Alex Taylor, journaliste britannique: "Theresa May et Michel Barnier n'ont aucune idée de ce qui va se passer"

Ce mercredi est un jour historique pour l'Union européenne. Le Royaume-Uni quitte officiellement l'UE 44 ans après son adhésion. Pour les Britanniques opposés au Brexit, c'est un jour difficile. Le journaliste britannique Alex Taylor a dit sa tristesse au micro de La Première. Il a répondu aux questions de Mehdi Khelfat.

À l’heure où l’article 50 est déclenché par votre pays, dans quel état d’esprit vous trouvez-vous?

Je suis triste parce que c’est la fin d’une histoire qui a duré 40 ans, c’est la fin d’une aventure pour moi quelque part parce que cette formidable chose qu’est l’Union européenne m’a permis, à moi et à d’innombrables autres Britanniques, d’être considéré comme des Européens, d’avoir les mêmes droits que les autres Européens, de vivre en Europe, de travailler et d’être traité exactement comme les gens dans d’autres pays. Donc c’est la fin de cette histoire, je suis triste.

Est-ce que vous avez la conviction que plus rien ne va arrêter la machine?

C’est sûr que maintenant qu’on envoie la lettre, c’est irrémédiable. Donc Inch'Allah, on va voir ce qui va se passer. Très franchement, à l’heure où je vous parle, même Theresa May, même Michel Barnier [le négociateur en chef de l'Union européenne, NDLR] n’ont aucune idée de ce qui va se passer. Ça dépendra du ton, ça dépendra des exigences, ça dépendra des caprices d’un Parlement, peut-être d’un Parlement régional en Belgique. Je ne sais pas s’il y aura le droit de veto sur l’accord qui dure donc 18 mois, on ne sait pas du tout ce qui va se passer.

On ne sait pas non plus ce qui va se passer au sein même du Royaume-Uni. Croyez-vous à une sécession de l’Écosse ? En tout cas, les Écossais veulent un nouveau référendum chez eux.

A mon avis, comme disait Clinton, "it's the economy, stupid", c’est l’économie qui règle tout. Je ne sais pas, quand Theresa May va envoyer la lettre dans quelques heures, la livre va à nouveau chuter. On a déjà perdu 20% de la valeur de notre monnaie depuis le référendum, ce qui fait que l’inflation grimpe déjà sérieusement, parce que la moitié des produits dans les supermarchés britanniques sont des produits importés, donc ils sont plus chers.

Si ça continue, s’il y a, comme on peut le craindre, des délocalisations d’EasyJet, de banques, de beaucoup de sociétés qui veulent et qui préfèrent rester dans cet énorme marché que nous avons en Europe, si les choses vont très mal pour l’économie, il peut y avoir un vrai retournement de l’opinion.

Hier [mardi], le Parlement écossais a demandé officiellement un nouveau référendum [...]. Je verrais bien, si l’économie britannique tourne mal, ce qui risque avec cet énorme pari qu’est le Brexit, les Écossais et les Irlandais du Nord dire "on n’en veut plus, on veut retourner dans l’Union européenne. Là, on a connu la prospérité".

Quoi qu’il arrive, est-ce que vous resterez Européen ?

Figurez-vous que trois jours après l’annonce du résultat du référendum, j’ai ramassé tous mes papiers pour demander à devenir Français. Je veux rester ici sur ce continent. C’est un continent qui m’a donné une vie extraordinaire, surtout la paix. Je suis né juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale, je veux rester sur ce côté-ci du continent. Je suis profondément Européen, je cherche à le rester donc j’espère que je vais pouvoir devenir Français. Ou peut-être, si ça ne marche pas, que je viendrais chez vous en Belgique.

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