Afrique de l'Ouest: entre les urnes et la frustration des militaires

Bamako, théâtre d'un putsch militaire
Bamako, théâtre d'un putsch militaire - © HABIBOU KOUYATE - AFP

Alors que la Sénégal se prépare à voter pour le second tour de l'élection présidentielle, la situation reste calme mais très incertaine au Mali après le coup d'état mené par de jeunes militaires.

Au Sénégal, le deuxième tour de l’élection présidentielle verra-t-il dimanche la fin de l’ère Abdoulaye Wade, ce président de 85 ans et qui a tenu à se représenter malgré le prescrit constitutionnel ? Wade est arrivé en tête du premier tour avec plus de 34 % des voix. Il fera face dimanche à son ancien Premier ministre Macky Sall, 26%  l’issue du vote du 26 février.

Au Mali, la situation reste calme mais très incertaine. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un groupe de jeunes soldats mutins a pris le pouvoir. Il a renversé le président élu, Amadou Toumani Touré, un homme qui s’apprêtait à quitter le pouvoir aux prochaines élections d’avril. Les putschistes dirigés par le Capitaine Sanogo l’accusent d’incompétence dans sa gestion du conflit armée qui a repris depuis janvier avec la rébellion touareg dans le nord du pays.  

Qui est Amadou Toumani Touré ?

Agé de 64 ans, ancien militaire, Amadou Toumani Touré préside le Mali depuis 2002, il a été réélu en 2007, et contrairement à son homologue sénégalais, il ne s’accroche pas au pouvoir. Ancien militaire, il jouit d’une réputation de démocrate. C’est lui qui a participé au putsch contre le dictateur Moussa Traoré en 1990. Il a conduit la conférence nationale et instauré le multipartisme au Mali avant de remettre le pouvoir aux civils.  

Mais depuis son élection en 2002, cet homme plus habitué à la concertation et à la négociation à l’africaine plutôt qu’aux coups de force semble avoir laissé le Mali s’enfoncer dans la pauvreté et la corruption.

Les menaces d’Aqmi et la "mauvaise gestion" du conflit avec la rébellion touareg

Depuis 2008, Al Qaïda s’est organisé dans les pays du Sahel sous le nom d’Aqmi, Al Qaida au Maghreb islamique. En liaison avec des trafiquants de drogue ou de simples bandits, Aqmi est un facteur d’insécurité dans la région désertique.

Aqmi détient six otages français.

A l’inverse de la Mauritanie et du Niger, le président malien n’a pas cédé la gestion de la lutte antiterroriste aux militaires et experts français.

Après la chute de Kadhafi, le réveil de la rébellion touareg au Mali

Episodiquement depuis les années 60, les Touaregs du Mali  ont pris les armes contre le pouvoir de Bamako. Les Touaregs – une ethnie nomade estimée à au moins un million et demi de personnes, repartie sur 5 pays – Algérie, Libye, Mali, Niger, Burkina Faso- réclament l’autodétermination. Reconstitués sous le nom de Mouvement national pour la libération de l’Azawad, les Touareg du Mali revendiquent l’Azawad, leur berceau historique, la moitié nord du Mali, un territoire riche en pétrole et en uranium.

Après plusieurs conflits, et les accords de 2006, où les Touaregs du Mali ont été intégrés à l’armée malienne, d’autres sont partis en Libye, où ils étaient les protégés et les mercenaires de Mouammar Kadhafi. Après la révolution en Libye, un groupe de 2000 Touaregs seraient rentrés au Mali, équipé d’armes lourdes prises dans les stocks de Kadhafi.

Amadou Toumani Touré les aurait accueillis avec bienveillance, en leur permettant de s’installer dans la région de Kidal, qui est aussi un des bastions d’Aqmi. Le Mouvement national pour la liberation de l'Azawad (MNLA) nie tout lien avec les combattants islamistes.

Une armée affaiblie face aux assauts des rebelles touaregs

Depuis janvier, les rebelles du MNLA ont lancé l’assaut et se sont emparés de plusieurs localités dans le nord du Mali. L’armée a été humiliée. D’où les reproches adressés à Amadou Toumani Touré. Mais des affaires de détournements des soldes dans l’armée ont aussi accentué le malaise et conduit à la mutinerie et au putsch de cette semaine.

Amadou Toumani Touré isolé, les putschistes aussi

La condamnation du putsch est unanime, du conseil de sécurité de l’ONU, à l’Union africaine, de Washington à l’Union européenne, sans oublier les voisins du Mali et ses principaux partenaires commerciaux, la France et la Chine. Tous réclament le retour à l’ordre constitutionnel, la libération des personnalités arrêtées.

La plupart demandent le retour au calendrier des élections, présidentielle en avril, législative ensuite.  L’Union européenne demande le retour d’ "un" pouvoir civil. Peut-on lire entre les lignes l’idée que certains s’accommoderaient d’un départ anticipé d’ Amadou Toumani Touré ? Il devait remettre le pouvoir à son successeur en juin.

Sénégal : changement de génération en vue, sauf si…

Au Sénégal  le deuxième tour de l’élection présidentielle se déroule dimanche. La campagne s’est déroulée plus calmement qu’avant le premier tour, lorsque la décision de la cour constitutionnelle d’autoriser une troisième candidature à Abdulaye Wade avait provoqué des manifestations à caractère insurrectionnel, des troubles qui ont fait au moins six morts.

Crédité de 34 % des voix, Abdoulaye devrait pourtant perdre, car toute l’opposition et de nombreuses associations, dont le mouvement de contestation des "Y’en a marre" ont décidé de reporter leurs voix sur Macky Sall. C’est un ancien Premier ministre d’Abdoulaye Wade, il devrait l’emporter, sauf si les reports de voix se faisaient mal, ou que le président Wade parvenait à mobiliser les nombreux abstentionnistes du premier tour. Quasi un électeur sur deux avait boudé les urnes les 26 février.

Françoise Nice

L’émission AFRIK HEBDO  de ce samedi 24 mars, à 18H27 sur La Première, reviendra  sur cette actualité ouest-africaine, avec un témoin à Bamako et un expert à Dakar.

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