Allemagne : le parti d'extrême-droite "Alternative pour l'Allemagne" (AfD) placé sous surveillance

Allemagne : le parti d'extrême-droite "Alternative pour l'Allemagne" (AfD) placé sous surveillance
Allemagne : le parti d'extrême-droite "Alternative pour l'Allemagne" (AfD) placé sous surveillance - © CHRISTOF STACHE - AFP

C’est un coup dur pour le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), à quelques mois des élections. Le renseignement intérieur allemand a décidé de mettre sous surveillance policière le parti qui serait responsable d’atteintes à l’ordre démocratique. Cette mesure de surveillance est marquée du sceau de l’infamie en Allemagne : elle est en principe réservée à des groupuscules ultra-radicaux.

L’Office de protection de la Constitution a placé l’AfD parmi les "cas suspects". Ce classement permet au service de renseignement de surveiller ses communications ou encore d’introduire des informateurs dans ses rangs. Cette surveillance ne concernera pas toutefois ses députés et ses candidats aux élections à venir, régionales ou nationales.


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L’AfD, créée en 2013, est entrée en force en 2017 à la chambre des députés et y incarne la première force d’opposition aux conservateurs d’Angela Merkel et aux sociaux-démocrates ensemble au pouvoir. Le parti, qui a bâti son succès sur ses prises de position contre la politique migratoire de la chancelière, est actuellement déchiré par des querelles internes et en perte de vitesse dans les sondages.

Thomas Haldenwang, le président du Renseignement intérieur, a informé mercredi de sa décision les antennes régionales de ses services, a affirmé Der Spiegel. Interrogé par l’AFP, le Renseignement intérieur a pour sa part répondu ne pas pouvoir s’exprimer publiquement sur cette affaire en raison d’une procédure de justice en cours, l’AfD ayant porté plainte en amont.

Une décision "purement politique" et "injustifiée"

La coprésidente du groupe parlementaire de l’AfD a de son côté dénoncé une décision "purement politique" et "injustifiée". "L’AfD va évidemment engager des poursuites en justice", a réagi Alice Weidel sur son compte Twitter. Son collègue Tino Chrupalla, un des coprésidents du parti, a quant à lui qualifié le procédé de l’office de "scandaleux", l’accusant de "lancer des informations dans la presse" alors qu’il n’est pas autorisé à les annoncer et de "désavantager l’AfD dans la compétition démocratique entre les partis".

La gauche a pour sa part applaudi. Le secrétaire général du parti social-démocrate Lars Klingbeil a jugé la surveillance d’un parti "antidémocratique" comme l’AfD "nécessaire et juste". Pour le président de la communauté juive allemande, Josef Schuster, le Renseignement a "confirmé la menace que représente l’AfD". Ce parti "contribue à miner nos structures démocratiques avec sa politique destructrice", a-t-il estimé.

Un rapport de 1000 pages

Pour expliquer sa décision, l’office s’est fondé sur un rapport de 1000 pages des services de renseignement où sont cataloguées "les violations présumées par le parti de l’ordre fondamental libre et démocratique". Les enquêteurs ont rassemblé plusieurs centaines de discours ou déclarations de responsables de l’AfD à tous les niveaux.

"L’essor  et  la  radicalisation  de  l’AfD  en  font  un  aimant  pour  de nombreux milieux et individus islamophobes, racistes et d’extrême droite, analyse Fabian Virchow, professeur de sciences politiques à Düsseldorf. Abstraction  faite  des  groupuscules  néonazis,  c’est  l’AfD  qui  porte  les espoirs  et  les  aspirations  de  ceux  qui  se  situent  à  la  droite  de  la CDU/CSU."

Un élément clé retenu serait l’influence de la frange la plus radicale de l’AfD, appelée L’Aile et proche des néonazis. Placé aussi sous surveillance l’an passé, ce mouvement s’est officiellement dissous, mais ses représentants sont toujours influents dans le parti. Le rapport met aussi en exergue les liens de l’AfD avec certaines organisations radicales telles que le mouvement identitaire et l’éditeur et idéologue de la Nouvelle Droite Götz Kubitschek.

Pas d’excuses pour les crimes nazis

L’Aile était dirigée par Björn Höcke, le chef de file de l'AfD en Thuringe. Björn Höcke et ses partisans s’insurgent en particulier contre la culture de repentance de l’Allemagne pour les crimes nazis. Il a qualifié dans le passé le mémorial de l’Holocauste à Berlin de monument de la honte. Ils agitent aussi régulièrement la menace d’un grand remplacement de la population allemande autochtone par les immigrés.

Les enquêteurs estiment que la frange radicale de l’AfD a gagné en puissance au cours des dernières années. Les autorités allemandes accusent ses sympathisants d’avoir, par leur discours, contribué à la résurgence dans le pays du terrorisme d’extrême droite.


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Face à la menace d’une mise sous surveillance et aux sondages en berne pendant la pandémie, ses dirigeants les moins radicaux ont tenté ces derniers mois d’organiser la contre-attaque en affichant une image plus policée et en adoucissant leur rhétorique sur les migrants.

Au cours d’un congrès en novembre, le coprésident Jörg Meuthen, considéré comme un modéré, avait vertement critiqué la proximité affichée par des membres du parti avec les opposants aux mesures de restriction prises contre le virus et le langage de plus en plus radical employé pour critiquer le gouvernement. Il faisait référence au président d’honneur de l’AfD Alexander Gauland qui a parlé d’une "dictature corona".

 

Journal télévisé de 19h30 le 03/03 :

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