A New Delhi : la lutte vitale pour l’oxygène

La capitale indienne continue à souffrir d’une pénurie accrue d’oxygène, qui met en danger la vie de dizaines de milliers de patients infectés par la deuxième vague de Covid-19 qui frappe ce pays. Tous les jours, des proches de malades font donc des heures de queue devant les usines d’oxygène, en espérant remplir leurs bouteilles.

Des longues files

Des dizaines de lourdes bouteilles d’oxygène, d’environ un mètre et demi de hauteur, sont couchées et alignées au sol, comme des personnes inconscientes en attente d’être réanimées. Tout autour, leurs propriétaires attendent, désespérés. La plupart sont ici depuis des heures, voire des dizaines d’heures. Ils espèrent pouvoir les remplir et sauver leurs proches, qui peinent à respirer à cause de leur infection au Covid-19. Cette scène se déroule devant l’usine de distribution d’oxygène Vaibhav, au sud-est de New Delhi, mais pourrait être partout. Depuis deux semaines, cette lutte vitale fait partie du quotidien des habitants de la capitale indienne de plus de 20 millions d’habitants.


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Bakshi Prasad, l’air hagard, peine à se tenir droit dans la chaleur humide de l’après-midi. Cela fait 28 heures que cet homme attend de remplir sa bouteille, et il n’en voit plus le bout. "Ils ont dit que ça arriverait à 9 heures, puis 11 heures, maintenant ils disent 17 heures…, dit-il d’une voix éteinte. C’est comme cela depuis hier. Je survis en mangeant des biscuits. Mais je suis épuisé". Il serait pourtant sur le point d’y arriver. Il a avancé progressivement, passé les barrières jaunes de la police, et se trouve maintenant à plusieurs centaines de mètres en avant, dans l’enceinte de l’usine. Mais rien n’est gagné, car la pénurie n’épargne personne.

Javed Khan, lui, a décidé de rebrousser chemin après 35 heures d’attente, et fait rouler sa bouteille sur le sol, vers la sortie. Sa mère est extrêmement malade, avec une concentration d’oxygène dans le sang de 35 (au-dessous de 90, les médecins recommandent l’hospitalisation), et n’a pu trouver de place en hôpital. "Elle n’a pas d’oxygène depuis hier et les médecins se demandent comment elle tient, confie ce jeune homme de 21 ans. Ici, je n’ai rien pu obtenir, mais un ami vient de m’appeler : sa mère est décédée et je peux maintenant récupérer la bouteille qu’il leur reste".

Des décès en masse

Officiellement, environ 400 personnes meurent chaque jour du Covid-19 à New Delhi, soit une personne toutes les quatre minutes. Cela représente 12% des décès du COVID enregistrés en inde. Le Covid19 a déjà tué plus de 20 millions de personnes dans le pays depuis le début de la pandémie, mais le bilan devrait être bien au moins cinq fois plus élevé, car l’Inde n’enregistre la cause des décès que dans 18% des cas. Cela ferait de l’Inde, avec 1,3 milliard d’habitants, le pays à la plus forte mortalité de manière absolue, et l’un des plus sévèrement touché par habitant.


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Le système hospitalier, public comme privé, est saturé à cause de l’afflux soudain de patients, mais surtout car il n’y a pas assez d’oxygène pour les maintenir en vie. Officiellement, 94% des lits COVID de la ville sont occupés, et 96% de ceux en soins intensifs, mais la capitale ne reçoit que la moitié de la quantité d’oxygène requise par le gouvernement régional. Ce gaz est produit en grandes quantités dans les usines du pays, mais elles sont éloignées des villes, et il est compliqué de l’acheminer rapidement.

"Le gouvernement contrôle le rationnement, se désole Krishnan Kumar, le directeur de l’usine Vaibhav. Nous recevons ces jours-ci 18 tonnes d’oxygène liquide et 14 tonnes doivent être envoyées directement aux hôpitaux. Le reste peut être vendu au détail à ces particuliers". Cette quantité devrait être suffisante pour 700 personnes, assure-t-il, mais en parlant à ceux qui attendent, il semble clair que bien moins de personnes en reçoivent chaque jour. On ne sait pas ce qui arrive au reste, et si, comme souvent en Inde, des officiels réussissent à couper les files pour obtenir ce gaz devenu plus précieux que l’or.

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