Afrique du Sud : le meurtre d'un fermier blanc déchaîne les passions

La police a été déployée ce vendredi devant un tribunal à Senekal, dans la province du Free State, avant la comparution d’un fermier blanc, accusé d’avoir mis le feu à un fourgon de la police, mardi. Le fermier était en colère, comme des milliers d’autres rassemblés devant le même tribunal. Une centaine avait même envahi la cour : ils voulaient s’en prendre à deux suspects noirs, arrêtés pour le meurtre de Brendin Horner. Cet Afrikaner de 22 ans avait été retrouvé, le 2 octobre, attaché à un poteau. Battu et étranglé.

Ce énième assassinat a provoqué une vague de colère parmi les agriculteurs qui ont manifesté, en brandissant des pancartes "Boer lives matter" (les vies des Boers comptent).

Toujours enclin à jeter de l’huile sur le feu, Julius Malema, le président d’un petit parti radical noir, a appelé ses partisans à manifester lors de la prochaine comparution des deux suspects, le 16 octobre. Il a critiqué l’attitude de la police, qui n’a arrêté que ce seul fermier blanc, après leur coup de colère au tribunal : "Comme le gouvernement a très peur de réagir, nous sommes les seuls à défendre notre démocratie". Le ministre de la Police Bheki Cele a toutefois promis d’autres arrestations, alors que le débat fait rage sur l’origine des meurtres de fermiers blancs.

Hausse des attaques

Depuis la fin de l’apartheid, les "Boers" se sentent assiégés, même si le nombre d’attaques (environ 500 par an) et de meurtres (50 à 60) a diminué de moitié en vingt ans. Mais depuis quelques années, les chiffres sont à nouveau à la hausse : après deux mois d’accalmie dus au confinement, les attaques ont repris de plus belle. "Il y a de plus en plus de kidnappings et des attaques menées par des groupes d’assaillants, déplore Chris van Zyl, de l’Union des agriculteurs du Transvaal. Cela semble indiquer une implication du crime organisé".

Passivité du gouvernement

L’organisation "Afriforum", très active sur le sujet, accuse le gouvernement de l’ANC de complaisance. Ainsi, en 2018 à New York, le président sud-africain Cyril Ramaphosa avait nié que les fermiers blancs soient plus victimes de criminalité que les autres Sud-Africains, après que son homologue américain Donald Trump se soit inquiété de leur situation. "La fureur des fermiers s’explique par la cruauté des attaques et la persistance du problème, couplée à la passivité du gouvernement, qui minimise ou nie l’ampleur du problème", dénonce Ernst Roedt d’Afriforum. Selon cette organisation, le taux d’homicide des fermiers blancs atteindrait 80 pour 100.000 habitants, soit le double du taux moyen en Afrique du Sud (38 pour 100.000 habitants, 22 fois plus qu’en Belgique). Mais les statistiques de la police sont bien inférieures.

Quoi qu’il en soit, les fermiers se sentent abandonnés depuis qu’ils ont été forcés, en 2003, de démanteler les "commandos", leurs milices privées. "La police ne fait rien. Nous devons nous organiser nous-même pour parer aux attaques", se plaint Ian Cameron, responsable de la sécurité à Afriforum. Un nouveau plan de sécurité dans les zones rurales a toutefois été approuvé. Mais le confinement a retardé sa mise en œuvre.

Attaques motivées par le vol

Certains Afrikaners pensent que les attaques seraient "orchestrées" pour chasser les fermiers blancs, qui possèdent 70% des terres arables. Leur nombre a ainsi chuté de 120.000 en 1994 à 35.000 aujourd’hui. Mais ces accusations n’ont jamais été prouvées. Afriforum reconnaît que le vol est le principal motif des assaillants. Selon Rudolph Zinn de l’Université d’Afrique du Sud, qui a interviewé 100 détenus, la haine raciale n’intervient que dans une minorité des agressions.

Avec 21.000 meurtres par an, le pays de Mandela est l’un des plus violents au monde. L’isolement des fermiers les rend vulnérables et ce sont surtout des gens âgés qui sont attaqués, parfois de manière atroce : "Il faut voir ce que les criminels ont eux-mêmes subi, pour se montrer aussi violent", note le pasteur Michael Lapsley, de "l’Institut pour la guérison". Les fermiers n’en finissent pas de payer les conséquences d’une longue histoire d’oppressions raciales à laquelle ils ont largement contribué.

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