Allemagne : démission du dirigeant qui a déclenché un séisme politique

Le choc des photos. Sur les réseaux sociaux ou illustrant les pancartes de manifestants, une juxtaposition de clichés remporte un franc succès. Sur le premier document, en noir et blanc, la poignée de main historique entre Hitler et le président du Reich, Paul von Hindenburg (voir la photo en tête d’article). Le geste scelle une alliance, puisqu’Hitler vient alors d’être nommé chancelier. La deuxième photo est en couleur et elle récente. Là aussi, deux hommes se serrent la main. Dans la bonne humeur, le très radical Björn Höcke, chef de file de l’aile dure au sein du parti d’extrême droite AfD, saisit la main de Thomas Kemmerich, élu brièvement, ce mercredi, à la tête de la Thuringe.

Une juxtaposition de photographies, disait-on. Pas un photomontage. Car nombre d’Allemands ne peuvent s’empêcher de dresser un parallèle avec les années 30, lorsque le parti nazi d’Adolf Hitler réussit à conquérir le pouvoir en concluant des alliances avec la droite traditionnelle.

Un tabou politique est tombé

Un véritable tabou politique est donc tombé, en Allemagne, ce mercredi. Le président d’un Etat régional allemand, en l’occurrence la Thuringe, a dit oui à l’extrême droite. Une première depuis l’après-guerre. Le libéral Thomas Emmerich s’est adjoint les voix de tous les élus du parti anti-migrants et anti-élites de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) pour honorer son sacre. Il n’aura pas fallu vingt-quatre heures pour voir le dirigeant démissionner, seule issue envisageable tant son élection controversée a ébranlé tout le paysage politique allemand. Mais ce retrait rapide ne pourra pas tout effacer. La digue, en l’espace de quelques heures, a rompu.

Il incarne l’Allemagne que le monde redoute

Pour bien comprendre "le tremblement de terre politique", tel que décrit par les médias allemands, il faut revenir dans la région où il s’est déclenché. En Thuringe, l’AfD est dirigé par sa frange la plus radicale. Le chef de file, là-bas, c’est Björn Höcke, il incarne l’aile dure au sein de son parti. Dans le passé, l’homme n’a cessé de prôner la fin de la repentance de l’Allemagne pour les crimes nazis. Cette culture de la repentance est toujours pourtant considérée comme l’un des plus solides piliers de la politique allemande d’après-guerre. Björn Höcke, c’est "celui qui représente une Allemagne que le monde entier redoute", écrit le quotidien Bild. Historien, ancien enseignant, il a émis l’espoir, après le vote de mercredi, qu’il servirait d’exemple dans le reste du pays.

Réunion de crise ce week-end

Le malaise, c’est sans doute Angela Merkel, qui le décrit le mieux. La chancelière allemande a évoqué, avant l’annonce de la démission, "un acte impardonnable." La dirigeante qui demandait l’annulation de l’élection voit son vœu exaucé mais à quel prix… Car avec cette élection, même temporairement, sa formation, l’Union démocrate-chrétienne, s’est retrouvée alliée à l’extrême droite.

Si le candidat du parti libéral a pu sortir vainqueur, c’est grâce aux voix de tous les élus d’extrême droite, mais aussi à celles de la plupart des membres du parti conservateur. La direction du parti n’a pas caché sa colère envers l’initiative de ses élus régionaux. Leurs partenaires de coalition à Berlin n’ont pas masqué leur dégoût. Bref, une réunion au sommet des responsables des trois partis du gouvernement allemand est convoquée ce week-end.

 

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