Afrique du Sud: l'héritage controversé de Nelson Mandela

Nelson Mandela en 2013.
6 images
Nelson Mandela en 2013. - © VALERIE HIRSCH

Cinq ans après son décès, le 5 décembre 2013, Nelson Mandela, le père de la démocratie sud-africaine ne fait plus l’unanimité. La jeunesse noire trouve que Mandela a été trop conciliant à l’égard des Blancs qui contrôlent toujours l’économie.

"L’une des meilleures façons de maintenir l’héritage de Mandela est que chacun d’entre nous s’engage à s’investir (dans une cause) de manière significative", a déclaré Graça Machel, la veuve de Nelson Mandela, lors d’un festival international de musique dans un stage de Johannesburg, dimanche dernier. Parmi les têtes d’affiche, Beyoncé s’était revêtue d’une robe ornée de perles zouloues. Le festival a clos une année de célébration de la naissance de Mandela, le 18 juillet 1918.

Mandela a privilégié la réconciliation raciale, mais il faut poursuivre la révolution

Madiba, comme l’appellent les Sud-Africains, est devenu un symbole universel de l’engagement citoyen. "Dimanche, j’ai réalisé à quel point Mandela était une icône mondiale, explique Karabo Moshodi, 24 ans, une animatrice radio de Soweto. Mandela avait compris qu’il fallait unir le pays pour surmonter nos problèmes. Aujourd’hui, il y a trop de divisions. Il faudrait revenir à l’esprit de Mandela et, comme lui, être prêt à faire des sacrifices. Mais les jeunes sont focalisés sur leur avenir individuel. Il n’y a plus cette magie collective".

Pour Bheki Dube, 26 ans, propriétaire d’un hôtel et deux backpackers, "on ne peut pas poursuivre dans la voie de Mandela. Pour éviter que le pays ne plonge dans la guerre civile, il a privilégié la réconciliation raciale. Mais maintenant, nous devons poursuivre la révolution et atteindre la liberté économique". Malgré l’émergence d’une importante classe moyenne noire, les Blancs contrôlent toujours l’essentiel de l’économie et l’Afrique du sud reste l’un des pays les plus inégalitaires de la planète.

Les Blancs doivent céder ce qu’ils contrôlent ou quitter le pays

Pour une partie des Noirs,  Mandela est devenu le symbole de la persistance du statu quo. Julius Malema, président du parti radical des Combattants pour la liberté économique l’avait même accusé d’être un "traître" avant de se reprendre été d’affirmé que le "vieil homme" avait fait trop de compromis, en abandonnant notamment le programme de nationalisations. "La priorité a été de maintenir la stabilité du pays, au détriment de la justice et la redistribution, pense Thobile Ndzimande, 24 ans, qui travaille dans la finance. L’oppression se poursuit encore aujourd’hui. Pour moi, les Blancs doivent céder ce qu’ils contrôlent à la majorité de la population ou quitter le pays"

C’est un paradoxe : le président Cyril Ramaphosa, considéré comme le dauphin de Mandela, a la difficile tâche de changer le statut quo, en commençant par l’expropriation des terres sans compensation. L’ANC espère ainsi redorer son image d’ici les élections de mi-2019. La semaine dernière, Ramaphosa a toutefois promis, devant une audience blanche, qu’il respecterait les "valeurs, principes et l’intégrité de Nelson Mandela". 

Mandela est un exemple, rare en Afrique, d’un leader remarquable, qui a quitté le pouvoir après un seul mandat. Pour Pam Munian, une Sud-Africaine d'origine indienne de 37 ans qui travaille aussi dans la finance, "Mandela ne gouvernait pas à court terme. C’était un visionnaire. Ceux qui disent qu’il était une marionnette des Blancs ne pensent pas au futur du pays. C’est tellement plus simple de tout voler et tout casser. Je crains que l’héritage de Mandela soit en train de mourir".

Archives : Journal télévisé 18/07/2018

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK