Amnesty: la peine de mort comme outil de dissuasion politique

Mais on constate tout de même des progrès en 2014: le nombre d’exécutions recensées a diminué par rapport à 2013 et plusieurs pays ont pris des mesures positives en vue de l’abolition de la peine capitale.

Une nouvelle fois, la Chine a procédé à elle seule à un plus grand nombre d’exécutions que tous les autres pays réunis. Amnesty International estime que des milliers de personnes y sont condamnées à mort et exécutées chaque année.Toutefois, il est impossible d’établir le chiffre réel, car ce type de statistiques y est classé secret ’État.

Les quatre autres pays ayant exécuté le plus grand nombre de prisonniers en 2014 sont l’Iran (289 exécutions reconnues officiellement et au moins 454 non reconnues par les autorités), l’Arabie saoudite (au moins 90), l’Irak (au moins 61) et les États-Unis (35).

À l’exclusion de la Chine, au moins 607 exécutions ont eu lieu en 2014, contre 778 en 2013, soit une baisse de plus de 20 %. En 2014, 22 pays ont procédé à des exécutions, un nombre qui reste inchangé par rapport à 2013. On constate une nette diminution en 20 ans, depuis 1995, date à laquelle Amnesty International avait recensé des exécutions dans 41 pays. La tendance durable vers l’abolition de la peine capitale se confirme dans le monde. la peine de mort est peu à peu reléguée au passé.

La peine de mort pour la sûreté de l’État

Sur l’ensemble de la planète, se dessine une tendance inquiétante à recourir à la peine de mort pour lutter contre les menaces à la sûreté de l’État. La Chine, le Pakistan, l’Iran et l’Irak ont exécuté des personnes accusées de " terrorisme ". . Les exécutions se sont poursuivies à un rythme soutenu en 2015.

En Chine, les autorités ont recouru à la peine de mort dans le cadre de la campagne " Frapper fort " menée pour lutter contre les troubles qui secouent la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Au moins 21 personnes ont été exécutées en 2014 en lien avec différents attentats, tandis que trois personnes ont été condamnées à mort lors d’un procès collectif qui s’est déroulé dans un stade, devant des milliers de spectateurs.Dans des pays comme la Corée du Nord, l’Iran et l’Arabie saoudite, les gouvernements continuent de se servir de la peine de mort pour éliminer la dissidence politique.

Hausse des condamnations à mort, baisse des exécutions

Le nombre de condamnations à mort recensées a connu une nette augmentation par rapport à l’année précédente, passant de 1925 en 2013 à au moins 2466 en 2014, soit une hausse de 28 %. Cette recrudescence est en grande partie due à la hausse constatée en Égypte et au Nigeria, où des centaines de personnes ont été condamnées à mort.

Paradoxalement, le nombre effectif d’exécutions a baissé: 607 exécutions ont été recensées en 2014, soit une baisse de près de 22 % par rapport à 2013 (à l’exclusion de la Chine, qui a exécuté un nombre de prisonniers plus élevé que l'ensemble des pays du globe réunis).

Au Nigeria, le nombre de condamnations à mort recensées a fait un bond de plus de 500, passant de 141 en 2013 à 659 en 2014. Les tribunaux militaires ont prononcé des condamnations à mort lors de procès collectifs, condamnant environ 70 soldats lors de différents procès. Ces hommes ont été déclarés coupables de mutinerie dans le cadre du conflit armé avec Boko Haram.

En Égypte, le nombre de condamnations à mort prononcées s’est accru de 400 par rapport à 2013, pour atteindre au moins 509 en 2014. Lors de procès collectifs ne respectant pas les normes d’équité, 37 personnes ont été condamnées à mort en avril et 183 en juin.

Les méthodes et les crimes

En 2014, les méthodes d’exécution utilisées ont été notamment la décapitation, la pendaison, l’injection létale et le peloton d’exécution. Des exécutions publiques ont eu lieu en Iran et en Arabie saoudite. Des personnes ont été condamnées à la peine capitale pour toute une série de crimes n'ayant pas entraîné la mort, tels que des vols avec violence, des infractions à la législation sur les stupéfiants et des crimes économiques, mais aussi pour des actes qui ne devraient même pas être considérés comme des délits, comme l’" adultère ", le " blasphème " ou la " sorcellerie ". De nombreux pays ont utilisé le prétexte de "crimes" politiques, définis en termes vagues, pour exécuter des dissidents réels ou supposés.

Francoise Wallemacq
 

 

 

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