Anniversaire des accords de paix, Brexit et IRA : les ingrédients d'une nouvelle flambée de violences en Irlande du Nord

Anniversaire des accords de paix, Brexit et IRA : les ingrédients d’une nouvelle flambée de violences en Irlande du Nord
Anniversaire des accords de paix, Brexit et IRA : les ingrédients d’une nouvelle flambée de violences en Irlande du Nord - © PAUL FAITH - AFP

Des véhicules de police en flammes après avoir été la cible de cocktails Molotov, une trentaine de policiers blessés, une dizaine d’émeutiers arrêtés, dont des adolescents de 12 à 17 ans : l’Irlande du Nord vit une nouvelle période de tensions et de mécontentements.

Les premiers incidents se sont produits vendredi à Londonderry et à Belfast. C’était le 23e anniversaire des accords du Vendredi Saint, des accords dont l’objectif était de mettre fin à ce que les Irlandais et les Britanniques appellent " les Troubles ", autrement dit toutes ces années de violences sanglantes et d’affrontements meurtriers entre républicains et unionistes nord-irlandais qui ont fait, tout au long de ces trente ans d’affrontements, au moins 3500 morts. Une période sombre que personne en Irlande n’a oubliée, et que personne ne souhaite revivre, mais les tensions existent encore et toujours entre ceux qui rêvent d’une réunification avec l’Irlande et les loyalistes indéfectiblement attachés à la couronne britannique.

Ces jeunes sont là sans savoir très bien pour quelles raisons

Les appels au calme de différents responsables politiques n’ont pas suffi : samedi, de nouveaux affrontements se sont produits entre police et émeutiers loyalistes dans les rues d’Irlande du Nord, particulièrement à Belfast, dans la banlieue de Newtonabbey. Les fauteurs de troubles agissaient en petits groupes de 20 à 30 personnes selon un responsable de la police nord-irlandaise, mais ils étaient à la fois déterminés et préparés : au total, plus de 50 cocktails Molotov ont été jetés en direction de la police et plusieurs véhicules ont été incendiés. Des briques, des objets en métal ou encore des feux d’artifice ont aussi été utilisés comme projectiles en direction des policiers.


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Et cela s’est reproduit dimanche, à Newtonabbey (Belfast), à Londonderry ou encore à Carrickfergus (au nord de Belfast). A Newtonabbey, les violences impliquaient cette fois une centaine d’émeutiers dont certains avaient à peine une quinzaine d’années, ce qui fait dire à Mark Lindsay, le patron du syndicat de la police d’Irlande du Nord, que "ces jeunes sont là sans savoir très bien pour quelles raisons, manipulés par des adultes appartenant à des groupes paramilitaires".

Les affrontements se sont déroulés selon un scénario qui incite les policiers à croire qu’il n’a jamais vraiment été question de "manifestation" mais bien de confrontation programmée avec les forces de l’ordre. Selon le correspondant de la BBC en Irlande du Nord, des policiers auraient entendu "it’s party time" à leur arrivée, autrement dit "que la fête commence"…

 

Le Brexit alimente encore les tensions

 

L’anniversaire des accords du Vendredi Saint n’explique pas à lui seul ce regain de tension en Irlande du Nord. Cela fait en réalité plusieurs semaines que gronde un mécontentement lié à l’application du Brexit, et plus précisément à la mise en place des contrôles sur les marchandises arrivant en Irlande du Nord depuis la Grande-Bretagne. Ce protocole, mis en place le 1er janvier dernier pour éviter le retour d’une frontière physique entre la province britannique et la République d’Irlande, est jugé " intolérable " par Arlene Foster, Première ministre d’Irlande du Nord et leader du parti unioniste DUP, qui demande un abandon pur et simple des contrôles pour que soit rétablie "l’intégrité du marché intérieur britannique".


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Sous pression, notamment parce que des menaces ont été proférées contre le personnel chargé de procéder aux contrôles, le Premier ministre britannique Boris Johnson a repoussé, en principe temporairement, certains de ces contrôles, ce qui a provoqué la colère de l’Union européenne qui prépare une riposte judiciaire.

 

L’ombre de l’IRA n’a pas fini de planer

 

A tout cela s’ajoute une nouvelle polémique qui ravive les animosités après la décision du parquet nord-irlandais de ne pas poursuivre 24 membres du Sinn Fein (le parti républicain qui prône la réunification de l’île) dont Michelle O’Neill, Vice-première ministre du gouvernement, pour leur participation en juin 2020 aux funérailles de Bobby Storey, personnage important de l’IRA (l’Armée républicaine irlandaise). Malgré les restrictions dues à la pandémie, près de 2000 personnes s’étaient réunies pour ces funérailles, tout en respectant les mesures de distanciation sociales, mais cette affluence est considérée par les unionistes comme une façon de perpétuer la "cause" républicaine. La Première ministre Arlene Foster a dès lors réclamé la démission du chef de la police d’Irlande du Nord, qui a aussitôt fait savoir qu’il n’avait aucune intention de démissionner.


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 Dans un communiqué publié ce lundi après-midi, la police d’Irlande du Nord a qualifié les violences de ces derniers jours de "totalement insensées" et "dénuées de toute justification" et demandé à ceux qui peuvent avoir une influence "de faire leur possible pour éviter que d’autres émeutes surviennent". Les responsables politiques des deux camps ont en effet un rôle à jouer. Sur le site du Sinn Fein, on peut lire cette récente flambée de violence trouve son origine dans la "rhétorique unioniste". Le DUP quant à lui demande bel et bien que cesse cette violence, tout en accusant le Sinn Fein d’être responsable de la colère des gens qui n’ont pas pu être entourés de leurs proches lors d’un décès pendant les restrictions dues à la pandémie et qui ont vu 2000 personnes pouvoir assister aux funérailles de l’un des leurs. En Irlande du Nord, les affrontements ne se produisent donc pas uniquement à coups de pierres et de cocktail Molotov.

Entretemps, dans les rues de Belfast où se sont produits les violents affrontements d’hier, tout a été rapidement nettoyé, une habitude forgée au fil des années.

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