Accord sur les migrants en Allemagne: "Une question de crédibilité politique pour les sociaux-démocrates"

La chancelière allemande Angela Merkel sort un dossier de son sac avant une réunion du groupe parlementaire CDU/CSU à Berlin, le 2 juillet 2018
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La chancelière allemande Angela Merkel sort un dossier de son sac avant une réunion du groupe parlementaire CDU/CSU à Berlin, le 2 juillet 2018 - © John MACDOUGALL

Après avoir trouvé in extremis dans la nuit de lundi à mardi un compromis au sein de son camp sur la politique migratoire, Angela Merkel a envoyé la balle à son autre partenaire de coalition, le SPD. Pour être porté par le gouvernement, l’accord devrait effectivement être validé par le Parti social-démocrate, qui va devoir surmonter ses réticences.

Une réunion de coalition s’est déroulée hier soir pour réunir les dirigeants de la CDU, de la CSU et du SPD. Gênés, les sociaux-démocrates ont réclamé un délai pour rapprocher les points de vue. Qu’est-ce qui gêne du côté des socialistes allemands ?

Pour Eileen Keller, chercheuse à l’institut franco-allemand de Ludwigsburg, il était maladroit de présenter le compromis au sein de l’Union des conservateurs  au public, à moins de le discuter en interne dans le gouvernement.: "Déjà, ça montre peut-être un manque de considération pour le partenaire de coalition. Les deux grands blocs au sein du gouvernement sont les sociaux-démocrates d’un côté et les conservateurs de l’autre côté. Leur base de coopération est le traité de coalition et cet élément n’est pas dedans, donc ça pose un problème pour le fonctionnement du gouvernement".

Pour la chercheuse, c'est une question de crédibilité politique pour les sociaux-démocrates: "Déjà, en 2015, lors de l’arrivée massive de migrants sur le sol  allemand, la question du transit, un des éléments clés du compromis des partis conservateurs, était déjà discutée et fortement refusée par le Parti social-démocrate. Accepter aujourd’hui un élément politique, un instrument qui était refusé il y a deux ans pose une question de crédibilité".

Reste à voir si vu les sondages, le SPD a intérêt à bloquer cet accord :  "ils sont prêts à trouver une solution sur le fond, un compromis qui est  acceptable aussi pour le parti politique en interne, parce qu’il y a une partie qui est très critique envers le fait que le parti soit de nouveau entré dans le gouvernement, qui aurait préféré un rôle d’opposition pour se reconstruire".

De plus, le parti n’a aucun intérêt d’entamer de nouvelles élections en ce moment: "En fait, le parti a obtenu un résultat historiquement bas lors des dernières élections et il a commencé un processus de refondation et de renouvellement avec un véritable travail de groupe en interne justement pour travailler sur un profil qui soit plus clair et plus stable dans le temps. Donc, tout le travail reste encore à faire, et donc, en ce moment, il me semble que d’un point de vue stratégique il est mieux de trouver un compromis qui permette aussi au parti social-démocrate de rester sur la ligne politique, mais de continuer à travailler ensemble".

Alternative für Deutschland, ce parti qui est considéré comme populiste ou d’extrême droite et qui serait en embuscade s’il y avait de prochaines élections, c’est ça ?


L'arrivée d'Alternative für Deutschland, ce parti dit populiste avec une ligne très dure sur la question migratoire joue un rôle dans le contexte de cette crise de gouvernement, avec le parti bavarois, la CSU, qui risque de perdre la majorité absolue: "Ce parti a obtenu des résultats électoraux considérables lors des dernières élections et lorsqu’on regarde les sondages, notamment sur la période récente, on ne peut pas dire que ça profite à l’AFD. En ce moment, c’est plutôt les grands partis du gouvernement qui profitent, même si c’est un tout petit peu, du fait de voir ces discussions de fond et le durcissement de l’immigration. Ce n’est donc pas immédiatement au profit de l’AFD".


Angela Merkel garde quand même un poids politique important, selon Eileen Keller: "Je dirais aussi que les compromis et les concessions qu’elle a obtenus au niveau européen lors du dernier sommet montrent quand même qu’elle réussit à obtenir des choses. Il est vrai que toute la crise l'a affaiblie aussi bien que son principal opposant, le ministre de l’Intérieur de la CSU. Il est vrai que toute cette période nuit à son avenir politique et ça montre aussi qu’elle est dans une situation particulière. Ce sera son dernier mandat de toute manière, donc toutes les  questions autour de son successeur et son profil jouent dans ce contexte".

 

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