Amazonie : expropriations, déforestation, élevage illégal… Amnesty international tire la sonnette d'alarme

Cet été, plusieurs incendies ont ravagé le poumon du monde.
Cet été, plusieurs incendies ont ravagé le poumon du monde. - © CHICO RIBEIRO - AFP

Amnesty Brésil sort, ce mardi, un rapport pointant l’impact dévastateur de l’élevage illégal de bétail en terres amazoniennes, responsable de la déforestation ou de l’expropriation des terres des populations indigènes. Au même moment, l’ONG et des dirigeants autochtones adressent une pétition ayant recueilli 162.000 signatures au gouvernement de Jair Bolsonaro, lui demandant "de mettre fin aux confiscations illégales de terres protégées en Amazonie".

" L’élevage de bétail illégal est la cause principale de la déforestation en Amazonie. Il pose une menace bien réelle, non seulement pour les droits fondamentaux des peuples indigènes et traditionnels qui y vivent, mais aussi pour l’écosystème de toute la planète", dénonce Richard Pearshouse, principal conseiller d’Amnesty International pour les situations de crise en matière d’environnement.


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Amnesty Brésil a mené une vaste enquête en se rendant dans cinq zones protégées où vivent des peuples indigènes "Karipuna et Uru-Eu-Wau-Wau, les réserves Rio Ouro Preto et Rio Jacy-Paraná, dans l’État de Rondônia, et le territoire des Manoki, dans l’État du Mato Grosso". Et entre cette enquête de terrains, les chiffres officiels et les images satellites, l’ONG dénonce une pratique qui, selon le rapport, " consiste à convertir la forêt en terres agricoles" et qui a pour conséquence l’expropriation illégale des terres des populations indigènes.

Le gouvernement complice

Pour Amnesty, le gouvernement de Jair Boslonaro ferme les yeux, sciemment sur les pratiques d’expropriations des terres des populations indigènes, et " certaines autorités au niveau des États laissent se développer l’élevage illégal de bétail qui détruit des zones protégées de forêt tropicale".


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Une surface équivalente à environ 500.000 km² aurait été convertie en pâturages. Selon les recherches effectuées, "le gouvernement de Jair Bolsonaro a réduit le budget et entravé le fonctionnement des agences de protection de l’environnement et des territoires indigènes, et certaines agences étatiques permettent dans les faits l’élevage de bétail dans les zones protégées".

Une mécanique bien huilée

Ce qu’Amnesty a pu observer, c’est une pratique systémique en cours dans la forêt amazonienne. En gros, explique le rapport, "les éleveurs de bétail et les grileiros – personnes privées s’appropriant illégalement des terres – mettent en œuvre une pratique répétée qui consiste à convertir la forêt tropicale en pâturages en Amazonie brésilienne. Des parcelles de forêt sont identifiées, les arbres sont abattus et enlevés, puis des feux sont allumés (souvent à plusieurs reprises dans la même zone) ; ensuite, on y fait pousser de l’herbe et on introduit le bétail". Autre signe révélateur de ce schéma de l’expropriation par des éleveurs, "l’apparition de clôtures et l’incendie de vastes zones de forêt. […] l’apparition de clôtures et l’incendie de vastes zones de forêt".

Intrus et intimidations

De nombreuses intrusions et cas d’intimidations ont également été constatés. Pire, "Les habitants indigènes et traditionnels de quatre des cinq zones protégées ont déclaré que les nouvelles intrusions s’accompagnent bien souvent de violences, de menaces et d’actes d’intimidation. Sur le cinquième site, la réserve de Rio Jacy-Paraná, la quasi-totalité des habitants indigènes ont été expulsés de force de la réserve et ont peur d’y retourner parce que des intrus armés liés à l’élevage de bétail se sont installés sur leurs terres".

Et comme si ça ne suffisait pas, les agences du gouvernement, chargées de la protection de l’environnement sont également prises à partie. Près du territoire Uru-Eu-Wau-Wau, un agent a déclaré, "près du territoire Uru-Eu-Wau-Wau, Trente-deux hommes, portant pour la plupart des cagoules, sont arrivés à pied derrière nous, avec des bouteilles de gaz… Il y a eu beaucoup de cris, de menaces, ils nous ont traités de voyous".


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Jair Bolsonaro, élu président du Brésil, le 1er janvier 2019, est réputé pour ses positions climatosceptiques. Cet été, de nombreux feux ont ravagé la forêt amazonienne, considérée comme le poumon du monde.

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