Abou Bakr al-Baghdadi tué : la fin d'un règne pour un calife de l'ombre

Abou Bakr al-Baghdadi tué : la fin d’un règne pour un calife de l’ombre
Abou Bakr al-Baghdadi tué : la fin d’un règne pour un calife de l’ombre - © AFP

Le chef du groupe État islamique (EI), Abou Bakr al-Baghdadi, tué dimanche dans une opération américaine en Syrie, aura toujours vécu terré dans l’ombre, même lorsque, autoproclamé "calife", il présidait aux destinées de sept millions de personnes en Syrie et en Irak.

Surnommé le "fantôme", il a d’abord échoué à devenir avocat puis militaire. Il a alors suivi des études de théologie, avant de rejoindre un groupuscule djihadiste lors de l’invasion américaine en Irak en 2003. Il était alors un militaire de second rang. Et pourtant, quelques années plus tard, cet Irakien de 48 ans est parvenu à réaliser l’alliance entre djihadistes convaincus venus du monde entier. Passé par Al-Qaïda, dont il a ensuite pris la tête, il a profité du chaos de la guerre civile pour rassembler ses combattants en Syrie, afin de préparer une offensive massive vers l’Irak.

C’est ainsi qu’il a été le premier chef djihadiste à instaurer un proto-Etat, son "califat" autoproclamé. Aujourd’hui, il n’en reste rien au niveau territorial, puisque le dernier réduit de l’EI est tombé en mars à Baghouz, en Syrie. Des dizaines de milliers de ses djihadistes sont désormais dans les prisons des Kurdes de Syrie ou de l’État irakien.

Discret depuis des mois

Depuis plusieurs mois, l’homme dont la mort avait été évoquée à plusieurs reprises ne dirigeait plus que des troupes disloquées, même si dans ses vidéos de propagande soigneusement réalisées, l’Etat islamique continuait de revendiquer, plus ou moins opportunément, des attentats à travers le monde.

Quoi qu’il en soit, Ibrahim Awad al-Badri de son vrai nom, montrait rarement son visage, et ce même avant la perte de ses territoires. Du temps du "califat", il n’a fait qu’une seule apparition publique, en juin 2014. C’était à sa "création", lorsqu’il s’était auto-proclamé à la tête de ce califat. Placé en haut de la chaire de la célèbre mosquée al-Nouri de Mossoul, il avait appelé tous les musulmans à lui prêter allégeance. Son visage à la barbe poivre et sel teintée de henné rouge n’est reparu qu’une autre fois, sur une vidéo diffusée en avril 2019. Il s’est par ailleurs exprimé via des enregistrements sonores.

L’homme le plus recherché du monde

Les Etats-Unis offraient 25 millions de dollars pour la capture de cet homme, le plus recherché du monde, né dans une famille pauvre de Samarra, au nord de Bagdad.

Sa discrétion en a fait pour officiels et militaires occidentaux l’antithèse d’Oussama Ben Laden, qui diffusait régulièrement des cassettes vidéo avec mise en scène au combat ou à la mosquée. Le chef d’Al-Qaïda avait été traqué des années et tué en 2011 par les forces spéciales américaines au Pakistan.

Prêchant dans une mosquée peu fréquentée de l’Irak alors sous la dictature de Saddam Hussein, il a développé "une vision assez claire de là où il voulait aller et de l’organisation qu’il voulait créer", explique la journaliste Sofia Amara. "C’est un planificateur secret", explique celle qui a réalisé un documentaire sur Baghdadi. Et, s’il "donne l’impression d’un homme pas brillant", il est "patient et bosseur".

Il a survécu à plusieurs attaques avant celle de dimanche et il avait au fil du temps drastiquement réduit son entourage. Celui qui s’était un temps posé en chef suprême des musulmans du monde, réactivant le "califat" des premiers siècles de l’islam, aura finalement trouvé la mort à Idleb, dernier carré djihadiste de Syrie. Là, il avait dû trouver refuge parmi les groupuscules liés à al-Qaïda, le groupe de ses débuts.

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