Annexion de la Cisjordanie par Israël : coup de bluff ou tournant historique ?

De gauche à droite: Yomtob Kalfon de La Nouvelle Droite, Binyamin Lachkar du Likoud, Marco Sarrabia du parti travailliste
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De gauche à droite: Yomtob Kalfon de La Nouvelle Droite, Binyamin Lachkar du Likoud, Marco Sarrabia du parti travailliste - © RTBF

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a réservé pour la fin de campagne électorale une surprise dont il a le secret. Il s'est dit prêt à annexer les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée en cas de réélection. Pareille annexion mettrait fin la solution dite "à deux États", c'est-à-dire la création d'un État palestinien coexistant avec Israël.

Coup de bluff ou tournant de la politique israélienne? Beaucoup en Israël se posent la question. Nous l'avons a posée aux représentants de trois partis israélien : le Likoud, le parti de droite traditionnelle du Premier ministre, la Nouvelle droite, parti plus radical issu d’une scission du Foyer Juif, et le parti travailliste qui continue à défendre les accords d’Oslo de 1992 avec les Palestiniens.

Le paradigme européen de la solution à deux États ne marche pas

Binyamin Lachkar est le président du Likoud francophone, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahou. Pour lui, cette annonce vient confirmer sa ligne politique. "Le Likoud a toujours été opposé à un Etat palestinien, donc c’est l’application de sa politique". Pour le Likoud, "le paradigme européen de la solution à deux États ne marche pas et n’intéresse même pas les palestiniens eux-mêmes donc il faut vraiment penser "out of the box" et trouver d’autres solutions qui seront meilleures pour tout le monde".

Une solution possible selon Binyamin Lachkar, une sorte de système de villes-émirats. "Une idée est que chaque ville soit une sorte d’émirat autonomes, ou alors on peut faire une solution avec la Jordanie comme avant 88. Les arabes de Judée Samarie (Cisjordanie occupée) redeviendraient citoyens jordaniens. Ils auraient le droit de vote aux élections jordaniennes et une autonomie élargie". 

Pour rappel, la Judée Samarie est le terme biblique souvent utilisé en Israël pour désigner la Cisjordanie occupée. Au moment des accords d'Oslo, signés en 1993, en vue de la création d'un Etat palestinien, le territoire a été divisé en trois zones: la zone A, sous contrôle palestinien, la zone B où les Palestiniens n'ont qu'une autorité administrative et la zone C, sous contrôle complet de l'Etat d'Israël. C'est la zone C qui serait dans un premier temps annexée par Israël, soit 60% du territoire occupé.

Il en a besoin, de ces accords d’Oslo

Pour Marco Sarrabia membre du comité directeur du Parti travailliste, au centre-gauche de l'échiquier politique israélien, la sortie du Premier ministre actuel est "du bluff". "Il en a besoin de ces accords d’Oslo", explique-t-il. "Si ils étaient vraiment si mauvais que ça, il les aurait annulés. Il aurait annexé la Judée-Samarie, mais il ne l’a pas fait pendant 10 ans. A deux jours des élections il parle d’un annexion pour faire les yeux doux à son aile droite". 

Mais le fait est que le débat sur le conflit israélo-palestinien n'a pas véritablement été au cœur de la campagne. Les déclarations de Benjamin Netanyahou apparaissent donc comme une forme d'opportunisme politique. Pour le parti travailliste, toujours défenseur d'une solution à deux États, "il y a trop de dichotomie de ce pays. Devant un langage de haine, venir avec un langage conciliant on est toujours perdant. La haine et toujours plus forte que l’amour", se désole Marco Sarrabia.

Ça prouve que Netanyahou se rend compte que le peuple israélien va clairement vers sa droite 

Yomtob Kazlfon est avocat et candidat de la Nouvelle Droite, un parti de droite radicale, opposé à l'existence d'un État palestinien. Pour lui, l'annonce du Premier ministre israélien est "une bonne nouvelle et ça prouve aussi que Netanyahou se rend compte que le peuple israélien va clairement vers sa droite. Le peuple israélien ne veut plus de ces solutions biaisées dont on paye le prix jusqu'aujourd’hui, solution de type Oslo et autres projets suicidaires pour l’État d’Israël". 

Yomtob Kazlfon ajoute cependant que la question d'une annexion des colonies juives en territoire occupé n'était pas du tout au cœur de la campagne. Selon lui, le peuple israélien ne veut plus d’une solution à deux États. "Depuis qu’Israël s’est retiré de la bande de Gaza nous n’avons ni sécurité, ni paix".

Le parti propose donc dans un premier temps d'annexer la zone C, qui comprend aujourd'hui 70 000 Palestiniens. Les Palestiniens y vivant auraient ensuite la possibilité de demander la nationalité israélienne. Un opération "sans influence sur la balance démographique israélienne" selon lui. Pour ce qui est des zones A et B, le parti envisage de ne pas les annexer mais plutôt d'installer une forme d'autonomie. 

Quoiqu'il en soit, à la veille des élections, cette annonce du Premier ministre israélien ressemble à une tentative de séduction envers les partis les plus à droite de l'échiquier politique israélien.

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