À Moscou, les étudiants se sont mobilisés contre la Fan Zone... en vain

Moscou accueille des matches de la Coupe du monde de Russie. Cela va de soi. Mais, en dehors des stades, des dizaines de milliers de supporters sans ticket voudront aussi regarder les matches sur un écran géant. On appelle ça une Fan Zone, et, dans la capitale russe, le choix de son emplacement pose énormément de problèmes.

Pendant la Coupe, on n'entendra plus les moineaux

L'université de Moscou est l'un des sept gratte-ciels staliniens de la capitale, mais c'est aussi l'une des plus prestigieuses universités de toute la Russie. À ses pieds, une allée très agréable, où les Moscovites aiment venir chercher un peu de calme. On l'appelle la "colline aux moineaux". Mais, pendant le mois que dure la Coupe du monde, ce sont plutôt des cris de supporters que l'on entend ici.

"Le premier projet remis par les autorités prévoyait un écran ici et, ensuite, la zone pour les supporters devait être là-bas, sur toute la surface de la place de l'université jusqu'au point panoramique tout là-bas. Au départ, la capacité prévue était de 40.000 personnes, selon les normes de la FIFA. Actuellement, on est passé à 20.000", nous expliquait alors Alexandre Zamyatine, ancien étudiant de l'université et diplômé en physique.

Examens et Coupe du monde : un duo impossible

Cet emplacement est catastrophique pour les milliers de jeunes qui étudient ici sans parler de ceux qui logent dans l'impressionnant bâtiment. C'est le cas de Maria Tcheremnova, étudiante en deuxième année de physique. Pour atteindre sa petite chambre située au septième étage qu'elle partage avec une autre étudiante, il nous faut passer quatre contrôles d'identité. Un gardien assis au bout du couloir effectue régulièrement des rondes.

Maria ouvre la fenêtre branlante et nous explique : "Voila l'endroit où il y aura la Fan Zone à 300 m d'ici, on la voit par la fenêtre et on entend tout. Je ne peux même pas imaginer comment je vais parvenir à préparer mes examens avec ce bruit. Il y aura peut-être des bagarres. La Coupe du monde correspond exactement à la période des examens. Pendant un mois, on va devoir étudier dans des conditions horribles".

Pas dialogue, mais des menaces

Vingt-mille personnes ont signé une des pétitions demandant que les autorités de la ville et la FIFA se mettent d'accord pour trouver un autre emplacement pour la Fan Zone. Rien n'y a fait.

Les manifestations sont systématiquement interdites et le rectorat de l'université a refusé de recevoir les représentants des étudiants, ce qui rend Maria Tshekotchikhina, étudiante en lettres, très en colère : "Il n'y a pas de culture de protestation en Russie. En France, c'est normal de faire une manifestation, de venir à l'administration, d'exprimer son opinion. Maintenant, l'administration de l'université nous dit : 'Quoi ? vous avez une opinion ? C'est une surprise, qu'est ce que c'est que ça ?'. On vous dit que vous devez être d'accord, c'est tout".

S'opposer aux autorités ou dénoncer les abus commis au nom des aménagements nécessaires pour la Coupe du monde est très mal vu et pourrait causer beaucoup de problèmes aux étudiants qui osent s'exprimer.

Alexandre Zamyatine, qui a lancé le mouvement de contestation, a déjà son diplôme ce qui le rend moins sensible aux menaces : "Parmi notre groupe d'activistes, beaucoup ont des problèmes. Les ennuis les moins graves, c'est d’être convoqué par la direction de l'université, et d’être appelé plusieurs fois dans leurs bureaux pour expliquer ce qu'on a fait. Le pire, et ça vient probablement du FSB, donc des services de renseignements, c'est d'appeler les parents des étudiants qui manifestent, et de les menacer en disant que, en tant que parents, ils pourraient perdre leur emploi".

Dernier élément dans cette histoire, des centaines d'arbres, pourtant protégés, ont été arrachés pour laisser la place au village des supporters. Sans autorisation apparemment et sans aucune explication. Rien, semble-t-il, ne devait empêcher les préparatifs de cette Coupe du monde...

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