Tout ce qu'il faut savoir sur l'affaire de l'empoisonnement d'un ex-espion russe

Poignée de main entre Theresa May, Première ministre britannique, et le président russe Vladimir Poutine, au sommet du G20 de Hangzhou, le 4 septembre 2016.
Poignée de main entre Theresa May, Première ministre britannique, et le président russe Vladimir Poutine, au sommet du G20 de Hangzhou, le 4 septembre 2016. - © ALEXEI DRUZHININ - AFP

Tout a commencé par un empoisonnement... comme au temps de la Guerre froide. C'est le premier acte d'un polar qu'on croirait sorti tout droit d'un film d'espionnage.

Acte I : l'empoisonnement à l'agent innervant

Le 4 mars dernier, Sergueï Skripal, 66 ans, et sa fille Youlia, sont retrouvés inconscients sur un banc à Salisbury, dans le sud-ouest de l'Angleterre. Ils sont hospitalisés dans un état critique.

Selon la BBC, Sergueï Skripal est un ex-colonel du renseignement militaire russe. Accusé d'espionnage au profit du Royaume-Uni, il avait été condamné à 13 ans de prison en Russie en 2006. Il avait été payé 100.000 dollars pour fournir au MI6, le renseignement britannique, les noms des agents russes présents en Europe.

Aussitôt, les regards se tournent vers la Russie. Deux jours après les faits, Moscou nie toute implication dans cette affaire et assure ne disposer d'"aucune information" sur un éventuel empoisonnement. Le pays assure même être "ouvert à la coopération" si Londres en fait la demande.

On l'apprendra quelques jours plus tard via les autorités sanitaires britanniques, les deux victimes auraient été en contact avec "un agent innervant". Des "traces de contamination" de cette substance sont retrouvées dans un restaurant et un pub de Salisbury fréquenté le 4 mars par Sergueï Skripal et sa fille. 

Les agents innervants sont des armes chimiques redoutables, hautement toxiques, et aux effets parfois très rapides. Les deux principaux sont le sarin et le VX. Le premier a été utilisé à plusieurs reprises en Syrie depuis 2013, et dans un attentat dans le métro de Tokyo en 1995. Le second a servi à assassiner le demi-frère du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un en février 2017.

>>> À lire aussi : Cinq cas célèbres d'empoisonnements politiques

Acte II : ouverture d'une enquête et promesse d'une réponse "ferme"

La police britannique ouvre une enquête pour tenter d'élucider "le plus rapidement possible" les circonstances de l'empoisonnement présumé. "Il est clair que c'est un cas très inhabituel et qu'il est essentiel de faire toute la lumière sur ce qui a causé cet incident le plus rapidement possible", déclare alors le patron de la police anti-terroriste Mark Rowley, sur la BBC.

De son côté, le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson confirme l'identité des deux personnes attaquées, indiquant qu'il s'agissait de l'ex-espion russe Sergueï Skripal et sa fille Youlia. Evoquant devant le parlement "l'incident inquiétant à Salisbury où un homme de 66 ans, Sergueï Skripal, et sa fille de 33 ans, Youlia, on été retrouvés inconscients dans un centre commercial dimanche", le ministre assure que "si l'enquête démontre la responsabilité d'un Etat, le gouvernement répondra de façon appropriée et ferme".

Acte III : Moscou nie encore et toujours

Les "accusations sans fondement" portées à l'encontre de Moscou après l'empoisonnement présumé d'un ex-espion russe en Grande-Bretagne visent à "doper la campagne antirusse", dénonce la diplomatie russe le mercredi 7 mars.

Le 9 mars, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qualifie de "propagande" les allégations sur l'éventuelle implication de Moscou dans l'affaire. "Nos partenaires occidentaux nous accusent de tout ce qui va mal sur cette planète", déclare Sergueï Lavrov en marge d'une visite officielle à Addis Abeba. "C'est de la pure propagande et cela vise à faire monter la tension", ajoute-t-il.

Acte IV : Poutine invite Londres à tirer les choses au clair... La Grande-Bretagne lance un ultimatum

Le lundi 12 mars, le président russe Vladimir Poutine conseille à Londres de "tirer les choses au clair". Réponse de Theresa May, la Première ministre britannique, devant les députés : elle estime qu'il est "très probable que la Russie soit responsable" de l'empoisonnement de l'ex-agent double russe Sergueï Skripal.

Soulignant que l'agent innervant utilisé contre Sergueï Skripal et sa fille Youlia était une substance "de qualité militaire" développée par la Russie, Theresa May donne jusqu'au lendemain soir à Moscou pour fournir des explications à l'Organisation pour la prohibition des armes chimiques.

Résultat : Moscou dénonce le "numéro de cirque" de Theresa May devant le Parlement britannique. L'allocution de Theresa May devant les députés britanniques constitue une nouvelle "campagne politique fondée sur la provocation", ajoute la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova, citée par des agences de presse russes.

Acte V : Les Etats-Unis entrent dans la danse... début d'une bataille diplomatique

Comme au temps de la Guerre froide, les Etats-Unis entrent en jeu. Le lundi 12 mars, la Maison Blanche exprime son indignation... et choisit son camp. Les Etats-Unis affirment leur solidarité avec Londres, tout en refusant de se prononcer sur l'éventuelle responsabilité de Moscou dans cette affaire. "L'utilisation d'un agent innervant mortel contre un citoyen britannique sur le sol britannique est une honte", lance Sarah Sanders, porte-parole de Donald Trump, dénonçant une attaque "irresponsable".

Entre Londres et Moscou, les relations sont plus que tendues. Le 13 mars, Moscou convoque l'ambassadeur du Royaume-Unis en Russie. Le pays de Vladimir Poutine accuse les autorités britanniques de vouloir la "discréditer" avec leurs "accusations gratuites".

Le lendemain, Theresa May envisage des sanctions contre la Russie. Dans le courant de la journée, elle annonce l'expulsion de 23 diplomates russes du Royaume-Uni, après avoir jugé la Russie "coupable" de l'empoisonnement de Sergueï Skripal sur le sol britannique. Londres suspend ses contacts bilatéraux avec Moscou. Autre conséquence : ni les ministre et ni les membres de la famille royale britanniques n'assisteront à la Coupe du Monde de football qui se tiendra en Russie en juin et juillet prochains. La réaction russe arrive aussitôt :  Moscou accuse Londres d'avoir "fait le choix de la confrontation".

>>> À lire aussi : les sanctions prises par Londres par le passé

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK