Alors que la tension monte encore d’un cran entre la Russie et l’Ukraine, retour sur 7 années de conflit

C’est une longue frontière de près de 1500 km qui sépare l’Ukraine et la Russie. Une ligne de contact directe, théâtre de violences depuis désormais 7 ans. Entre stratégies politiques et volontés citoyennes, retour sur cette guerre larvée aux portes de l’Europe.

Sept ans de conflit

2014, des révolutions pro occidentales éclatent en Ukraine. Elles résultent de la décision de l’État Ukrainien de ne pas signer un accord d’association avec l’Union Européenne, au profit d’un autre avec la Russie. La position géographique de l’Ukraine et son histoire font qu’une partie de la population se tourne vers l’Europe alors que l’autre regarde la Russie. La population de Crimée, majoritairement russophone, se soulève en 2014 et demande son indépendance.

Quelques jours plus tard, elle est annexée à la Russie. Depuis 7 ans, ce conflit a fait plus de 13.000 morts et près d’1,5 millions de personnes déplacées. L’intensité des combats a largement baissé après les accords de paix de Minsk, conclus en 2015. Cependant, aucune solution politique n’a été apportée. Depuis quelques mois, la pression monte autour de la frontière séparant l’Ukraine et la Russie.

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Le conflit s’intensifie de chaque côté de la frontière russo-ukrainienne. Les deux pays se renvoient chacun la responsabilité de l’augmentation des tensions. © AFP

La pression monte

Alors qu’un cessez-le-feu était en place et largement respecté pendant toute la deuxième moitié de 2020, un véritable regain de violence inquiète les observateurs. Dans la région du Donbass se trouvent des séparatistes pro russes. L’Ukraine et les pays occidentaux accusent le Kremlin d’armer, diriger et financer ces séparatistes. La Russie nie toujours cette ingérence. Les responsables ukrainiens et américains s’inquiètent depuis plusieurs jours de l’arrivée de milliers de soldats et de matériel militaire russe à la frontière russo-ukrainienne.

D’après le Kremlin, ces mouvements militaires seraient défensifs et ne représentent aucune menace. Le porte-parole du Kremlin s’est exprimé. D’après lui, "Les forces armées russes se trouvent sur le territoire russe aux endroits qu’elles jugent nécessaires et appropriés, et elles y resteront aussi longtemps que nos dirigeants militaires et notre commandant suprême le jugeront approprié". Moscou se place en tant que défenseur des séparatistes, au cas où une opération militaire ukrainienne d’envergure se déroulerait. Le Kremlin évoque la protection de la population locale à laquelle elle a distribué des passeports russes. "Le comportement de la partie ukrainienne suscite le risque de combats de grande échelle", explique le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskoc.

Campagne de désinformation

Quant à l’Ukraine, elle accuse Moscou de chercher un prétexte à une confrontation armée. Le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, le général Rouslan Khomtchak, a pointé du doigt la responsabilité de la Russie. Il estime que le Kremlin met en place une "campagne de désinformation" en disant que Kiev prépare une offensive. De leur côté, les Ukrainiens accusent Moscou d’amasser des troupes aux frontières. La porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, a soutenu que le nombre de militaires russes le nombre de militaires russes à la frontière de l’Ukraine n’avait jamais été aussi élevé depuis le début du conflit en 2014.

L’Ukraine a exclu vendredi la possibilité de toute offensive militaire contre les séparatistes. "La libération par la force des territoires occupés temporairement conduira inévitablement à de nombreuses pertes civiles et militaires, ce qui est inacceptable pour l’Ukraine", a déclaré le général Rouslan Khomtchak. Dans un communiqué publié sur Facebook, il a souligné que Kiev soutient une solution "politique et diplomatique" pour récupérer les territoires qui lui échappent depuis le début de ce conflit en 2014. Depuis le début de l'année, 24 soldats ukrainiens ont été tués à Donbass. Un soldat ukrainien a été tué jeudi matin dans cette région. Suite à cette annonce, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s'est rendu sur le front pour saluer le courage de ses soldats. 

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A la frontière de l’Ukraine, un 24e soldat a été tué depuis le début de l’année. © AFP

Fins stratèges

L’Ukraine espère depuis plusieurs années intégrer l’Otan. Mardi dernier, Kiev a demandé à l’organisation d’accélérer son processus d’adhésion à l’Alliance, dans l’espoir d’envoyer un signal à la Russie. Une perspective que le Kremlin voit d’un mauvais œil. En effet, elle craint le soutien qu’apportent les USA à l’Ukraine. Il pourrait permettre à Kiev de récupérer les territoires annexés par la Russie. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, espère se rapprocher encore plus des Etats-Unis et de l’Union Européenne.

Pour Poutine, se positionner en chef de guerre est stratégique. Il espère ainsi peser dans les négociations de la région de Donbass qui sont toujours en cours. C’est une manière de lancer un signal au monde politique international mais aussi à ses opposants russes, suite à l’affaire Navalny.

La sphère internationale s’en mêle

Depuis 2014, la France et l’Allemagne occupent la place de médiateurs dans le conflit. Les deux pays ont réaffirmé récemment leur soutien à l’Ukraine. Ils l’incitent à ne pas surenchérir et tentent de calmer le jeu avec la Russie. Angela Merkel, chancelière allemande, s’est récemment entretenue avec Vladimir Poutine. Alors que l’Ukraine et les Occidentaux pointent du doigt la responsabilité de Moscou et des séparatistes, Poutine s’est défendu. D’après le Kremlin, il aurait insisté sur la responsabilité de Kiev "dont les provocations visent ces derniers temps à aggraver volontairement la situation sur la ligne de contact." La conclusion de cette conversation est que Poutine et Merkel appellent à l’activation du processus de négociations.

Les Etats-Unis ont également assuré leur soutien à l’Ukraine. Deux navires de guerres américains seront envoyés dans la mer Noire, via le Bosphore. Jeudi, la porte-parole de la Maison Blanche a affirmé que les Etats-Unis étaient de plus en plus inquiets par la présence grandissante de troupes russes à la frontière ukrainienne et en Crimée.

Des pourparlers entre les conseillers politiques de Kiev, Moscou, Berlin et Paris sont prévus le 19 avril prochain.

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