Allemagne : l'expansion du charbon chasse des milliers de villageois

L'immense mine à ciel ouvert de Garzweiler
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L'immense mine à ciel ouvert de Garzweiler - © RTBF Fiona Collienne

En 2011, l'Allemagne décidait de sortir progressivement du nucléaire. Mais les énergies renouvelables ne produisent pas encore suffisamment d'électricité. Alors le pays se tourne vers le charbon, extrêmement polluant. Et pour l'extraire, des dizaines de villages seront rayés de la carte. Voici le deuxième de nos web-reportages consacrés au scrutin fédéral de dimanche.

Immerath (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) est un village fantôme. Les rues sont vides, les volets sont clos, l'école du village est fermée depuis longtemps. Il y a encore une dizaine d'années, 1500 personnes vivaient ici.

Aujourd'hui, ils ne seraient plus qu'une centaine d'habitants. En 2017 au plus tard, les bulldozers raseront le village et tout le monde devra avoir déménagé. La raison est simple : le sous-sol d'Immerath et des environs regorge d'une variété de charbon appelée le lignite et dont le pays a besoin pour assurer ses besoins énergétiques. 45% de l'électricité allemande est toujours issue du charbon.

La famille Steckel cultive des pommes de terres à Immerath. Elle fait partie des derniers agriculteurs à rester au village. "C'est difficile de déplacer une ferme, la terre est excellente ici et on ne veut pas la quitter", nous explique le père.

Sa fille, Sabrina, est plus pragmatique : ils n'ont pas le choix, leur sort a été scellé il y a trente ans, bien avant Angela Merkel.

Quelques kilomètres plus loin, l'extraction du charbon est en marche dans l'immense mine à ciel ouvert de Garzweiler. La mine est ancienne mais en 2006, il a été décidé de l'agrandir sur une surface de 112 km2, soit environ la taille de la ville de Paris. Cela nécessitera de déplacer 7600 habitants.

Retour à Immerath où les affiches électorales sont presque plus nombreuses que les habitants. Beaucoup ne se sentent pas vraiment concernés par les élections de dimanche. Ils savent que la classe politique ne peut plus les aider.

La moitié des habitants délogés se sont installés à "Immerath-le-neuf". Sur place, les maisons neuves poussent comme des champignons. "Mais elles n'ont pas l'âme de nos anciennes maisons", regrette un habitant.

Le couple Corsten lui veut rester positif. Dimanche, Hans-Walter et Gisela voteront pour Angela Merkel. Ils ne considèrent pas la chancelière et son gouvernement comme responsables de leur situation et ils ont été déçus par Die Grünen, le parti écologiste.

Au cours de la campagne électorale, l'environnement et le défi énergétique ont été très peu abordés, relégués au second plan par l'économie et la dette grecque. Alors les habitants du coin attendent plutôt les élections locales pour faire entendre leurs voix sur ces thématiques qui bouleversent leur quotidien.

Fiona Collienne

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