Américains et Russes à Washington, malgré les tensions

Barack Obama et Vladimir Poutine le 17 juin 2013 lors du G8 en Irlande du Nord
Barack Obama et Vladimir Poutine le 17 juin 2013 lors du G8 en Irlande du Nord - © Jewel Samad

Américains et Russes se retrouvent vendredi à Washington pour une réunion ministérielle censée maintenir le dialogue entre deux puissances aux relations glaciales et deux jours après l'annulation d'un sommet entre les présidents Barack Obama et Vladimir Poutine.

Cette rencontre "2+2" des secrétaires d'Etat et à la Défense, John Kerry et Chuck Hagel, face à leurs homologues russes, Sergueï Lavrov et Sergueï Choïgou, se tiendra au département d'Etat en fin de matinée, avant un entretien entre les ministres des Affaires étrangères. MM. Kerry et Lavrov se voient et se téléphonent très régulièrement et sont réputés entretenir de bons rapports personnels.

Mais les relations diplomatiques entre les anciens ennemis de la Guerre froide sont tombées à un niveau rarement vu depuis des années, depuis que le président Obama a annulé mercredi son sommet avec le président Poutine. L'événement était prévu début septembre à Moscou, avant le sommet du G20 les 5 et 6 septembre à Saint-Petersbourg où M. Obama devrait toutefois se rendre.

Pour justifier ce camouflet sans précédent depuis les années 1960 dans l'histoire tumultueuse américano-russe, Washington a invoqué "le manque de progrès récents" sur nombre de dossiers comme la défense antimissile, la non prolifération nucléaire, le commerce et les droits de l'homme. Les Américains se disent aussi "déçus" par les Russes dans l'affaire Snowden.

Moscou s'est également dit "déçu" par la décision du président Obama.

Pour autant, aucun des deux Etats n'a évoqué une rupture.

"Nos relations avec les Russes sont importantes, nous parlons de nombreux sujets, nous avons réussi à coopérer et à trouver de nouveaux domaines de coopération", a assuré le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney. Son homologue du département d'Etat Jennifer Psaki a égrené les "points d'accords" comme sur "l'Afghanistan, l'Iran, la Corée du Nord", mais aussi la myriade de "désaccords" tels que "la Syrie, la défense antimissiles, les droits de l'homme" et le contentieux Snowden.

Les relations déjà froides se sont encore détériorées depuis que Moscou a accordé l'asile temporaire à Edward Snowden, un consultant informatique américain qui a révélé l'ampleur de la surveillance des communications électroniques par les renseignements américains.

M. Kerry devrait demander précisément à M. Lavrov la révocation du statut d'asile de M. Snowden afin qu'il puisse être renvoyé aux Etats-Unis pour y être jugé, a indiqué Mme Psaki.

La "relance enterrée"

La saga Snowden est venue s'ajouter à la liste des différends entre les Etats-Unis et la Russie depuis le retour au Kremlin en mai 2012 du président Poutine. En un an, Moscou a interdit aux Américains d'adopter des orphelins russes, a légiféré sur les ONG financées par des pays étrangers et a réprimé la "propagande homosexuelle" devant mineurs.

Les deux pays ont aussi des positions antagoniques sur la Syrie, même s'ils s'efforcent d'organiser une conférence de paix.

Sous le mandat du prédécesseur du président Poutine, Dmitri Medvedev, M. Obama avait proposé le fameux "Reset", la relance des relations bilatérales. Pour le président de la commission des Affaires étrangères de la Douma russe, Alexeï Pouchkov, l'annulation du sommet Poutine/Obama revient à "enterrer définitivement la relance".

M. Obama a reproché mardi à la Russie de revenir à "une mentalité de la Guerre froide".

Reste qu'aux yeux de Steven Pifer, de la Brookings, cité sur le site de son institut de recherche, "sur les grands dossiers -- la non prolifération, le commerce bilatéral (...) l'Iran, la Corée du Nord -- les intérêts des deux pays sont alignés (...) et les Etats-Unis et la Russie devraient pouvoir coopérer sur beaucoup de domaines".


AFP

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