Afrique du Sud: l'orchestre Miagi donne une autre dimension à la musique classique

Le musicien Mlungisi Zulu avec des jeunes du centre Miagi.
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Le musicien Mlungisi Zulu avec des jeunes du centre Miagi. - © Valérie Hirsch

Depuis 2001, l'orchestre Miagi donne une nouvelle dimension à la musique classique en Afrique du sud. En concert, le 12 juillet au Bozar, il donnera au public belge la possibilité de l'écouter et, même, de swinguer avec son orchestre de jeunes.

Mlungisi Zulu a appris seul à jouer du violon à 15 ans à Sebokeng, un township de Johannesburg, où il n'y avait aucun cours de musique classique. "Un ami m’a emmené à un concert et je suis tombé amoureux du violon, explique ce jeune de 26 ans, au regard rieur, sous ses dreadlocks. Au début, ma famille trouvait le son horrible. Mais, après trois ans, je pouvais jouer le 3e concerto de Mozart, sans avoir suivi de leçon". Mlungisi est l’un des jeunes de l’orchestre de Miagi, un acronyme pour "Music Is A Great Investment".

Il s’envolera fin juin, avec 89 autre musiciens de 14 à 26 ans, pour une tournée de six semaines en Europe : 14 concerts sont prévus dans des festivals et des salles souvent prestigieuses en Belgique (au Bozar et au Parlement européen), Allemagne, Autriche, Suisse, Italie et Pays-Bas. Au programme de cette quatrième tournée internationale : Beethoven, Mahler, Bernstein, Stravinsky mais aussi Rainbow Beats.

Célébrer l'héritage de Mandela

Cette composition a été spécialement créée par le jeune chef d’orchestre britannique en vue, Duncan Ward, qui dirigera Miagi pendant la tournée. Elle part de chants tribaux (africains et européens), passe par de la danse groove pour aboutir à "un voyage kaléidoscopique" qui célèbre l’héritage de Nelson Mandela : la tournée se place dans le cadre des célébrations du 100 anniversaire de sa naissance, le 18 juillet.  

Miagi a été fondé en 2001 par Robert Brooks, 63 ans. Ce ténor a abandonné une carrière internationale pour fonder l'ONG: "J’ai dit au ministre de la Culture de l’époque, puisqu’il n’y a plus d’orchestres classiques (ndlr, fermés faute de subsides), pourquoi ne pas mélanger la musique européenne, africaine et le jazz pour drainer tous les publics ?". Brooks est ainsi à l’origine de l’album "No boundaries" ("Pas de limites") du groupe "Ladysmith black mambaso", avec l’English Chamber orchestra, nommé aux "Grammy awards" 2005. Il a aussi fait chanter ensemble Barbara Hendrickx et Miriam Makeba.

Casser les codes de la musique classique

A Soweto, une ribambelle d’enfants se rend, chaque samedi, au Centre de Miagi, qui offre des cours de chant, violon, trompette, batterie, percussion et penny-whistle (la flute en métal des townships). "Si tous les enfants faisaient de la musique, la vie à Johannesburg serait meilleure, pense Kgothatso Molokwane, une violoncelliste de 15 ans. On n’aurait pas tous ces problèmes de drogue, de criminalité et de grossesse précoce". Elle fait partie des 40 élèves qui suivent des cours par Skype donnés par des enseignants du Conservatoire de l’Université de Birmingham.

Les meilleurs d’entre eux rejoindront un jour l’Orchestre des jeunes de Miagi dont 70 % des musiciens sont Noirs, métis, indiens ou asiatiques. "Je m’y sens plus chez moi que dans un ensemble classique où il faut avoir l’air sérieux et porter un nœud papillon, confie Mlungisi. La diversité de notre orchestre et de notre répertoire produit une énergie fantastique. On joue avec passion, en souriant et même, parfois, en dansant. Le plus extraordinaire est d’avoir pu jouer à la Philarmonique de Berlin en 2014". Le concert avait fait salle comble.

Un exemple de ce que propose cet orchestre

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