Amaya Coppens: "Quand on est en prison au Nicaragua, on n'a aucun droit"

La prisonnière politique belgo-nicaraguayenne Amaya Coppens est arrivée à Bruxelles ce samedi, trois mois après avoir été libérée. Pour elle, vivre hors des murs de la prison, où elle a passé neuf mois, n’a pas été de tout repos : "La situation est encore pire qu’en prison, parce qu’on est complètement poursuivis, il y a des menaces tout le temps, explique-t-elle. On ne sait jamais d’où le coup va sortir, les rues sont pleines de paramilitaires qui se chargent de menacer de frapper ceux qui continuent de parler du gouvernement." Une vie plutôt "fatigante" selon l’étudiante de 24 ans, pour qui venir en Belgique, c’est "un peu respirer".

Amaya Coppens décrit une situation très dure pour les prisonniers au Nicaragua : "La situation en général des prisons est complètement inhumaine, nous n’avons même pas accès à l’eau potable", dénonce-t-elle. En effet, la seule eau dont les prisonniers disposent est une eau thermale, pleine de soufre. "Nous étions complètement isolés du reste de la prison, sans avoir le droit de parler avec quiconque, enfermés à seize dans une même cellule de 4x8m, raconte la jeune femme. Les prisonniers peuvent sortir une fois par semaine, les autorités en profitent pour prendre des photos pour montrer que les prisonniers sont bien traités. "Pendant les visites de nos familles, ils prenaient des photos de nos familles et publiaient leurs noms et leurs adresses", explique Amaya. Une manière de faire pression sur la famille, parfois même sur les enfants des prisonniers.

Je ne peux plus mettre un pied à l’université

La libération n’est même pas une garantie, puisque selon Amaya Coppens, onze prisonniers ont depuis été recapturés. Certains ont même été battus et blessés, sans pouvoir voir de médecin en détention, sans compter les personnes diabétiques ou victimes de la dengue qui sévit dans le pays. "Quand on est en prison au Nicaragua, on n’a aucun droit : pas le droit de voir un avocat, un docteur, pas le droit à la santé", soupire Amaya Coppens.


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L’isolement des prisonniers politiques est social, et se vit même hors des murs de la prison : "par le simple fait de dire qu’on n’est pas d’accord avec ce que le gouvernement est en train de faire, on est plus considérés comme des citoyens avec des droits, mais comme des citoyens de seconde zone, affirme Amaya Coppens. Des citoyens qui n’ont pas le droit d’aller à l’hôpital ou de travailler. Amaya, elle, n’a plus le droit d’étudier. "Je ne peux plus mettre un pied à l’université, et on ne me laisse pas physiquement entrer, explique la jeune femme. La dernière fois que j’ai essayé de le faire, ils ont fermé les portes et appelé la police."

Les violations des droits de l’homme n’ont pas commencé en 2018

Mais Amaya se dit "chanceuse" : elle a pu compter sur la solidarité des autres "terroristes" (dit-elle ironiquement) de sa cellule. Surtout, elle a eu la chance de pouvoir sortir du pays pour voir sa famille et "être dans un climat plus tranquille". C’est pour cela qu’elle a choisi de venir en Europe : "Je pense que c’est aussi ma responsabilité morale de venir et de parler de la part de ceux qui ne peuvent pas venir parler."

Selon Amaya Coppens, la situation au Nicaragua n’est pas "publique" et donc pas très "claire" pour la communauté internationale. "Il y a plus de 130 prisonniers politiques, rappelle-t-elle. Ce n’est pas quelque chose qui a commencé en 2018, c’est une accumulation de violations des droits de l’homme." Le premier prisonnier politique au Nicaragua, Marvin Bardes, a été capturé en 2011. Il est toujours prison, malgré la fin de sa peine de 5 ans et l’ordre de libération. Accusé d’avoir fait venir de la drogue par sa femme venue lui rendre visite, il a été condamné pour douze ans supplémentaires.

Je vais y retourner

La situation au Nicaragua serait laissée "au second plan", estime Amaya Coppens, notamment en comparaison avec le Venezuela. Pourtant, "au Nicaragua, des personnes sont assassinées tous les jours." Cela concerne également les Nicaraguayens qui ont réussi à fuir le pays : environ 80.000 personnes seraient en train de chercher un refuge dans les pays voisins. "Ils ne sont pas acceptés, regrette Amaya. Et la police du Nicaragua les attend à l’aéroport pour les emmener directement en prison."


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Maintenant qu’elle est en Europe, Amaya Coppens va y rester quelques jours, pour profiter de famille d’abord. En prison, elle n’avait aucun moyen de joindre ses frères et le reste de sa famille. "C’était très émouvant de venir ici et de voir tout ce qu’ils ont fait quand j’étais en prison", se réjouit-elle. La militante va désormais tenter d’alerter le monde sur la situation "critique" du Nicaragua, pour que "la communauté internationale prenne conscience que les droits de l’Homme sont en train d’être piétinés et pas seulement depuis l’année passée."

Mais Amaya Coppens garde un œil sur le Nicaragua, où, elle le sait, elle devra bien retourner. "Il y a encore bien des choses à faire au Nicaragua, affirme-t-elle. Je sais qu’il y a une probabilité que plein de choses m’arrivent, mais je vais y retourner." Car pour bousculer les choses, il faudra être sur place. "Je suis réaliste, je sais que ce voyage en Belgique ne va pas tout changer", rappelle la jeune femme.

 

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