A Venise, le fiasco du méga-projet de digues censé protéger la ville des inondations

A Venise, le fiasco du méga-projet de digues censé protéger la ville des inondations
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A Venise, le fiasco du méga-projet de digues censé protéger la ville des inondations - © MARCO SABADIN - AFP

L’exceptionnelle marée haute qui a défiguré Venise mardi aurait-elle pu être évitée, ou du moins atténuée ? Cette question, les Vénitiens se la posent avec d’autant plus d’amertume que trois immenses digues sont en construction depuis de nombreuses années, mais que leur inauguration est sans cesse retardée.

Initialement, ce méga-projet, baptisé Mose (Moïse en italien, acronyme de "Module expérimental électromécanique") et attendu par les habitants depuis 1991, aurait dû être terminé en 2014. Aujourd’hui, les autorités italiennes estiment qu’il pourra entrer en service dans deux ans seulement, fin 2021. Parallèlement, l’entreprise de construction de la digue estime que les travaux sont aujourd’hui terminés "à 94%".

Gouffre financier

Le projet consiste à installer 78 digues flottantes au niveau des trois jonctions entre la lagune et l’Adriatique (voir l'animation ci-dessous). Des digues qui peuvent être levées de façon temporaire pour protéger la lagune en cas de fortes marées et de montée de la mer jusqu’à 3 mètres de haut. C’est l’un des plus grands projets d’ingénierie civile au monde. Premier problème : le budget alloué à ce chantier pharaonique a plus que triplé en quelques années, passant de 1.6 milliards d’euros initialement, à 5.5 milliards aujourd’hui.

Deuxième problème: démarré en 2003 et espéré par les Vénitiens depuis les inondations historiques de 1966, le projet a pris du retard à cause de malfaçons et de scandales de corruption. Récemment, des problèmes techniques ont également été détectés lors d’une phase de test. Des vibrations inquiétantes et des traces précoces de rouille sur les énormes structures sous-marines ont achevé de ternir l’image de Mose. Des charnières en métal, censées résister à la rouille pendant cent ans, seraient effectivement en train de rouiller après avoir passé moins de dix ans sous l’eau.

Efficacité mise en doute

L’utilité de ces digues n’est pas remise en question par les habitants. L’automne et l’hiver sont traditionnellement des saisons à risque pour Venise et avec le changement climatique, il est fort à parier que le phénomène d’acqua alta se reproduira dans de telles proportions à l’avenir.

Mais plusieurs voix se sont élevées pour soulever un troisième problème: l’efficacité des digues en construction. En 2015 déjà, une étude estimait que "les portes de Mose ne peuvent pas faire face à une élévation du niveau de la mer car elles ne constituent pas une barrière étanche. Leurs oscillations avec les vagues élargiront les espaces entre les portes et permettront à l’eau de mer d’augmenter le niveau de la lagune, même lorsque les portes sont fermées."

D’autres estiment que ces digues ne permettront pas de répondre aux nouvelles prévisions alarmantes liées au changement climatique.

En 2010, un rapport de l’UNESCO estimait que Mose avait été pensé sur base de trois scénarios de montée du niveau de la mer Adriatique à l’horizon 2100. Un scénario probable (16.4 cm), prudent (22 cm) et pessimiste (31.4 cm). Or, note le rapport, "il apparaît que ces chiffres (même le plus pessimiste), se situent désormais dans la partie inférieure de ce que l’on pense être un scénario réaliste d’élévation du niveau de la mer pour le siècle prochain".

Bref, s’il est un jour inauguré, le méga-projet Mose pourrait, en plus, être rapidement obsolète…

Journal télévisé 13H

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