Akihito, l'empereur qui voulait abdiquer

L'empereur Akihito est aujourd'hui âgé de 85 ans et il a déjà eu de gros soucis de santé. En réalité cela fait près de trois ans qu'il veut abdiquer. En août 2016, dans une allocution télévisée solennelle, il avait implicitement demandé qu'on le laisse quitter le trône. Mais il n'a pas pu prononcer le terme " abdication " à l'époque parce que son statut lui interdit de tenir des propos de nature politique. Donc il n'a pu qu'exprimer ses craintes de ne plus pouvoir longtemps continuer à exercer ses fonctions, étant donné son âge et sa santé fragile. Et il a dû demander qu'on le laisse abdiquer car le droit japonais ne permet pas un tel cas de figure.

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Dans un lointain passé, les souverains japonais étaient autorisés à abdiquer, beaucoup l'ont fait, d'ailleurs, mais, depuis le 19e siècle, ils ont l'obligation de rester sur le trône jusqu'à leur mort. Donc, pour exaucer le souhait d'Akihito, il a fallu que le parlement japonais vote une loi spéciale.

L'empire, une institution difficile à réformer

A l'époque, le premier ministre, le conservateur Shinzo Abe ne voulait pas réformer l'institution impériale. Il ne l'a fait que contraint et forcé par la pression exercée par l'opinion publique. Akihito est un empereur très populaire, tous les sondages, depuis trois ans, indiquent qu'une écrasante majorité de Japonais comprend et soutient son désir de prendre sa retraite. Donc, politiquement, le chef du gouvernement, s'il s'y opposait, se mettait l'opinion à dos. Mais Shinzo Abe a été très mécontent de se voir forcer la main. Il a donc pris tout son temps pour accéder au souhait d'Akihito puisqu'il a fallu près de trois ans pour que cette abdication intervienne. Un conservatisme tel que si Akihito pourra bien abdiquer demain, ses successeurs, eux, devront régner jusqu'à leur mort.

Un événement rare et très codifié

Dans les prochains jours, toute une série de cérémonies à caractère religieux vont se dérouler selon des rituels shintoïstes, la religion ancestrale du Japon. Le sens de ces cérémonies échappera à la plupart des Japonais car ce sont des rituels très anciens, qui remontent à la nuit des temps. Elles vont durer en réalité jusqu'en octobre, voire jusqu'en avril 2020 s'agissant de la proclamation de celui qui sera le prochain prince héritier, premier dans l'ordre de succession, le prince Akishino, le jeune frère de Naruhito.

Un empereur qui abdique, une ère qui s'achève

Le bilan que tirent les Japonais, en tout cas, est assez positif. Selon les sondages, 60% jugent que cela a été une bonne période pour le Japon. Il n'empêche, d'après certaines enquêtes, l'idéogramme qui, pour l'opinion, correspond le mieux à l'ère impériale qu'Akihito a incarnée est dramatique : c'est " SAI ", l'idéogramme du désastre. Un mot qui renvoie aux nombreux drames que le Japon a connus ces trente dernières années. Avec la grave crise économique et financière qui a coïncidé avec le début du règne d'Akihito. Puis les attentats au gaz sarin, de la secte Aum, dans le métro de Tokyo notamment. Et, bien sûr, les innombrables catastrophes naturelles majeures qui ont frappé ce pays, Fukushima il y a huit ans, notamment.  Il faut ajouter à cela les gros problèmes de société qui se sont aggravés ces trente dernières années. Le Japon est un pays dont la population vieillit de plus en plus et qui se réduit d'année en année. On y travaille tellement que 2 à 300 Japonais meurent chaque année de surmenage professionnel. Et ce pays ne parvient pas à enrayer deux fléaux: le suicide des jeunes et le harcèlement scolaire.

Une nouvelle ère mais pas réels changements

Pas de changements d'ordre politique en tous cas parce que l'empereur n'a plus aucun pouvoir en la matière. Puisqu'il est désormais " le symbole de l'Etat " et non plus le chef de l'Etat, comme dans le passé. Il n'y aura sans doute pas de changement à attendre non plus dans l'image et dans la pratique quotidienne de la monarchie. Car Naruhito a déjà dit qu'il marchera dans les pas de son père en ce qui concerne les deux aspects qui ont le plus marqué le règne de son père: sa proximité avec les gens et sa repentance historique envers les crimes de guerre qu'a commis le Japon au siècle dernier.

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