Accord sur le nucléaire iranien: "Les interprétations sont différentes"

Vincent Eiffling: "Il faudra du temps avant que Téhéran revienne vraiment dans le jeu des Nations"
Vincent Eiffling: "Il faudra du temps avant que Téhéran revienne vraiment dans le jeu des Nations" - © Tous droits réservés

Vincent Eiffling, chercheur à l'UCL spécialiste de l'Iran, était l’invité de Matin Première ce jeudi. Il est revenu sur l’accord sur le nucléaire iranien, conclu la semaine dernière entre grandes puissances et Téhéran.

Après 18 mois de négociations, les grandes puissances et l’Iran sont parvenus la semaine dernière à un accord sur le nucléaire iranien. Cependant l’accord définitif doit être encore être défini et il fera l’objet de "vérifications sans précédent", a précisé le président américain Barack Obama.

Cet accord est-il équilibré ? "Il faut bien reconnaître que tout le monde a mis un peu d’eau dans son vin. Mais ce qui est intéressant c’est de comparer ce qui se dit en Iran et aux Etats-Unis, les interprétations sont différentes sur certains points", note Vincent Eiffling.

Et certains, en Iran ne sont pas ravis de cet accord. "Le nucléaire est un problème clivant, de politique intérieur en Iran. Une grande partie de la population est très contente, mais il faut relativiser. Dans les conservateurs, il y en a certains qui ne sont pas heureux de cet accord, car ils ont profité des sanctions internationales pour développer des monopoles sur certains pans de l’économie".

Pourtant, l’ayatollah Khamenei, bien que conservateur, valide l’accord. Mais il y trouve un intérêt, note le chercheur de l’UCL. "Certains avaient acquis un trop grand pouvoir. Donc ça lui permet de les miner".

Est-ce que cet accord redonne une place à l’Iran dans la communauté internationale ? "Il faudra du temps avant que Téhéran revienne vraiment dans le jeu des Nations, précise Vincent Eiffling. Mais dans les crises au Moyen-Orient, on voit bien qu’on ne peut pas se passer d’elle. L’Occident doit collaborer avec l'Iran. C’est la puissance majeure située près de l’Irak".

La présence de l’EI en Irak a-t-elle précipité l’accord ? "Même si Téhéran et Occident ne s’étaient pas mis d’accord sur le nucléaire, ça ne les aurait pas empêché d’être en accord sur la situation en Irak et le fait qu’il faut mettre un frein à l’EI. Il ne faut donc pas forcément y voir un lien de cause à effet", nuance le chercheur.

L’Iran est indispensable à l’Occident dans la résolution de la crise actuelle en Irak. "Les Occidentaux refusent d’envoyer des troupes au sol. Les Iraniens sont les seuls à pouvoir envoyer des troupes au sol de manière efficace, parfois dans l’ombre". Cependant, note-t-il, "il y a des convergences tactiques, mais sur le long terme en politique, il peut y avoir des divergences : sur l’avenir de Bachar al-Assad, sur le Kurdistant irakien…"

Parmi les mécontents de cet accord Israël. Le Premier ministre Netanyahu s’est montré très critique, "mais, la communauté du renseignement, les militaires, surtout ceux à la retraite, et qui peuvent donc parler plus librement, ont dit que ça aurait été une erreur de ne pas arriver à cet accord", conclut-il.

 

J.C.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK