaires pour les opérations sur place.

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