Anders Breivik s'est employé à "déshumaniser" ses victimes

L'extrémiste norvégien Anders Behring Breivik et ses avocat, au 5e jour de son procès, au tribunal d'Oslo
L'extrémiste norvégien Anders Behring Breivik et ses avocat, au 5e jour de son procès, au tribunal d'Oslo - © Heiko Junge/AFP

Anders Behring Breivik, jugé pour le massacre de 77 personnes l'an dernier en Norvège, a repris ses explications vendredi, journée au cours de laquelle il devait aborder la tuerie d'Utoeya au risque, selon son avocat, de choquer l'assistance. Il s'est présente comme quelqu'un de "sympathique" mais qui a du "déshumaniser" ses futures victimes pour accomplir son forfait.

"Je suis quelqu'un de très sympathique en temps normal", a expliqué Breivik au cinquième jour de son procès. Mais, a-t-il précisé, il a dû refouler ses émotions, notamment en pratiquant la méditation, et couper ses liens sociaux dès 2006 en vue de pouvoir se préparer à commettre les deux attaques du 22 juillet 2011.

Ce jour-là, il avait ouvert le feu sur des centaines de jeunes travaillistes réunis en camp d'été sur l'île d'Utoeya, faisant 69 morts, essentiellement des adolescents. Juste avant, il avait fait exploser une bombe près du siège du gouvernement norvégien dans le centre d'Oslo, faisant huit autres victimes. Se disant en guerre contre "les élites" qui permettent "l'islamisation" de l'Europe, Breivik a reconnu les faits mais refuse de plaider coupable.

Vendredi, il a expliqué avoir décidé de perpétrer une "opération-suicide" -il pensait mourir le 22 juillet- après avoir épuisé "toutes les voies pacifiques" pour promouvoir sa cause nationaliste, une tentative qui s'est heurtée à "la censure" des médias acquis, selon lui, au multiculturalisme. Breivik a une nouvelle fois accusé les médias européens de censurer systématiquement l'idéologie nationaliste depuis la fin de la seconde guerre mondiale et estimé que l'école était un "camp d'endoctrinement" œuvrant pour le "marxisme culturel". Pour pouvoir perpétrer la fusillade, l'extrémiste de droite de 33 ans a indiqué avoir recouru à un "mécanisme de défense" et qu'il avait "déshumanisé" ses victimes en s'entraînant mentalement pendant plusieurs années. "Il faut déshumaniser l'ennemi (...) Si je ne l'avais pas fait, je n'aurais pas réussi" à perpétrer le massacre, a-t-il dit.

Pénalement responsable

"Je ne suis pas un cas psychiatrique et je suis pénalement responsable", a déclaré Breivik, interrogé sur son manque apparent d'empathie par une avocate des parties civiles.

"Quand on voit quelque chose de si extrême, on peut penser que c'est de la folie mais il faut différencier extrémisme politique et folie dans le sens clinique du terme", a-t-il déclaré.

La question de la santé mentale de l'extrémiste, jugé pénalement irresponsable dans une première expertise psychiatrique puis responsable par une contre-expertise, est centrale dans ce procès qui doit durer 10 semaines.

Déclaré pénalement irresponsable, il risque l'internement psychiatrique à vie. Responsable, il encourt 21 ans de prison, une peine qui pourrait ensuite être prolongée aussi longtemps qu'il sera considéré comme dangereux.

Avec agences

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