Affaire Gregory : 36 ans après, l’enquête reprend

Coup de tonnerre dans l’affaire Grégory. Trente-six ans après, l’enquête reprend grâce à l’utilisation d’une nouvelle expertise en écriture. Cette démarche a permis de déterminer qui était l’auteur des lettres anonymes menaçantes. Une étape cruciale dans la résolution cette illustre énigme judiciaire.

Début décembre, le nouveau magistrat de Dijon en charge de l’enquête "Gregory" a procédé à de nouveaux interrogatoires. À ce stade, il ne s’agit pas encore de potentiels suspects, mais de témoins ayant gravité autour des protagonistes. Suspects privilégiés durant les premières investigations, les époux Jacob ainsi que Murielle Bolle n’ont pas encore été entendus.

De plus, la famille de Grégory a introduit une demande pour réaliser deux nouvelles expertises. "Nous avons soumis à la chambre de l’instruction différentes demandes à caractère scientifique", explique maître Thierry Moser, avocat de Christine et Jean-Marie Villemin.

La première demande concerne la recherche d’ADN de parentèle en comparant l’ADN avec un membre issu de la même famille. Ce procédé avait permis de confondre le meurtrier d’Elodie Kulik, violée et assassinée dix ans auparavant. La seconde requête porte sur l’établissement d’un portrait-robot. Pour Me Moser, le résultat de ces expertises permettra de faire la lumière sur cette enquête. "Nous pensons que ces investigations scientifiques sont de nature à faire avancer très, très fortement le dossier, alors que les précédentes investigations scientifiques, notamment génétiques, avaient été vaines", et d’ajouter que "l’éventualité d’un procès criminel dans deux ou trois ans" n’est pas à proscrire.

 

Loading...

Loading...

Une saga macabre

Avec la mort du petit Grégory, c’est une guerre de clan au sein d’une famille élargie que la France découvre. Le premier clan, celui composé de Jean-Marie Villemin et de sa femme. Le second qui comporte les Laroche, les Jacob ainsi que le reste de la famille Villemin. Un arrêt de la chambre d’accusation de 1993 mentionne que " L’aigreur [de Bernard Laroche] aurait pu être alimentée par les vantardises de Jean-Marie Villemin qui se complaisait un peu trop à faire étalage de ses succès et par certains membres de son entourage, tels Michel et Ginette Villemin, Jacky Villemin, Marcel et Jacqueline Jacob qui enviaient, eux aussi, les parents de Grégory et les dénigraient peut-être auprès de lui".

Les tensions sont telles qu’au sein de la famille, plusieurs membres sont accusés tour à tour du meurtre. Mais qu’importent les accusations, chaque clan défend ses membres.

Le 16 octobre 1984, le corps sans vie de Gregory Villemin, 4 ans, était retrouvé, pieds et mains liés, gisant dans les eaux de la Vologne.

Durant les premiers mois des investigations, les soupçons se portent sur Bernard Laroche, le cousin éloigné de Jean-Marie Villemin. Ces suspicions sont accentuées lorsque sa belle-sœur, Murielle Bolle, affirme qu’il est l’auteur du rapt de Grégory. Elle se rétractera quatre jours plus tard, assurant avoir livré sa version sous la contrainte des gendarmes. Bernard Laroche sera tout de même placé en détention provisoire. En mars 1985, persuadé de sa culpabilité, Jean-Marie Villemin abat son cousin d’un coup de fusil de chasse. Il écopera de cinq ans avec sursis.

Viens le tour de la mère de Grégory d’être accusée. Des témoins l’auraient vu devant un bureau de poste le jour du meurtre. De plus, des cordelettes semblables à celles utilisées sur Grégory sont retrouvées dans la cave du domicile familial. L’opinion publique pense que la mère de famille a voulu maquiller un drame familial en meurtre. Elle sera finalement disculpée en 1993 par l’absence de totales de charges à son encontre.

Pendant sept ans, plus rien ne se passera. Le dossier est rouvert par deux fois en 2000 et 2008, pour y ajouter des analyses ADN.

En 2017, Marcel et Jacqueline Jacob, sont mis en examen et en garde à vue. Grâce à un logiciel, AnaCrim, et des analystes, une chronologie est établie et les propos des différents protagonistes sont passés au crible. Des incohérences sont pointées du doigt et les propos des époux ne coïncident pas. Ils deviennent suspects et sont rapidement accusés d’être les corbeaux. Interrogés par la police, ils sont restés muets. Murielle Bolle quant à elle est suspectée d’avoir joué un rôle dans l’enlèvement du jeune garçon.

Le corbeau confondu

2 images
© Tous droits réservés

Afin de confirmer que les époux Jacob sont bel et bien les corbeaux, la juge Claire Barbier commande une expertise en stylométrie à l’entreprise suisse OrphAnalytics. Durant trois années, le style d’écriture, la ponctuation, le champ lexical ainsi que la syntaxe des lettres du Corbeau vont être analysés et comparés. Les enregistrements téléphoniques vont subir le même traitement.

Selon la chaîne de télévision française BFM TV, le rapport suisse vient tout juste d’être remis à la justice française. Selon le Parisien, le coût de cette expertise s’élève à 30.000 euros. Du côté de Jacqueline Jacob, son avocat maître Alexandre Boutier, s’insurge " Cette expertise a coûté très cher pour passer quelques feuilles au scanner. Et on voudrait nous faire croire que les Suisses, avec leur régularité et leur ponctualité, ne l’avaient pas déjà remis en temps et en heure, c’est-à-dire il y a trois ans ! Affirmer que c’est un élément nouveau, c’est se moquer du monde".

Pour Gérard Waltzer, avocat de feu Bernard Laroche, l’important est "que ces nouvelles investigations n’entraînent pas de nouvelles victimes. Dans ce dossier, Grégory Villemin est la première victime, rappelle Gérard Welzer. Bernard Laroche, innocenté puis assassiné, la deuxième. Le juge Lambert, qui s’est suicidé en 2017, la troisième "et de rappeler que " seules des preuves scientifiques incontestables pourraient être utilisées pour accuser je ne sais quelle personne."

Une avancée importante dans la résolution de l’enquête qui ravit maître Thierry Moser, avocat des parents de Grégory "Les investigations ont repris dans cette affaire, et je reste confiant quant aux résultats concrets et effectifs des investigations. Mais il faut encore s’armer de patience".

Pour l’instant, seule la justice connaît l’identité du corbeau. Une fois l’analyse traduite en termes juridiques, le nom sera divulgué.

Affaire Grégory : nouvelle inculpation

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK