Allemagne: pour monter au gouvernement, le SPD exigera le prix fort

Allemagne: pour monter au gouvernement, le SPD exigera le prix fort
Allemagne: pour monter au gouvernement, le SPD exigera le prix fort - © ODD ANDERSEN - AFP

Retour à la case départ en Allemagne. Alors que le soir des élections, les sociaux-démocrates de Martin Schulz avaient exclu de gouverner à nouveau avec les chrétiens-démocrates d’Angela Merkel, une grande coalition SPD/CDU pourrait finalement revoir le jour. Lundi, la direction du parti social-démocrate a déclaré soutenir à l’unanimité une proposition d’engager des négociations avec les conservateurs sur la formation d’une coalition de gouvernement.

Markus Frenzel, porte-parole du groupe SPD à la Chambre des représentants de Berlin, explique ce changement radical. "Ce qui a choqué les sociaux-démocrates, c'est l’échec des pourparlers entre conservateurs et libéraux. Ça a vraiment été un choc profond pour nous aussi. On n’aurait jamais pensé en arriver à cette situation", détaille-t-il sur les ondes de La Première.

Le SPD "prend ses responsabilités"

Le SPD a le sentiment de prendre ses responsabilités alors que les libéraux n’ont pas tenu parole. Pourtant, le parti de Martin Schulz est au plus bas après les derniers résultats électoraux. Le parti social-démocrate espérait pouvoir disposer d’un laps de temps, d’une période pour reconstruire le SPD. Ce pourrait ne pas être le cas, mais représente un danger. Pour Markus Frenzel, c’est la base de tous les problèmes politiques du moment. "Deux grands sentiments battent dans les poitrines des sociaux-démocrates. D’abord, on aimerait se renouveler, se restructurer et redéfinir la social-démocratie en Allemagne. C’est aussi une question de crédibilité. Ça, c’est la première chose. La deuxième chose est qu’on éprouve vraiment un sentiment de responsabilité pour l’État. Et c’est pour cela qu’on estime que si les trois partis qui ont entretenu des pourparlers ne sont pas capables de créer un gouvernement, c’est à notre tour maintenant. On ne peut pas vraiment dire non."

Le SMS d’Aléxis Tsipras

Il y a également eu des mobilisations à l’extérieur de l’Allemagne en ce sens. Emmanuel Macron et le Premier ministre grec, Aléxis Tsípras, ont encouragé le SPD à changer d’avis. Pour eux, l’enjeu est que l’Allemagne reste le moteur de l’Europe.

"C’est surtout le SMS de Tsípras qui a laissé des traces dans le cercle politique. Il a écrit à Martin Schulz en insistant sur le fait qu'une vraie politique de gauche est progressiste, et que ça ne veut pas dire qu’on doive coller autant que possible à une qualité de politique propre. On doit aussi porter quelques responsabilités. Et Tsipras a surtout dit que l’Allemagne porte une certaine responsabilité pour l’Europe. Les sociaux-démocrates disent donc maintenant : 'Oui, on va entrer dans des pourparlers avec les conservateurs ', mais il n’est pas encore clair qu’il y aura une grande coalition à la fin."

En cas de formation avec la CDU, il est certains points avec lesquels le SPD n’entend pas transiger. "Le SPD a toujours soutenu les États comme la Grèce, le Portugal ou l’Espagne. Et nous avons toujours été favorables à une autre politique européenne. Pour les sociaux-démocrates, il va donc de notre crédibilité de marquer des points forts sur cette ligne-là. Cela pourrait même être une nouvelle qualité d’un gouvernement de grande coalition avec le SPD."

Mais outre l’Europe, il reste les questions internes, l’économique, le social et les questions d’immigration. "C’est ça qui nous motive aussi en ce moment, explique Markus Frenzel. Si nous entrons de nouveau dans une grande coalition, cela aura un prix. Nos idées sociales-démocrates doivent être réalisées. La dernière fois, on a installé le salaire minimum et maintenant on va peut-être trouver d’autres questions concernant l’éducation ou le loyer. Ce prix va être élevé, c’est sûr."
Il reste un obstacle : la base du SPD semble toujours réticente. Cela pourrait donc se jouer lors d’un congrès en fin de semaine. Ce sera jeudi.

Je vois une certaine probabilité d’obtenir à nouveau une grande coalition

Lundi, une première structure régionale a dit oui. Mais de là à créer une grande coalition, il y a encore de la marge reconnaît Markus Frenzel. "C’est encore la grande question. Mais s’ils continuent, je suis assez sûr qu’on va donner cela aux militants du SPD. Je vois une certaine probabilité d’obtenir à nouveau une grande coalition."

Le prix à payer pour une alliance avec le SPD pourrait donc être important pour Angela Merkel et la CDU. Les dernières élections n’ont décidément pas simplifié les choses.

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