A Palma de Majorque, la pollution des bateaux de croisière devient intolérable pour les habitants

"Tiens, tu entends ? Ces bruits de bateaux, et ces coups de klaxon. Ça, c’est toute la journée", déclare César, un habitant du quartier portuaire d’El Terreno. Devant chez lui, il y a un terrain de basket, ensuite une grande rue et au loin, la Méditerranée. Malgré quelques immeubles de part et d’autre, la vue est dégagée. Le problème, c’est qu’en été, ce n’est pas souvent comme ça. "C’est comme s’ils construisaient un immeuble en face de chez moi. Et là, ça en est fini de notre tranquillité. Les moteurs restent allumés 24 heures sur 24. On entend la musique du bateau, et d’un seul coup, on ne voit plus la mer. La seule chose qu’on voit, c’est un nuage de pollution et du bruit," raconte César.

Du fioul lourd non raffiné utilisé comme carburant

Aujourd’hui, 4 navires passent la journée dans le port, dont l’Oasis of the seas et ses 8000 personnes à bord. Au loin, on voit les cheminées des bateaux qui recrachent la fumée. César vit cette pollution au quotidien, ce qui n’est pas sans conséquence sur sa santé. "Tu t’en rends compte parce que tu as la gorge qui devient sèche et tes yeux qui piquent. Et puis, je ne sais pas si tu as remarqué mais il y a une espèce d’odeur pourrie qui vient d’arriver là. Et bien ça, ça arrive souvent", explique-t-il.

Les navires utilisent du fioul lourd non raffiné. C’est le carburant le plus sale qui existe. Voilà qui a de quoi inquiéter les habitants qui ont lancé une pétition. Ils demandent de limiter le nombre de bateaux de croisière à un seul par jour. Pour Guillermo Gaya, porte-parole de l’association des habitants du quartier, c’est une question de santé publique. "Palma, c’est la deuxième ville la plus spoilée par les bateaux de croisière, après Barcelone. Or, Palma est plus petite que Barcelone. Les émissions de dioxyde de soufre des bateaux de croisière à Palma représentent dix fois les émissions de toutes les voitures et les camions qui roulent à Palma."

Les croisiéristes, pas prêts à renoncer à réserver une croisière

Autour de la Cathédrale de Palma, les croisiéristes se pressent. Monique est lyonnaise. Elle passe un séjour d’une semaine à bord du MSC Fantasia. Elle n’est pas indifférente à la pollution des bateaux, mais pas au point de renoncer à ses vacances. "Quelle planète, on laisse à nos gamins ! Moi, j’en ai, et je ne suis pas fière. Après, si les 3000 personnes du bateau prenaient l’avion ou prenaient leur voiture, je pense qu’on en arriverait également à des taux de pollution énormes. On n’a rien pour l’instant. On n’a pas d’alternatives à ça."

A Palma, comme à Barcelone ou Venise ou Lisbonne, le combat contre la pollution des bateaux s’ajoute à la grogne anti-vacanciers. Et, en même temps, pour les îles Baléares, le tourisme représente 80% de l’économie. Juani tient une boutique de vêtements. "On vit du tourisme, des bateaux de croisières et de tous ceux qui viennent ici en vacances. J’aimerais qu’il y en ait davantage pour assurer le chiffre d’affaires de ma saison. Elle ne dure que 4 mois. Ensuite, l’hiver est très long et ici, la vie est chère", témoigne Juani.

Conscient du malaise des habitants de Palma, le gouvernement régional étudie la possibilité d’envoyer une partie des paquebots vers d’autres ports de l’île.

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