Afghanistan : "Il faudrait qu’il y ait un gouvernement large qui représente toute la société ", estime l’ambassadeur du Pakistan en Belgique

La chute sans combats de la capitale afghane, Kaboul, dimanche, et la prise de pouvoir éclair des combattants Taliban en à peine une semaine d’offensive, se trouve aujourd’hui au centre d’intenses discussions diplomatiques.

Les contours du nouveau pouvoir qui devrait se mettre en place pose d’innombrables questions, en premier lieu pour les Afghans eux-mêmes, parmi lesquels certains craignent le retour d’un régime absolutiste et violent.


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Pour la communauté internationale ensuite, et surtout pour les voisins immédiats de l’Afghanistan. Ainsi, le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mahmood Qureshi, s’est entretenu ces dernières heures avec son homologue américain, Antony Blinken. Selon un communiqué du Ministère pakistanais des Affaires étrangères, les deux hommes ont discuté par téléphone des derniers développements en Afghanistan.

Le Pakistan, en tant que pays frontalier, est concerné au premier chef par la situation afghane. Il accueille sur son territoire près de 4 millions de réfugiés afghans. Le pays a aussi été frappé par plusieurs attentats islamistes, parfois liés à des groupes djihadistes transfrontaliers. Et surtout, les autorités pakistanaises sont régulièrement accusées d’avoir soutenu militairement et logistiquement le mouvement des Talibans afghans.

Le gouvernement pakistanais a en outre joué un rôle déterminant dans la mise en place des négociations entre l’administration Trump et les Taliban, il y a un an, des discussions qui ont entériné le retrait des troupes américaines d’Afghanistan.

Pour l’heure, les autorités pakistanaises ont affirmé poursuivre leurs contacts avec Washington et les autres partenaires internationaux pour renforcer la stabilité et les efforts de paix en Afghanistan.

"Le Pakistan et l’Afghanistan partagent beaucoup de choses, leur culture, leur histoire… Donc tout ce qui se passe en Afghanistan a des conséquences directes sur le Pakistan, nous confirme Zaheer A. Janjua, ambassadeur du Pakistan pour l’Union européenne, la Belgique et le Luxembourg. Nous avons été engagés dans des efforts pour ramener la paix en Afghanistan, et c’est dans ce but que nous avons soutenu le dialogue entre les Etats-Unis et les Talibans".

"Un gouvernement large"

Quelle forme prendra le nouveau pouvoir qui sera mis en place par les vainqueurs ? La question est vaste et complexe, car le pays est une mosaïque d’ethnies, il est aussi la proie d’attentats meurtriers perpétrés par le groupe Etat islamique, présent sur le territoire.

Pour réussir, le nouveau gouvernement devra être inclusif, c’est ce que martèlent depuis ce mardi les autorités d’Islamabad, et c’est ce que nous a expliqué Zaheer A. Janjua : "Nous appelons toutes les parties pour dire qu’il faut qu’il y ait un processus propre à l’Afghanistan, et mené par les Afghans eux-mêmes. Nous l’avons toujours dit : cela doit appartenir aux Afghans. Il faudrait qu’il y ait un gouvernement large qui représente tous les segments de la société et tous les partis politiques. Et c’est entre Afghans que les choses doivent être réglées, tous les Afghans".

"Nous pouvons être des facilitateurs, ajoute le diplomate, et nos efforts visent à préserver et à amener la paix, une paix qui devrait être construite en Afghanistan, qui ne devrait pas être représentatif d’une partie du pays, mais de tout l’Afghanistan".

 

"Double jeu"

"Le Pakistan est dans une situation pour le moins ambiguë, commente Dorothée Vandamme, docteure en relations internationales, spécialiste de l’Afghanistan à l’UMons et l’UCLouvain. Depuis le début, il mène ce double jeu de soutien aux Talibans afghans, tout en soutenant par ailleurs la communauté internationale dans l’opération qui a été effectuée et qui arrive à son terme. Le Pakistan est donc favorable au retour des Talibans afghans, puisque c’est un mouvement qui va dans l’intérêt du Pakistan notamment dans son opposition par rapport à l’Inde."


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Mais officiellement, le discours des autorités pakistanaises est plus nuancé. Zaheer A. Janjua regrette que le gouvernement de l’ex président afghan n’était pas représentatif de l’ensemble des aspirations de ses concitoyens. "Nous n’avons pas de favori en Afghanistan, ajoute-t-il. Nous ne supportons aucun groupe particulier, c’est une notion fausse que nous soutenons les talibans de quelque manière que ce soit. Nous souhaitons que les Afghans s’assoient ensemble, et nous soutenons tous les efforts inclusifs pour amener la paix".

Les Talibans, nationalistes, ne laisseront sans doute pas prospérer le Groupe Etat islamique sur le territoire afghan. Les observateurs craignent cependant que la victoire des Talibans en Afghanistan, donne des motivations supplémentaires à d’autres groupes nationalistes islamistes violents. Au Pakistan, la, menace est réelle : plus de 35.000 personnes sont mortes dans des attentats djihadistes depuis 2001 dans le pays.

L’Afghanistan dans le journal de 18 heures de La Première

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