Albanie: mort du dernier président communiste, Ramiz Alia

Ramiz Alia en 1997
Ramiz Alia en 1997 - © Archives EPA

Le dernier président communiste d'Albanie, Ramiz Alia, qui avait succédé au dictateur Enver Hoxha, est décédé vendredi à l'âge de 85 ans, a annoncé à la presse le porte-parole de la présidence albanaise, Mimoza Koçiu.

Ramiz Alia est décédé à l'hôpital de Tirana vendredi matin des suites d'une embolie ulmonaire, a précisé Mimoza Koçiu.

Ramiz Alia a succédé à Enver Hoxha, mort en 1985. Enver Hoxha a dirigé l'Albanie d'une main de fer depuis la deuxième guerre mondiale jusqu'à sa mort. L'Albanie, qui s'était fâchée avec Moscou, s'était tournée vers le communisme chinois et était un des pays les plus fermés d'Europe. Même l'écartement des voies de chemin de fer changeait à la frontière. Pour y entrer, des jeunes communistes belges sont allés travailler à la construction de routes, l'idée étant, comme en Chine, que les jeunes intellectuels devaient aussi savoir manier le marteau et la faucille.

Ramiz Alia a été le dernier dirigeant d'Europe de l'Est à avoir entamé des réformes et un processus de démocratisation dans son pays. Il avait même accepté, en 1992, de recevoir une équipe de la RTBF.

"Il n'a jamais voulu être le 'Gorbatchev albanais'", avait dit de lui son ancienne collaboratrice, Liri Belishova, ex-membre du Politburo, emprisonnée pendant 30 ans après la rupture Moscou-Tirana. Elle faisait référence à Mikhaïl Gorbatchev, l'ancien dirigeant soviétique qui a engagé l'URSS dans d'importantes réformes dans la deuxième moitié des années 80.

Ramiz Alia avait été battu en avril 1992 lors des premières élections libres remportées par l'opposition, menée par Sali Berisha, l'actuel Premier ministre.

Contraint à la démission, il avait été arrêté cinq mois plus tard.

Des élections libres et la fin d'un régime

Condamné en juillet 1994 à 9 ans de prison pour "abus de pouvoir" et "violation des droits de l'homme", une peine ramenée à 8 ans en appel, Ramiz Alia avait été libéré en juillet 1995 grâce à une remise de peine, avant d'être de nouveau arrêté six mois plus tard.

Un parcours traditionnel à l'époque

Né le 19 octobre 1925 dans une famille musulmane de Shkodra (nord-ouest de Tirana), Ramiz Alia était entré au Parti communiste en 1941, à l'âge de 16 ans. Sept ans plus tard, il était élu membre du comité central.

Après des études à l'Institut supérieur du parti à Moscou entre 1952 et 1954, Ramiz Alia fut chargé de la propagande et entra au Bureau politique en1961.

Il cumula, après la mort d'Enver Hoxha, les fonctions de Président de la République et de Premier secrétaire du parti.

Farouche partisan du marxisme-léninisme, il fut contraint d'accepter le passage au multipartisme après une vague de contestation en décembre 1990. Il lança une réforme économique qui aboutit à une ouverture de l'Albanie sur l'extérieur après 40 ans d'isolement.

Il a également autorisé la réouverture des lieux de culte, fermés par Enver Hoxha en 1967, et organisé les premières élections libres du pays.

Mais son réformisme fut jugé trop prudent par les électeurs.

Ramiz Alia n'a pas bénéficié d'un culte de la personnalité aussi éclatant que celui d'Enver Hoxha, et son règne, de loin, n'a pas été aussi sanglant que celui de son prédécesseur.

Gérard Valet, journaliste RTBF, avait réalisé un film et de nombreux reportages en Albanie. Ecoutez ci-contre l'état des lieux du pays en 1991.

MS et AFP


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