Afghanistan: journée électorale sous haute tension

Dans le cadre du scrutin présidentiel, 9.6 millions d’électeurs sont appelés aux urnes. Des élections sous haute tension. Près de 100.000 militaires et policiers ont été mobilisés pour sécuriser les presque 5.000 bureaux de vote du pays. Le vote doit désigner le prochain président du pays dans un climat de violence, de crainte de fraude et de participation limitée. Les talibans ont appelé au boycott du scrutin et ont menacé de le perturber autant que possible. La commission électorale est sans nouvelles de 901 bureaux de vote qui n'ont vraisemblablement pas pu ouvrir leurs portes.

Attentats contre les bureaux de vote

Un attentat a fait 16 blessés à Kandahar, un autre, à Jalalabad, a fait 1 mort et 2 blessés. Ghazni et Kaboul ont également été touchées. Plusieurs autres attaques à la grenade ou à la bombe ont eu lieu sans faire de victimes. L’accès à la capitale a été interdit aux camions et aux camionnettes. Les talibans n’ont cessé de réitérer leurs menaces. La campagne électorale a été émaillée d’attaques avec un attentat qui a fait 26 morts à Tcharikar la semaine dernière et un autre qui a tué 4 personnes à Kandahar. Les menaces ont visé en particulier les enseignants, la plupart des bureaux de vote sons installés dans des écoles.

Quatrième élection présidentielle de l’histoire afghane

Les premières élections présidentielles ont eu lieu en 2004. Le quatrième scrutin présidentiel de l’histoire du pays voit pas moins de 18 candidats s’affronter mais deux hommes se détachent du lot. L’actuel chef de l’État, Ashraf Ghani et son Premier ministre, le docteur Abdullah Abdullah. Les deux hommes se sont déjà affrontés lors des précédentes élections de 2014. Le scrutin avait été entaché d’irrégularités au point où les Etats-Unis avaient imposé la création du poste de chef de l’exécutif pour Abdullah Abdullah. L’un des enjeux du scrutin est la légitimité pour relancer les pourparlers de paix avec les Talibans et lancer un véritable dialogue inter-afghan.

Craintes de fraude

Les scrutins précédents ont été entachés de fraudes qualifiées de massives. Les bureaux de vote ont donc été équipés de systèmes biométriques pour s’assurer de l’identité des votants. De plus, une fois le vote exprimé, les électeurs se voient marqués au doigt au moyen d’une encre indélébile. Le procédé comporte aussi une part de risque. Les Talibans ont, lors d’élections antérieures, coupé des doigts à ceux qui ont exprimé leur vote malgré l’interdiction qui leur avait été faite. Des exactions qui risquent également de se répéter.

Violence et pauvreté

La campagne électorale a été émaillée d’attentats. L’œuvre des Talibans et de la branche afghane de l’organisation terroriste "Etat Islamique". Ils ont mené aussi à l’interruption brutale des pourparlers en cours entre Washington et le bureau politique des Talibans de Doha. Et ce, peu après l’annonce d’un accord historique imminent par Donald Trump. Dans le même temps, les Etats-Unis ont retiré leur aide directe à l’Afghanistan, 160 millions de dollars.

Le pays est toujours occupé à raison de 60% de son territoire par les Talibans. 55% de la population, selon l’ONU vit avec moins de 2 dollars par jour. Le conflit a coûté la vie à pas moins de 1300 civils seulement au cours du 1er semestre de 2019.

La rébellion ne reconnaît pas le processus électoral en cours, celui qui en sortira vainqueur est d’ores et déjà taxé d’illégitimité. Une situation qui ne laisse rien présager de bon dans le sens d’une pacification ou même du redémarrage d’un dialogue national.

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