Abus sexuels dans l'Eglise: le pape François devant des choix décisifs

Le pape réunit cette semaine au Vatican la hiérarchie épiscopale de la planète qui sera placée devant ses responsabilités face aux scandales d'agressions sexuelles de mineurs.

Les présidents d'une centaine de conférences épiscopales de tous les continents se retrouvent de jeudi à dimanche prochain. En compagnie de hauts prélats du Vatican, de chefs des Eglises catholiques orientales et de responsables de congrégations religieuses. Avant de prendre le chemin de Rome, le pape François leur a demandé de rencontrer des victimes d'abus sexuels dans leurs pays respectifs. Quelques victimes sont aussi invitées au Vatican.

"Je vous invite à prier pour ce rendez-vous, que j'ai voulu comme un acte de forte responsabilité pastorale devant un défi urgent de notre époque", a déclaré dimanche le pape François, devant la foule des fidèles rassemblés place Saint-Pierre pour la prière de l'angelus. Car l'événement se veut une prise de conscience collective du phénomène mondial des viols sur mineurs dans les rangs de l'Eglise, alors que beaucoup de pays, de l'Afrique à l'Asie, en passant par le Moyen-Orient, sont dans le déni de ce type de crimes et préfèrent pointer l'Occident du doigt.

Responsabilité, Comme l'explique l'archevêque Scicluna, l'un des organisateurs de la réunion. 

Monseigneur Scicluna, l'un des organisateurs de la conférence explique: "L'objectif est aussi de faire de l'Eglise un endroit sûr pour les enfants, comme elle devrait l'être, et donc tout le monde doit être sur la même longueur d'onde que le Pape qui a beaucoup de fois, à maintes reprises, parler d'une voix forte et sans équivoque sur cette question." 

Luis Badilla, un vaticaniste chilien animant un blog après une carrière à Radio Vatican, parle d'un "moment décisif pour le pontificat".

"Nous voulons que cette rencontre se termine avec des choses concrètes", dit-il, en écho aux associations de victimes qui donneront de la voix chaque jour à Rome en marge du sommet. Née de retentissants scandales de pédophilie au Chili et aux Etats-Unis, la rencontre voulue par le pape sur "la protection des mineurs" affiche un intitulé édulcoré, note cet expert. "Une façon de manipuler la gravité du problème", selon lui, dans le contexte d'une assemblée de 5000 évêques programmés depuis des décennies à protéger l'image de l'Eglise.

Parfois, les évêques ne savent pas quoi faire

Le pape a défroqué à point nommé samedi l'ex-cardinal américain Theodore McCarrick, 88 ans, accusé d'abus sexuels il y a près d'un demi-siècle. Une première historique pour "un prince de l'Eglise". Le pape a souligné récemment que "le problème des abus continuera". "En résolvant le problème dans l'Eglise par une prise de conscience, nous contribuerons à le résoudre dans la société, dans les familles, où la honte fait que l'on couvre tout", a-t-il ajouté. La réunion élaborera "des protocoles" car "parfois les évêques ne savent pas quoi faire", a stipulé François.

Reste que l'Eglise catholique, l'institution la plus montrée du doigt, est l'une des rares à s'auto-flageller en commandant des enquêtes pour sortir de la crise, à l'instar de l'épiscopat allemand cet automne. Une bombe à retardement sommeille sans doute pour d'autres pans de société et d'autres religions. La principale église protestante américaine, la Southern Baptist Convention, vient ainsi d'être secouée par un scandale sexuel de grande ampleur impliquant près de 400 pasteurs, bénévoles et éducateurs sur deux décennies.

Les associations attendent des mesures concrètes

Les victimes du clergé, elles, réclament des mesures très concrètes en matière de protection des mineurs contre les agressions sexuelles dans les rangs de l'Eglise, à l'instar de plusieurs commissions d'enquête. Parmi celles-ci, le renvoi immédiat des agresseurs et de leurs protecteurs, et "la tolérance zéro pour les abus sexuels perpétrés par des ecclésiastiques", une règle qui devrait être "inscrite par écrit dans la loi universelle de l'Eglise avant la fin de la réunion", explique ECA ("Ending clerical abuse", Mettre fin aux abus du clergé), une organisation de défense des victimes présente dans 17 pays.

L'organisation Snap ("Survivors network of those abused by priests", réseau de survivants d'agressions sexuelles par des prêtres) demande aussi le renvoi des évêques ou cardinaux qui auraient couvert des agressions sexuelles commises par un membre du clergé.

Les prêtres coupables d'avoir agressé des enfants doivent figurer dans "un registre public", plaide ECA. L'organisation réclame aussi "une commission vérité indépendante au Vatican" rendant publiques des archives de l'Eglise, en commençant par celles du Saint-Siège.

Il faut également "obliger les évêques du monde entier à remettre leurs dossiers à la justice civile pour des enquêtes indépendantes sur leur gestion des cas d'agressions sexuelles du clergé", propose Snap.

Des chercheurs d'universités allemandes, qui ont révélé en septembre 2018 dans un rapport commandé par l'épiscopat des agressions sexuelles sur des milliers d'enfants pendant des décennies en Allemagne, veulent, eux, que soit étudiée la corrélation éventuelle du célibat des prêtres. Le président de la conférence épiscopale allemande, Reinhard Marx, encourage aussi une discussion transparente et sans tabou sur le célibat. Pour la Commission d'enquête royale sur les réponses institutionnelles aux crimes de pédophilie en Australie, le Vatican doit instaurer un célibat volontaire et non plus obligatoire pour les prêtres.

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