Alerte al-Qaïda en plein PRISM: menace réelle ou récupération politique ?

Illustration: un soldat irakien se tient devant un camion en feu, après l'explosion d'une bombe
Illustration: un soldat irakien se tient devant un camion en feu, après l'explosion d'une bombe - © MOHAMMED ADNAN

Les Etats-Unis ont fait monter l'alerte terroriste après interception de messages dits "hautement menaçants", et nombre de leurs ambassades ont été fermées dans le monde arabe. Hasard du calendrier ou non, cette annonce survient en plein scandale PRISM. Michel Liégeois, professeur en relations internationales à l'UCL, fait l'état des lieux de l'action d'al-Qaïda dans le monde et analyse une menace qui "tombe bien" pour les services de renseignements américains.

Si le ministère belge des Affaires étrangères estime que la Belgique n'est pas davantage menacée aujourd'hui qu'hier par des attentats, et que le niveau d'alerte terroriste reste fixé à 2 sur une échelle de 4, les Etats-Unis prennent leurs informations jugées "inquiétantes" au sérieux.

Michel Liégeois attire avant tout l'attention sur le calendrier. "Le 7 août prochain, dit-il, on commémorera les attentats qu'al-Qaïda avait perpétrés en 1998 sur les ambassades américaines de Nairobi (Kenya) et de Dar es Salam (Tanzanie)." Pour le professeur en relations internationales à l'UCL et chercheur au CECRI, "une reproduction de ces attentats 15 ans après démontrerait la puissance retrouvée de l'organisation."

Des attaques en baisse en Occident

Et pourtant, "après les attaques qui ont eu un grand retentissement aux Etats-Unis, en Espagne et au Royaume-Uni, il n'y a plus eu d'attaque d’aussi grande ampleur contre les intérêts occidentaux ou sur leurs territoires", continue-t-il. Pourquoi cette baisse ? Michel Liégeois l'identifie avant tout dans "l'amélioration des mesures de sécurité et des moyens de lutte mis en œuvre".

D'autant que les informations des Etats-Unis sont précises : "On parle de menace contre les ambassades situées dans des pays à risque (Yémen, Afghanistan) mais pas sur le territoire européen ou nord-américain", déclare le professeur de l’UCL. "C'est une précision inquiétante, mais aussi et surtout rassurante, qui semble attester que les mesures de protection du territoire sont efficaces et qu’il est difficile pour les terroristes d’y organiser des actions de grande ampleur."

Alerte en plein scandale PRISM : menace réelle ou récupération politique ?

"Certains établissent une connexion entre tout ce remue-ménage et l’affaire Snowden", dit le professeur. En plein scandale PRISM, "on assiste à un défilé d’élus qui s’intéressent de près à ces informations, mais louent aussi l'efficacité des moyens qui ont permis de les récolter". Et de préciser : "Ces personnalités peuvent ainsi donner une légitimité à des mesures certes intrusives au niveau de la vie privée mais qui, en fin de compte peuvent sauver des vies, en permettant de prendre des mesures préventives telles que la fermeture temporaire des ambassades menacées."

De là à parler de campagne savamment orchestrée, Michel Liégeois invite à la prudence : "Je me méfie de la théorie du complot", dit-il, même s'il souligne une "conjonction de calendrier".

L'Occident n'est pas la première préoccupation

Enfin, il rappelle qu'"al-Qaïda ne se présente pas comme une organisation structurée et hiérarchisée mais comme une nébuleuse, avec des cellules locales qui trouvent une utilité à se revendiquer d’une affiliation qui accroît leur notoriété et leur crédibilité".

Il ajoute que "la question n’est pas tant de savoir si al-Qaïda retrouve une certaine puissance mais plutôt d’évaluer la menace que constituent la multitude de groupuscules voire d’individus qui peuvent passer à l’acte de façon imprévisible, comme dans le cas de l’attentat de Boston". Dans cette perspective, il convient de garder à l’esprit que "les objectifs d'al-Qaïda ne sont pas principalement dirigés contre les Occidentaux mais avant tout contre les régimes arabo-musulmans considérés comme traîtres à leurs idéaux ou inféodés aux Etats-Unis."

"Par rapport au pic spectaculaire des attentats du début des années 2000, au cœur même du monde occidental, il y a eu une accalmie", conclut-il. "La violence est aujourd’hui localisée en Irak et en Afghanistan, mais là les intérêts occidentaux ne sont pas directement visés, l’objectif est avant tout local. L’enjeu est d’abord d’occuper le pouvoir en Afghanistan, en Irak, au Pakistan ou ailleurs."

Germain Renier

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