Allemagne : dans la Ruhr, la bataille continue contre l'extension d'une mine de lignite, menaçant d'engloutir des villages

Mine de lignite à ciel ouvert de Garzweiler et manifestant
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Mine de lignite à ciel ouvert de Garzweiler et manifestant - © AFP

Dans l’étendue du bassin minier rhénan, la route L277 est devenue le nouveau point de ralliement du mouvement écologiste dans la bataille autour de la sortie du charbon par l’Allemagne.

"La route était pour moi une ligne rouge, une source d’espoir" et une "frontière qui me protégeait contre la perte de ma maison", lance Tina Dresen, 19 ans.

Mais les travaux ont commencé pour effacer de la carte cette route reliant Lützerath à Keyenberg, pour faire de la place à l’énorme mine de Garzweiler.

Celle-ci continuera ainsi de s’étendre malgré l’abandon prévu du lignite au plus tard en 2038, menaçant, en plus de la L277, une poignée de villages alentour.

Le charbon qui se trouve sous le sol de ces communes sera "nécessaire dès 2024" pour approvisionner les centrales alors que les autres mines de la région ferment, assure l’exploitant, le groupe RWE.


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Tina habite Kuckum, l’un des villages visés. Avec son frère David, 29 ans, elle est membre du groupe "Alle Dörfer bleiben" ("Tous les villages restent").

Tous deux font partie des dizaines de manifestants qui se réunissent régulièrement depuis une semaine pour protester contre la destruction de la L277, et tenter de sauver à la fois leurs maisons et, disent-ils, la planète.

Archive JT : manifestation contre la mine de charbon d’Hambach, le 27 octobre 2018

Espoir

La loi adoptée début juillet, laborieux compromis entre conservateurs et sociaux-démocrates, est jugée par les ONG trop peu ambitieuse et la sortie d’ici 18 ans trop tardive pour respecter l’accord climatique de Paris.

"Le charbon sous nos villages doit être préservé maintenant, pas en 2038", estime Tina Dresen.

Ici, "la sortie du charbon n’est absolument pas visible pour l’instant", accuse-t-elle, alors que la police se prépare à déloger la trentaine de militants assis sur la route pour bloquer les travaux.

"Je n’ai aucune raison de partir, ma famille habite ici depuis des générations", explique David Dresen à l’AFP. "Je ne me laisse pas dicter par un grand groupe comment je vis !".

Tina et David vivent avec leur famille dans une grande maison entourée de vastes champs, avec trois chevaux, plusieurs poules et leur chien Nala.

Le jeune homme en est convaincu : Kuckum peut encore échapper à la destruction prévue en 2027.

"On espère que d’ici là, nous aurons un nouveau gouvernement fédéral et régional avec la participation des Verts", avance-t-il. "Mais si nous continuons à avoir un gouvernement qui se fout des objectifs climatiques, le sort des villages est scellé".

D’autres habitants ont prévu un recours devant la Cour constitutionnelle contre la loi charbon.

Exode

Ailleurs dans la région, il est déjà trop tard.

Immerath n’attend plus que d’être englouti par la mine. Il ne reste que quelques maisons et lampadaires. L’église a déjà été détruite en 2018. La plupart des habitants ont déménagé dans un village construit pour l’occasion, à huit kilomètres.

Les habitants de Kuckum et de Keyenberg, la commune limitrophe, peuvent vendre leurs maisons à RWE et négocier des aides pour la relocalisation. Une majorité l’a fait.

La plupart des maisons de Keyenberg sont déjà vides, même certaines qui, sur leur mur, arborent une croix jaune : le symbole de "Alle Dörfer bleiben".

Walter Oberherr, 64 ans, lui, résiste. Dans une fenêtre, sa femme a installé un panneau : "Skolstrejk för klimatet", le mot d’ordre de la jeune militante suédoise Greta Thunberg, fondatrice de Fridays for Future.

Ces manifestations ont propulsé l’écologie en haut des préoccupations politiques en Allemagne.

Le mouvement anti-charbon y avait déjà gagné en importance depuis que la sortie du nucléaire décidée en 2011 a prolongé la dépendance du pays envers ce minerai.

La mine à ciel ouvert de Garzweiler, une des plus grandes d’Europe, est régulièrement ciblée par les activistes.

D’autres ont moins d’espoir.

"Je pense que c’est perdu", lâche Fritz Bremer, 86, habitant du village depuis plus de 20 ans.

"On l’a vu avec la route L277 : les gens ont manifesté, mais elle a quand même été détruite."

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