Afrique du Sud: au Cap, la guerre contre les gangs

Le gangster David Brown, un revolver à la main.
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Le gangster David Brown, un revolver à la main. - © Valérie Hirsch

Au Cap, l’armée a été appelée à la rescousse pour lutter contre le gangstérisme. Quelque 1200 soldats ont été déployés, le 15 juillet, pour six mois. Ils aident la police dans dix quartiers des Cap flats, une plaine dans la périphérie de la ville du Cap, où vit plus d’un million de métis. Dans ces quartiers, construits sous l’apartheid, les fusillades entre gangsters sont quotidiennes. Selon la police. 900 personnes ont été tuées, entre janvier et juin 2019, dans les Cape flats, soit autant que pendant toute l’année 2018. La ville du Cap serait la ville la plus dangereuse du continent africain (et la 11e au monde), d’après un classement établi l’an dernier par le "Conseil mexicain pour la sécurité publique".

Des enfants et des femmes sont régulièrement tuées par des balles perdues. Mary Bruce, 48 ans, a été grièvement blessée à la jambe, alors qu’elle pendait sa lessive dans la cour de son immeuble, le 7 juillet, juste avant midi. "Trois gars étaient en train se tirer dessus, explique Bruce. Une autre femme a été blessée. Mon propre fils a rejoint un gang à l’âge de dix ans", raconte Mary, qui gardera des séquelles toute sa vie de sa blessure. "Mon mari me battait devant lui. Mon fils a trouvé du réconfort dans la drogue et dans le gang, qui était devenu comme sa seconde famille. Il est mort d’une balle quand il avait 26 ans."

L’intervention de l’armée a ramené un certain calme dans les Cape flats. Selon le ministre de la police Bheki Cele, le nombre moyen de meurtres a diminué de plus de 50 à 30 par week-end. En trois mois, 6000 personnes ont été arrêtées, 100 armes à feu et 600 couteaux, confisqués. Notre demande d’assister à une intervention de l’armée, ou d’interviewer un porte-parole, a été déclinée. Il faut donc se contenter de la parole des habitants, comme Aziza Kannemayer, une femme à la tête de 8 comités de citoyens qui épaulent la police. "Fin septembre, des policiers ont été pris au milieu d’une fusillade. Les soldats ont été appelés en renfort. Ils ont arrêté 27 personnes de manière plutôt rude. Un soldat a même sévèrement battu le président d’un de nos comités. Mais mis à part cette bavure, nous sommes heureux de l’intervention de l’armée". Kannemayer aurait, toutefois, souhaité qu’elle ne dépende pas des renseignements fournis par la police : "Certains policiers corrompus protègent les gangsters."

Le pasteur Ashley Potts gère un centre de lutte contre la drogue dans les Cape flats. Lui aussi a assisté à une opération. "Des soldats sont descendus en hélico sur un terrain vague, pendant que la police bouclait le quartier. Mais les dealers ont vite donné leurs armes et la drogue à des habitants qui ne risquaient pas d’être fouillés. Les gens protègent ceux-là mêmes qui leur font du mal. En même temps, ces gangsters vont vivre leurs familles, souvent très pauvres".

Hausse de la violence dans les années 2000

Il y aurait plus de 100.000 gangsters au Cap, selon Don Pinnock, auteur du livre "Gang town". Les gangs sont devenus plus violents depuis les années 2000, suite à l’afflux de drogues importées et la profusion d’armes à feu (venant, en majorité, des stocks de la police, selon Pinnock). "L’armée ne m’attrapera jamais", affirme David Brown, 30 ans, un chef local du gang "Dixies". Crane rasé, dents de devant manquantes (signe distinctif des métis) et revolver à la ceinture, Brown affiche la bravache typique des gangsters. Il vient de purger une peine de prison pour triple tentative de meurtres. "Parfois, j’en ai assez de cette vie mais que puis-je faire d’autre ?"

Les garçons qui rejoignent les gangs – souvent issus de familles violentes, alcooliques ou droguées — sont de plus en plus jeunes. Les mélanges de drogues de synthèse, comme le "nyope", les rendent aussi plus violents. Pour Pinnock et Potts, il faudrait décriminaliser l’usage des drogues pour lutter contre le gangstérisme. Tout le monde est d’accord : il faudra plus qu’une intervention militaire pour venir à bout de ce fléau.

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