Affaire Bettencourt: Eric Woerth à nouveau dans le viseur

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Jusqu'ici, le ministre français du Travail et ancien ministre du Budget avait toujours nié être intervenu en faveur de l'octroi de la légion d'honneur au gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre. La révélation d'une lettre de sa main l'a forcé à reconnaître l'évidence.

A-t-il ou non menti en affirmant jusqu'ici, n'être jamais intervenu en faveur de l'octroi de la distinction républicaine à Patrice de Maistre ? Toujours est-il qu'il reconnaît désormais avoir rédigé en mars 2007 un courrier à destination de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, dans lequel il suggère l'octroi de la distinction honorifique au gestionnaire de fortune de l'héritière de L'Oréal, Liliane Bettencourt.

"Services rendus"

L'argument de celui qui était alors député et trésorier de l'UMP : Patrice de Maistre devrait être distingué pour "services rendus à l'UMP". Accessoirement, Florence Woerth, l'épouse du député devenu entretemps ministre du Budget du président Nicolas Sarkozy, sera engagée peu de temps après par l'heureux récipiendaire dans sa société de gestion de fortune Clymène. Une situation typique de conflit d'intérêt, implicitement reconnu par les époux Woerth puisque Florence Woerth a démissionné de ses fonctions chez Clymène au début de l'été.

Eric Woerth avait toujours nié être intervenu en faveur de Patrice de Maistre, allant jusqu'à souligner que l'octroi de la légion d'honneur à Patrice de Maistre l'avait été sur le quota du ministère de l'Economie, non du sien ou de celui du ministère de l'Intérieur.

"Tous les jours on me dit autre chose, tous les jours ça se dégonfle et on repart sur autre chose", avait dénoncé Eric Woerth mardi. "C'est une vraie entreprise de démolition à une semaine du débat sur les retraites", s'était-il encore défendu avant d'avouer, jeudi, avoir été l'auteur de la lettre révélée par l'Express et le Canard enchaîné. "J'ai fait comme de multiples députés, c'était d'une grande banalité tout cela. Je n'ai jamais dit que (la lettre) n'avait pas existé, personne n'a dit qu'elle n'avait pas existé" a-t-il finalement reconnu jeudi devant des journalistes économiques et financiers.

De son côté, le JDD annonce que l'ancien chef de cabinet de Nicolas Sarkozy aux Finances puis à l'Intérieur, Laurent Solly, a lui aussi été entendu très discrètement par les enquêteurs. C'est lui qui avait assuré le suivi du courrier d'Eric Woerth.

Un scandale aux multiples rebondissements

Le rôle d'Eric Woerth et ses liens avec le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt sont au cur d'un vaste scandale qui secoue l'Hexagone depuis le mois de juin dernier, lorsque des enregistrements diffusés en marge d'un procès opposant la fille de la milliardaire à l'ami de celle-ci, François-Marie Banier, ont révélé de possibles financements occultes de l'UMP, le parti de Nicolas Sarkozy. Eric Woerth, qui était jusqu'il y a peu trésorier de l'UMP, aurait joué un rôle dans l'organisation de ce financement, selon diverses sources.

Depuis, l'UMP s'emploie à dénoncer l'acharnement dont serait victime le ministre responsable du délicat dossier des retraites. Mais de nouvelles pièces apparaissent presque quotidiennement, qui fragilisent la position d'Eric Woerth, désormais jusqu'à l'Elysée. Dernière en date, la révélation de ce que François-Marie Banier, dans ses carnets intimes, avait consigné une conversation avec la vieille dame où celle-ci reconnaissait avoir donné de l'argent à Nicolas Sarkozy.

Le député socialiste Claude Bartolone a estimé qu'Eric Woerth devrait démissionner car il "a menti" à propos de son rôle dans l'attribution de la légion d'honneur. Le porte-parole du PS Benoît Hamon a quant à lui dénoncé le "double mensonge" du ministre du Travail, accusé d'avoir à la fois menti sur son rôle et sur la véritable raison de la distinction du gestionnaire de fortune, récompensé selon lui non pas en sa qualité de chef d'entreprise, mais en "sa qualité de donateur" de l'UMP.

Le 7 septembre prochain, le débat sur les retraites déboulera à l'Assemblée nationale française. Le même jour, les syndicats français appellent à une large mobilisation contre la réforme envisagée.

 

Thomas Nagant

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