Al-Qaïda menace la France en Côte d'Ivoire

En Côte d'Ivoire, le président  Alassane Ouattara a réuni un conseil national de sécurité. Le gouvernement s'est ensuite réuni. La Côte d'Ivoire cherche à comprendre le pourquoi et le comment de l'attaque terroriste de dimanche sur la plage touristique de Grand Bassam. Les ministres français de l'Intérieur et des Affaires étrangères se rendront mardi à Abidjan. L'attaque par 3 assaillants au moins a fait 22 morts dont un Français et une Allemande. Deux soldats ivoiriens et six terroristes ou présumés tels ont été tués.

L'attaque a été revendiquée hier soir par Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique), comme ce fut le cas lors des attentats du 20 novembre à l'Hôtel Radisson Blu de Bamako et du 15 janvier à Ouagadougou qui ont fait 22 et 30 morts. Aqmi fait état de trois assaillants. Selon certains rescapés, les terroristes  étaient vêtus à l'ordinaire, ils ont ouvert le feu sur cette plage où se trouvaient entre 500 et un millier de personnes selon un ministre ivoirien. Ils étaient cagoulés, ils auraient crié "Allah Akbar" avant de tuer. Ils étaient de peau noire. Un téléphone mobile a été retrouvé.

L'attentat pourrait porter la signature de la secte islamiste Al Mourabitoune, le groupe de Mokhtar Belmokhtar qui s'est rallié à Aqmi l'an dernier. Avec une base arrière en Libye et sans doute des cellules dispersées dans les différents pays du Sahel. Le groupe aurait recruté des homme de peau noire au Mali, au Burkina Faso, au Bénin et en Côte d'Ivoire.

Un double défi pour la France
Grand Bassam est la vitrine de la France en Côte d'Ivoire, avec ses maisons de style colonial au charme désuet. Si 150 Belges sont recensés auprès de l'ambassade, il y a 18 000 Français en Côte d'Ivoire et de nombreux entreprises françaises y sont présentes. 600 soldats français sont basés à Abidjan, la capitale économique. Après des attentats dans le sud du Mali l'an dernier et les attentats contre les hôtels de Bamako et Ouagadougou, le dispositif de sécurité avait été renforcé il y a peu à Abidjan, sans imaginer peut-être qu'une station balnéaire fréquentée par les "expats" pourrait être une cible.

L'attaque d'hier est surtout un nouveau défi militaire pour la France. Après avoir repoussé les djihadistes qui avaient occupé le nord du Mali en 2013, la France a étendu sa lutte contre le terrorisme aux pays du Sahel. C'est l'opération "Barkhane", avec 3500 soldats. En outre, les pays de la région, le Mali, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad ont constitué l'an dernier un "G5", un groupe qui associe leurs ministres de la défense et leurs chefs d'état-majors pour coordonner la lutte contre le terrorisme et la surveillance des frontières. Un Centre sahélien d’analyse des menaces et d’alerte précoce doit être mis sur pied, financé par l'Union européenne à hauteur de 7 millions d'euros.

Le Sénégal qui est un pays sahélien n'en fait pas partie, bien qu'il soit aussi exposé à la menace du terrorisme islamiste. La Côte d'Ivoire n'est pas un pays sahélien et n'en fait pas partie, elle non plus. Mais elle est le poumon économique et commercial de ce que les Africains de l'Ouest appellent la "sous-région" et vivent comme une réalité socio-politique bien plus prégnante que les définitions géographique. Après l'attaque sur la plage de Grand-Bassam, nul doute que Paris voudra aussi renforcer la sécurité  au minimum en Côte d'Ivoire, cette ancienne colonie avec laquelle elle garde des liens importants, malgré des hauts et des bas politiques.  

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