Afghanistan: MSF poursuit l’aide médicale aux populations, en dépit d’un manque criant de moyens

Comment poursuivre l’aide médicale aux populations en Afghanistan ? Manque de moyens et de personnel, désorganisation du pays et du système étatique, structure opaque du pouvoir taliban mais aussi surtout crise du système financier, les banques sont pour ainsi dire dépourvues de tout argent : voilà rend toute initiative humanitaire dans le domaine de la santé publique compliquée voire impossible. C’est le constat dressé par MSF, une des seules organisations non gouvernementales présentes aujourd’hui en Afghanistan.

Un travail sous pression

Médecins Sans Frontières (MSF) est actif en Afghanistan depuis plus de 40 ans. Depuis la prise de pouvoir par les talibans et avec un personnel réduit à 2400 personnes dont une petite centaine d’expatriés, ses activités continuent, sur 5 sites : Herat, Kandahar, Khost, Kunduz et Lashkar Gah. Elles se redéploient même. Les islamistes ont autorisé l’avion de MSF à atterrir dans plusieurs villes de province puis récemment à Kaboul. L’organisation humanitaire va pouvoir reprendre son action sur le terrain. L’occasion de faire le point sur son action.

Un travail qui se poursuit sous une forte pression avec un système de santé démuni. Des hôpitaux qui débordent, des cliniques pour déplacés, des centres de tests, des initiatives pour lutter contre la malnutrition, des consultations pré et postnatales, des campagnes de vaccination mais aussi tout un arsenal de mesures contre le Covid-19.

Dans ce pays, le taux de vaccination contre le coronavirus est très bas. Il faut aussi lutter contre la tuberculose, soigner les traumatismes de la guerre, faire face à toutes les urgences qui traitent des centaines de personnes chaque jour…

Retour au calme dans le dénuement

Les combats ont pour la plupart cessé et avec le retour au calme et le démantèlement des barrages routiers, il est devenu plus facile de se déplacer.

"Depuis que les combats ont pratiquement cessé dans les provinces, la population peut se déplacer plus facilement et nous avons constaté une augmentation du nombre de patients dans certains de nos projets, notamment à Herat et à Lashkar Gah", explique sur place Gaëtan Drossart, collaborateur de MSF et chef de mission Afghanistan.

Les patients reviennent donc voir les médecins. Mais avec une infrastructure de santé complètement désorganisée, des pénuries en personnel et matériel et un système bancaire effondré, beaucoup restent sans les soins dont ils ont besoin.

Appel aux dons

MSF fait donc appel aux dons. En 2014 déjà, dans un rapport intitulé "The Continued Struggle to Access Medical Care in Afghanistan" ("La lutte continuelle pour l’accès aux soins médicaux en Afghanistan"), MSF relevait la difficulté rencontrée par les Afghans pour bénéficier de soins médicaux, en raison de la violence et de l’insécurité, de la pauvreté et d’un système de santé sous-financé.

Le système de santé afghan est au bord de l’effondrement

Les Nations unies ont estimé en 2021 que plus de 18 millions de personnes avaient besoin d’une aide humanitaire en Afghanistan, soit la moitié de la population.

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Aux urgences en traumatologie à Kunduz, un infirmier soigne un patient qui a subi une fracture de la jambe due à l'explosion d'une bombe © MSF

"Le système de santé afghan est au bord de l’effondrement depuis longtemps. Si les dons cessent, le système de santé pourrait s’effondrer totalement, les Afghans devant en subir les conséquences", souligne le coordinateur opérationnel de MSF en Afghanistan.

Or, après la prise de pouvoir des talibans le 15 août dernier, d’importants donateurs comme la Banque mondiale – dont le système de santé afghan dépendait à 85%, selon MSF - et le Fonds monétaire international ont décidé de suspendre leurs aides.

Le 13 septembre, lors d’une conférence à Genève, les donateurs internationaux se sont engagés à hauteur d’un milliard de dollars pour l’Afghanistan. Il faudra cependant vérifier si ce sont de nouveaux dons ou si cela prend en compte les promesses de dons déjà faites, et surtout comment cet argent atteindra sa destination.

Des banques paralysées

C’est un des grands problèmes pour le système de santé afghan : les banques ne fonctionnent plus. Pas moyen de faire parvenir de l’argent en Afghanistan.

Des travailleurs de la santé du secteur public n’ont plus touché de salaire depuis des mois. Certains doivent prendre un second travail dans le privé pour s’en sortir.

Beaucoup de gens cherchent encore à quitter le pays, et vendent leurs biens pour cela, si ce n’est pas tout simplement pour survivre et s’acheter des biens de première nécessité dont le prix a bondi.

L’inflation, les difficultés d’approvisionnement compliquent les choses, mais MSF a toujours pu assurer l’acheminement du matériel nécessaire. Dans les camps de déplacés, dont le nombre se réduit, le dénuement est le plus grand : là, les besoins sont criants.

Des signaux d’ouverture de la part du pouvoir

Les équipes de MSF réussissent cependant à continuer à travailler dans ce contexte difficile. Les femmes et les minorités aussi, sans problème. Les collaboratrices féminines de MSF ont à nouveau accès aux dispensaires. Une bonne nouvelle. Toutes les catégories de populations ont accès aux soins prodigués par l’ONG, sans discrimination.

Gaëtan Drossart souligne cependant l’énorme angoisse que cette situation provoque chez son personnel. Un des adjoints au ministre de la Santé est lui-même issu de la minorité hazara, ce qui constitue aux yeux de MSF, un premier mais faible signal d’ouverture pour un gouvernement taliban qui n’est pas vraiment un exemple d’inclusivité, à commencer par l’absence totale de femmes en son sein. Mais les islamistes cherchent à rassurer les Afghans et la communauté internationale, en affirmant qu’ils se montreront à l’avenir moins stricts.

MSF entretient des contacts suivis avec les autorités pour continuer à travailler : "Le ministre de la Santé est médecin et nous a promis un support pour toutes les opérations médicales que nous souhaitons mettre en place", explique Gaëtan Drossart. On a aussi des contacts avec toutes les administrations pour nos importations. Maintenant, cela ne fonctionne pas de façon huilée. On est face à un pouvoir surpris d’arriver à la tête de l’Etat. Il faudra attendre longtemps pour que cela fonctionne sans anicroche."

Le pouvoir des talibans ne fait donc pas barrage à l’action d’une ONG comme MSF, mais Gaëtan Drossart note "un manque de clarté" dans les décisions : le parcours des dossiers entre les différents ministères est parfois long et difficile.

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Un garçon vend de l’essence le long de la route à Kaboul © AFP Hoshang Hashimi

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