A qui profiterait la procédure de destitution de Donald Trump?

Nancy Pelosi:  «Comme démocrates, comme Américains, on ne peut pas tolérer ce type de comportement».
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Nancy Pelosi: «Comme démocrates, comme Américains, on ne peut pas tolérer ce type de comportement». - © BRENDAN SMIALOWSKI - AFP

Suite à ce que l’on nomme déjà "l’Ukraine-gate", une procédure d’impeachment (de destitution) a été lancée par les démocrates américains contre le président Donald Trump. Mais pour Jean-Paul Marthoz, journaliste, essayiste et grand connaisseur des États-Unis, cette procédure pourtant a peu de chance d’aboutir. Ce qui est sûr, c’est qu’elle figurera au cœur de la campagne présidentielle qui durera une année encore.

Simplement parce que le Sénat est sous le contrôle des républicains et que Donald Trump contrôle très bien le parti. Pour que la procédure fonctionne, explique Jean-Paul Marthoz, il faudrait que les accusations soient extrêmement fortes et qu’une partie des républicains prennent le risque de compromettre leur carrière en votant contre leur président. "D’ailleurs, je pense que lorsque la procédure a été annoncée officiellement par Nancy Pelosi, elle ne croyait pas du tout au succès de cette procédure au Sénat."

Tenter de présenter Donald Trump comme un président qui ne respecte pas les règles

Pourquoi les démocrates lancent-ils alors cette procédure à laquelle ils n’y croient pas eux-mêmes ? Jean-Paul Marthoz y voit deux raisons. "Le message semble cette fois-ci clair à expliquer au public américain. La conversation qui a été enregistrée semble indiquer qu’il y a eu une demande de faveur de la part de Donald Trump à un dirigeant étranger pour influencer la campagne électorale américaine et pour nuire au principal opposant démocrate, Joe Biden. Dans ce cas-là, pour Nancy Pelosi, qui — il ne faut pas oublier — a été pendant très longtemps membre de la commission du Renseignement de la Chambre, il s’agit réellement du moment décisif alors qu’elle s’est longtemps opposée à cette procédure dont elle craint les répercussions et la confusion." Le message de Nancy Pelosi est clair : "Comme démocrates, comme Américains, on ne peut pas tolérer ce type de comportement".

C’est donc le moment ou jamais pour elle, analyse Jean-Paul Marthoz de profiter de cette situation, d’autant plus qu’il y a au sein du parti une partie importante des démocrates, notamment de la gauche démocrate qui l’a poussée à agir. "Je pense qu’elle a pris la décision de lancer cette procédure en pensant qu’il y a extrêmement peu de chance de réussir, mais que le processus lui-même peut démontrer que Donald Trump est un président qui se permet de dépasser les règles les plus élémentaires de la Constitution américaine et qui est prêt à demander l’appui d’un homme étranger pour influencer la campagne."

Se venger d’une fausse victoire de Trump en 2016

Et c’est aussi le signe que la campagne pour la présidentielle de 2020 est lancée. Une campagne qui s’annonce dure. Une campagne qui a, d’une certaine manière, débuté dès l’élection de Donald Trump. Une manière explique Jean-Paul Marthoz de se venger de ce que les démocrates pensent être une fausse victoire de Trump. D’autant que Donald Trump a gagné les élections avec trois millions de votes de moins qu’Hillary Clinton. "Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, avec cette procédure de destitution, la campagne prend une tournure absolument exceptionnelle. C’est d’abord historique, car c’est seulement la quatrième fois dans l’histoire des États-Unis qu’une procédure de destitution est mise en œuvre, et cette procédure va envahir toute la campagne et polariser les débats politiques. On entre donc dans une campagne extrêmement dure, qui risque d’ailleurs d’occulter un certain nombre de dossiers sur lesquels les démocrates voulaient attaquer Donald Trump."

Trump comme victime du système

Cette procédure permettra toutefois à Trump de se mettre dans sa position préférée, celle de victime de l’establishment.

C’est déjà le thème qu’il a utilisé dans sa campagne, explique Jean-Paul Marthoz : "Il l’utilise depuis deux ans pour renforcer son électorat qui apprécie son discours populiste de président indépendant contre les élites traditionnelles aux États-Unis. C’est donc ça qu’il va jouer, mais ce n’est pas sûr qu’il va l’emporter". Pour le savoir, il faudra encore patienter jusqu’en novembre 2020. A peine plus d’un an.

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