Afghanistan : qui est Ahmad, le fils du commandant Massoud qui veut marcher sur les traces de son père ?

Ahmad Massoud, 32 ans, se présente aujourd’hui comme la seule poche de résistance armée face aux talibans depuis la prise de Kaboul dans la nuit du 15 au 16 août. Fils d’Ahmed Chah Massoud, appelé Commandant Massoud, il compte faire honneur à l’héritage de son père et espère réunir une armée de résistants. Un héritage héroïque de l’homme qui a incarné la résistance face aux Soviétiques dans les années 1980 puis face aux talibans qui ont pris le pouvoir en 1996. Quel est le parcours du fils Massoud ? Qui était son père ? A-t-il réellement une chance de lutter véritablement contre les talibans, comme son père avant lui ?

Un espoir de démocratie

Ahmad Massoud n’avait que 12 ans quand son père fut assassiné dans un attentat suicide, dirigé par le groupe terroriste Al Qaeda. C’était le 9 septembre 2001, deux jours seulement avant les attentats des tours jumelles à New York. "Je n’avais jamais rien vu de tel. C’était quelque chose de très froid. Alors mon grand-père a doucement levé le linceul et c’était mon père en dessous. Une tragédie. C’est la vie parfois, il faut apprendre à vivre avec", confiait-il à la RTBF, qui l’a rencontré en 2016. Ce jour-là, "tout a changé", confiait-il à l’AFP.

A cette époque il a d’abord fui vers le Tadjikistan. Sa famille et lui ont finalement trouvé refuge en Iran, où il a étudié toute son adolescence, avant de s’envoler pour Londres et y obtenir un diplôme universitaire en relations internationales.

En 2016, il rentre en Afghanistan. Entre militantisme et diplomatie, le fils du "Lion de Panchir" n’a pas cessé de faire vivre la mémoire de son père. A travers des missions de représentation de son parti politique, le parti islamique Jamiat-e, la fondation d’un journal, d’un magazine historique et, bien sûr, la direction de la Fondation Massoud, depuis 2016. Une fondation qui œuvre pour la paix avec des programmes éducatifs et culturels notamment et qui promeut des aides économiques et sociales, parfois dans des situations d’urgence.


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Aujourd’hui, il est à la tête d’une coalition politique appelée "Front pour la résistance", qui a pour principal objet la lutte contre les talibans.
 

Sur les traces de son père

Ahmad Massoud s’est exprimé à travers plusieurs tribunes depuis la conquête fulgurante de l’Afghanistan par les forces islamistes talibanes. "Moi la seule chose que je défends, à laquelle je crois, c’est la démocratie", confiait le fils du Commandant à la RTBF en 2016. Aujourd’hui, cette lutte prend, en plus d’une dimension politique, une dimension militaire. Sur les traces de son père donc, avec qui la ressemblance physique est presque troublante.

Accompagné de l’ancien vice-Premier ministre Amrullah Saleh, Ahmad Massoud organise timidement la levée de troupes opposées aux talibans. "J’écris depuis la vallée du Panchir aujourd’hui, prêt à suivre les traces de mon père, avec mes moudjahidines qui sont préparés à reprendre le dessus une nouvelle fois sur les talibans. Nous avons des réserves de munitions et d’armes que nous avons patiemment collectées depuis le temps de mon père, car nous savions que ce jour pourrait arriver", écrivait-il dans une tribune publiée par le Washington Post.

Le symbole du Panchir

Dans ce texte, on apprend donc qu’il est dans le Panchir avec Amrullah Saleh. Un lieu chargé de sens, c’est là où le Commandant Massoud est né et a mené la résistance face aux talibans. Cette vallée difficilement accessible est un lieu stratégique pour mener ce type d’opération, même si, vous le lirez plus loin, certaines choses ont changé depuis l’époque de son père. Lorsque la RTBF le rencontrait, il y a 5 ans, Ahmad Massoud se souvenait des stigmates que les talibans avaient laissés sur la ligne de front à l’entrée du Panchir, "quand les talibans ont envahi cet endroit, ils n’ont rien laissé debout. Que du désert et une terre morte. Ils ont tout brûlé", racontait-il.

Mais Ahmad Massoud le sait, pour mener à bien son combat il aura besoin de soutien. Dans la tribune publiée par la revue française "La règle du jeu", fondée par le philosophe français Bernard Henri Levy, il appelle "tous les Afghans libres qui refusent la servitude et que j’appelle à me rejoindre dans notre bastion du Panjshir, qui est la dernière région libre de notre pays à l’agonie".

Appel à l’aide

Il demande aussi le soutien de la communauté internationale, et plus particulièrement aux Occidentaux, "Je m’adresse à vous tous, en France, en Europe, en Amérique, dans le monde arabe, ailleurs, vous qui nous avez tant aidés dans notre combat pour la liberté, contre les Soviétiques jadis, contre les Talibans il y a vingt ans : Allez-vous, chers frères amis de la liberté, nous aider une nouvelle fois comme par le passé ? Notre confiance en vous est immense", écrit-il. Le fils du Commandant a d’ailleurs appelé les Etats-Unis à lui fournir des armes pour mener à bien son combat. Son appel sera-t-il entendu ? Difficile à dire dans un contexte où les pays de l’OTAN semblent peu enclins à intervenir de nouveau en Afghanistan.

Sujet de notre JT du 20 août :

Un succès peu probable

Interrogé par nos confrères de France Info, Gilles Dorronsoro, professeur de sciences politiques à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne et spécialiste de l’Afghanistan, se fait peu d’illusion sur les chances de succès d’Ahmad Massoud face aux talibans. "C’est un pari politique qui me paraît dangereux. Pourquoi ? Parce que premièrement, il n’y a pas de perspective de succès à moins de combats pendant 10, 15 ou 20 ans. Deuxièmement, ça peut amener à une radicalisation des talibans et on sait que l’Afghanistan peut facilement devenir un endroit dangereux pour les pays occidentaux, notamment du fait de la présence d’Al-Qaeda, etc. Je crois aussi que ce calcul est dangereux pour la population afghane elle-même", expliquait-il, à propos d’éventuels soutiens étrangers.

La situation géographique, a elle aussi évolué. "La vallée du Panchir – d’où est menée la résistance d’Ahmad Massoud – reste un isolat, un coin perdu, une vallée très encaissée. Toutefois les routes qui permettraient d’alimenter la base d’une résistance, elles sont coupées", explique Nicolas Gosset, spécialiste de l’Asie centrale à l’Institut Royal Supérieur de Défense.

Le mythe Massoud est encore plus un mythe à l’international, qu’un mythe à l’intérieur de l’Afghanistan

"Il y a eu aussi un effort de désenclavement", par rapport à l’époque soviétique, ajoute-t-il. Un problème de taille, "il ne contrôle que la vallée du Panchir", alors que son père, lui, "contrôlait bien plus que ce territoire". Le fils Massoud contrôle donc un territoire plus réduit, entouré par les talibans, "une aventure difficile", selon l’expert.

Son aura, aussi, n’est pas la même que son père, il doit encore faire ses preuves au niveau politique et militaire. "Le mythe Massoud est encore plus un mythe à l’international, qu’un mythe à l’intérieur de l’Afghanistan. A l’intérieur de l’Afghanistan, le sujet est beaucoup plus discuté. Son fils, à mon avis, n’est pas de nature à avoir une base de légitimité nationale", analyse Nicolas Gosset.

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