Affaire Matzneff: ces autres écrivains qui ont tenu des discours pro-pédophilie à la télévision française

Gabriel Matzneff, 83 ans, est désormais visé par une enquête judiciaire.
Gabriel Matzneff, 83 ans, est désormais visé par une enquête judiciaire. - © AFP

Le passé et les propos chocs de l’écrivain Gabriel Matzneff, adepte des relations sexuelles avec des enfants, refont surface et libère la parole depuis la parution du livre "Le Consentement" de Vanessa Springora. Récemment, la RTBF a exhumé des déclarations de l’écrivain, aujourd’hui âgé de 83 ans, tenus en 1993 dans l’émission "Au nom de la loi" consacrée à la pédo-criminalité.

Depuis l’annonce de la sortie du livre de Vanesse Springora, qui raconte sa relation avec Gabriel Matzneff alors qu'elle n’avait que 14 ans et lui 50, l’INA, l’institut national français de l’audiovisuel, replonge également dans ses archives. Premier extrait interpellant, celui qui a mis en lumière il y a quelques jours l’aveuglement d’une époque, celui de l’émission "Apostrophes", en 1990. Au cours de l’émission, une invitée en plateau, Denise Bombardier, est la seule à s’offusquer du ton léger et décomplexé avec lequel Gabriel Matzneff présente ses "conquêtes" mineures.

Roger Peyrefitte, René Scherer, Guy Hocquenghem

Ce mercredi 8 janvier, l’INA, sur son compte Facebook, va plus loin et nous présente d’autres auteurs ayant publiquement raconté ou fait la promotion des relations sexuelles entre adultes et enfants. Le tout sans que cela interpelle. En 1967, Roger Peyrefitte publie "Notre amour" qui raconte son "histoire" avec un enfant de 12 ans. "Ce n’est pas sans réflexion qu’un homme de mon âge livre au public une pareille confession", dit-il installé à côté de la journaliste Françoise Giroud. Celle-ci emboîte même le pas : "Pour être singulier aujourd’hui, il faut dire toute sorte d’autres choses. Mais dire "Je préfère les petits garçons aux dames", ça n’est véritablement pas scandaleux." En 1967, l’INA le rappelle, la pédophilie est interdite par la loi.

Autre extrait ressorti des archives de l’institut, celle du professeur René Scherer, connu pour avoir écrit des textes ouvertement pro-pédophilie notamment dans "Emile perverti". "La famille depuis au moins un siècle dit – et c’est ce que la morale officielle dit: l’enfant n’a pas droit à la sexualité, c’est-à-dire au plaisir", dit-il en 1974 à la télévision française. René Scherer et Gabriel Matzneff témoigneront en faveur de Jacques Dugué, poursuivi et condamné pour abus sexuel sur mineurs. Celui-ci prenait des photos d’enfants nus servant à alimenter un réseau.

Proche de René Scherer, Guy Hocquenghem, journaliste à Libération, écrivain, militant de la première heure de la cause homosexuelle. En 1978, il dit : "Si l’on parle de l’avenir qu’on souhaite en tout cas, on peut dire qu’on espère qu’il tend à une mixité croissante, à des relations de plus en plus mixtes, c’est-à-dire à des relations entre enfants et adultes, à des relations entre gens de même sexe, aussi bien que de sexes différents et entre gens de races différentes." Sur Antenne 2, Gabriel Matzneff rendra hommage à Guy Hocquenghem lors de son décès, en 1988. Mais ce jour-là, il n’est pas question des dérapages de Guy Hocquenhem. A noter que Guy Hocquenghem a été invité à deux reprises par la RTBF. D’abord en 1982 dans le cadre d’un débat sur l’homosexualité au cours duquel plusieurs homosexuels belges ont pu, pour la première fois à la télévision belge, raconter leur parcours et les discriminations vécues. Ensuite, en 1988, dans le cadre d’un "Ecran témoin" consacré au militantisme post mai-1968.

Enfin, l’INA revient une nouvelle fois sur le clash entre Denise Bombardier et Gabriel Matzneff et les réactions que celui-ci a suscité dans les milieux littéraires parisiens. En 1990, l’écrivain Philippe Sollers traite Denise Bombardier de "connasse" qui "déraisonne à la télévision". Un an avant l’éclatement de la récente affaire Matzneff, Denise Bombardier racontait déjà cet épisode sur TV5 Monde.

Mardi, l’éditeur français Gallimard a annoncé l’arrêt de la commercialisation du journal de l’écrivain Gabriel Matzneff, visé par une enquête pour viols sur mineurs et mis en cause dans le livre de Vanessa Springora. "La souffrance exprimée par Madame Vanessa Springora dans "Le consentement", fait entendre une parole dont la force justifie cette mesure exceptionnelle", affirme dans un communiqué la maison d’édition qui publiait le journal de Gabriel Matzneff depuis 1990.

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