"Angela Merkel a affaibli la démocratie avec sa politique migratoire"

Raffaele Simone
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Raffaele Simone - © Youtube

La démocratie est en crise. Et pour l’essayiste Raffaele Simone, elle est même à un tournant historique.

Il interroge d’abord le concept même démocratie. Et pour lui, les principes démocratiques sont des fictions. Ils décrivent des idéaux auxquels il faut faire référence si on veut obtenir de résultats positifs. "Le principe d’égalité est évidemment faux parce que le monde est plein d’inégalités. Mais le modèle démocratique l’assume comme principe indiscutable. C’est un principe fictif mais opératoire".

Une crise de la représentation

Et pour Raffaele Simone, certains principes sont plus fragiles que d’autres, surtout quand ils sont sollicités par des circonstances historiques qui les impactent. Et il pointe, en particulier, Le principe de représentation. "Les masses sont obligées de désigner un petit groupe de personnes qui représentent leurs intérêts et qui sont théoriquement semblables à leurs électeurs. Or la corruption, la professionnalisation de la politique et le népotisme font que ce principe arrive à son terme. C’est pour cela que les gens ne se présentent plus au bureau de vote, L’abstention est un phénomène européen très répandu". En plus, on refuse la politique en tant que telle, explique Raffaele Simone. "Les forces anti-système se multiplient. Ces mouvements sont contre. Pas contre quelque chose, mais contre n’importe quoi. Cela a un aspect positif: L’énergie politique des citoyens est encore là. Et un aspect inquiétant: ces mouvements n’ont pas le sens des institutions et des règles qui organisent la vie publique".

La mondialisation et l’immigration en question

Pour Raffaelle Simone, la crise démocratique que nous vivons a deux origines: l’immigration clandestine et la mondialisation. "La mondialisation apparaissait comme un progrès, avec la mise en contact des peuples, des gens et des capitaux. Mais ce n’en était pas un. Des centrales planétaires imposent leurs décisions aux gouvernements locaux qui n’ont pas la taille financière pour s’y opposer. Dans certains cas, ces organisations placent même directement leurs hommes dans les gouvernements (le gouvernement Bush junior ou le gouvernement Trump). Et donc les gens ne vont plus voter.

L’autre phénomène, important et prévisible, c’est l’immigration clandestine. En 2015, le phénomène a changé de dimension et de nature. Des millions de personnes se sont présentées aux frontières. La réponse de l’Europe a été désorganisée, incohérente et litigieuse. Les citoyens ont commencé à avoir peur: peur de perdre leur emploi, peur de la proximité avec des gens dont ils ne comprennent pas la langue et peur des principes et des valeurs islamiques, même si c’est politiquement incorrect de le dire".

Angela Merkel : ce n’était pas du courage mais de la témérité

Et face à cette réponse émotionnelle des peuples, à ce réflexe universel de peur, la réponse politique n’aurait pas été appropriée. "Angela Merkel a décidé qu’on pouvait accueillir tout le monde. Mais elle l’a payé cher. Angela Merkel a affaibli la démocratie. Elle s’est mise en difficulté dans son gouvernement et elle accéléré l’insatisfaction et l’irritation du peuple. Les résultats électoraux successifs l’ont montré. Il faut avoir du courage pour sélectionner les gens qui arrivent. La décision d’Angela Merkel, ce n’était pas du courage, c’était de la témérité".

"D’autres pays ont refusé le système de la répartition par quota dans les différents pays. Des pays du centre de l’Europe ont commencé à construire des murs. Cette désunion au sein de l’Europe a aussi affaibli la confiance des citoyens vis-à-vis du monde politique. Sur les grands thèmes, il faut voir ce que veulent les citoyens".

Quelle démocratie à l’avenir ?

Raffaele Simone voit deux évolutions possibles. "Soit on va vers une démocratie de basse intensité, avec moins de votants et des représentant impuissants, soit on va vers une démocratie volatile, avec des partis ou des personnalités qui émergent puis qui disparaissent. Il n’y pas de solution toute faite. Mais je pense qu’il faut donner plus d’espace à l’opinion des gens. Pas spécialement par référendum, qui n’est jamais qu’une manière silencieuse et inarticulée d’exprimer sa pensée. Il faut que les gens puissent se parler de manière argumentée chaque fois que c’est nécessaire".

Raffaele Simone a publié chez Gallimard "Si la démocratie fait faillite". Il était interviewé par Arnaud Ruyssen dans Soir première.

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