Allemagne: à Bad Arolsen, les proches des victimes du nazisme peuvent retracer leur destinée

Le fonds d’archives de Bad Arolsen, le plus important au monde consacré aux persécutions nazies, permet aux proches des victimes de retracer leur tragique destinée, voire de récupérer leurs effets personnels spoliés.

Un monument de papier. Dans la Zone Industrielle de Bad Arolsen, les millions de documents de l’ère nazie sont stockés dans un immense hangar: comme d’immenses murs de bibliothèques et d’armoires de classements.

Décomptage des poux

La voix un peu couverte par les tubes d’aération qui conservent les papiers jaunis à température idéale, Nathalie Letierce-Liebig énumère : "Nous stockons en tout 30 millions de documents originaux, 50 millions de fiches concernant 17,5 millions de victimes, mortes ou survivantes. Si on mettait toute cette paperasserie bout à bout, cela représenterait 27 kilomètres linéaire !".

Dans leur folie meurtrière, les nazis archivaient tout, bureaucratie kafkaienne. Les mains gantées de blanc, l’archiviste ouvre délicatement une chemise cartonnée pour donner un exemple : "Au camp de Groß-Rosen, les kapos procédaient au décomptage des poux, détenu par détenu, baraquement par baraquement, pour les additionner ensuite...". 

10 millions de documents en ligne

Créé juste après la deuxième Guerre Mondiale sous l’impulsion de la Croix-Rouge, l’International Tracing Service (ITS), Service International de recherches en français, avait pour mission première de retrouver les personnes disparues. Les Alliés établissent alors ce centre au cœur de la Hesse, au mitan des trois zones d’occupation de la RFA, dans une ville épargnée par les bombardements.

Successivement hébergées dans un château, une école, une caserne de SS, les Archives de Bad Arolsen ont déménagé, se sont agrandies au rythme des saisies de document dans les camps, les commissariats ou les entreprises qui profitaient du travail forcé. Jusqu’à devenir, avec ses 260 employés, le centre le plus important au monde pour la recherche sur les persécutions nazies. 

Aujourd’hui, cette masse de documentations présente l’avantage de donner des indices précieux pour les descendants en mal d’information sur la destinée de leurs aieux. Des fiches cartonnées recensent les conditions d’interpellation, l’enregistrement dans les ghettos, les transferts de camp en camp.

"En mai dernier, nous avons mis en ligne 10 millions de documents et nous avons eu plus de 350.000 connexions depuis. Preuve de l’immense intérêt du public pour cette mémoire", commente Floriane Azoulay, la directrice de l’ITS. Notre objectif est d’en numériser l’intégralité d’ici 2025".

2700 effets personnels attendent dans les tiroirs

La deuxième priorité de la Française qui dirige le centre depuis 2016 - une Commission internationale de 11 pays, dont la Belgique, supervise le travail des Archives Arolsen et nomme sa direction -, c’est de restituer les effets personnels confisqués par les nazis.

370 objets ont été rendus aux ayants-droits ces trois dernières années, 2700 autres attendent toujours dans les tiroirs, en attendant de trouver leurs ayants-droits. Une recherche ardue menée par l’enquêtrice Nathalie Letierce-Liebig épaulée par une équipe de cinq personnes : "La plupart des déportés étaient jeunes et n’avaient pas de descendance. Nous enquêtons sur Internet, nous contactons les mémoriaux, les bureaux d’état-civil. Des bénévoles nous aident aussi dans beaucoup de pays, ils vont taper aux portes.

Une dame a retrouvé les boucles d’oreille que sa mère lui avait offertes

L’ancienne professeure d’allemand se rappelle de cette incroyable émotion quand "une dame l’an dernier a retrouvé les boucles d’oreille que sa mère lui avait offertes". À l’heure où les derniers témoins de l’horreur des camps s’éteignent, les archives de Bad Arolsen veulent, afin de contrecarrer un révisionnisme encore vivace, "opposer des histoires humaines, parler au cœur et à la raison", selon les mots de Floriane Azoulay.

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