Allemagne: 8 ans et demi de prison pour un migrant qui a tué son ex-petite amie

"Pas de place pour les nazis", clame une pancarte tenue par un manifestant à Chemnitz, dans l'est de l'Allemagne, le 1er septembre 2018
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"Pas de place pour les nazis", clame une pancarte tenue par un manifestant à Chemnitz, dans l'est de l'Allemagne, le 1er septembre 2018 - © John MACDOUGALL

La justice allemande rendait ce lundi un verdict attendu contre un demandeur d'asile accusé d'avoir tué une adolescente de 15 ans, un procès dont s'est saisie l'extrême droite, comme à Chemnitz, pour faire campagne contre les étrangers. Lundi matin, la justice allemande a infligé une peine de 8 ans et demi de prison ferme au migrant jugé coupable.

Le jeune demandeur d'asile débouté, qui affirme être afghan mais dont la nationalité n'a pu être établie avec certitude, risquait jusqu'à 15 ans de prison dans ce procès qui s'est déroulé devant le tribunal de Landau, dans le sud-ouest de l'Allemagne près de la frontière française.

Tuée de plusieurs coups de couteau

Il avait tué fin 2017 son ex-petite amie dans une supérette de la ville de Kandel de plusieurs coups de couteau à pain, acheté sur place.

Il a reconnu les faits et exprimé des remords durant l'audience. L'accusation estime que jeune homme arrivé seul en Allemagne a agi par "jalousie" après que l'adolescente l'eut quitté.

Identifié comme Abdul D., le jeune demandeur d'asile a comparu devant une juridiction pour mineurs et du coup à huis clos, car il a affirmé avoir eu 15 ans au moment des faits. Un expert a évalué, lui, son âge à entre 17 et 20 ans.

L'extrême droite allemande a pris prétexte de cet homicide pour dénoncer depuis des mois la criminalité des migrants en Allemagne et dénoncer la politique d'Angela Merkel à leur égard, en organisant rassemblements et campagne d'affiches.

Campagne anti-Merkel

Ce meurtre fait partie d'une série d'agressions très médiatisées en Allemagne impliquant des demandeurs d'asile, qui ont alimenté la colère d'une partie de la population contre les migrants et la chancelière allemande Angela Merkel.

Cette dernière est devenue la cible privilégiée de l'extrême droite en particulier, qui l'accuse d'être à l'origine d'une hausse de l'insécurité après avoir les portes du pays à plus d'un million de candidats à l'asile en 2015 et 2016.

Le parti anti-migrants Alternative pour l'Allemagne (AfD), qui a fait une entrée spectaculaire à la chambre des députés il y a un an, s'est saisi très tôt du fait divers de Kandel pour marteler son message contre les migrants, avec affiches et rassemblements.

Il organise à Kandel régulièrement des manifestations depuis le début de l'année - la dernière en date samedi - dont certaines ont été émaillées de violences.

La cheffe du gouvernement de cette région, la Rhénanie-Palatinat, la sociale-démocrate Malu Dreyer, a qualifié d'"insupportable" ce qu'elle considère comme une récupération politique.

l'AfD est en progression dans les intentions de vote

L'AfD mène dans tout le pays et depuis longtemps une campagne concernant les agressions au couteau dans les villes allemandes, dont se rendraient coupables en nombre les demandeurs d'asile. Ce que n'étayent pas les statistiques de la police.

Dernier exemple en date: Chemnitz dans l'ex-RDA, où la droite ultra allemande organise depuis plus d'une semaine des rassemblements visant à dénoncer la criminalité des migrants, suite à la mort par coups de couteau d'un Allemand de 35 ans.

Une affaire pour laquelle la justice a arrêté un jeune demandeur d'asile irakien et un complice présumé syrien.

Samedi encore, dix-huit personnes ont été blessées à Chemnitz en marge de manifestations antagonistes de plusieurs milliers de personnes entre sympathisants d'extrême droite et militants d'extrême gauche. Un jeune Afghan a été passé à tabac.

Lundi dans cette ville, un concert rock contre la xénophobie est prévu sous le mot d'ordre "Nous sommes plus nombreux".

La mobilisation anti-migrants porte en tout cas ses fruits électoralement: selon les derniers sondages, l'AfD est en progression dans les intentions de vote à environ 16% et en troisième position, juste derrière le parti social-démocrate qui n'est, lui, qu'à 17%.

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