A Limerick, les sinistrés de Dell essaient toujours de s'en sortir

Dell, sur le zoning de LImerick
Dell, sur le zoning de LImerick - © RTBF

Il est déjà loin le temps où tous les regards européens se tournaient vers l’Irlande, si prospère. La crise est passée par là. Et l’Irlande a dû demander l’aide de ceux qui l’enviaient tant. A Limerick, la crise est d’autant plus grande que l’usine Dell a délocalisé vers la Pologne en 2009. Reportage dans cette ville sinistrée.

Le Tigre celtique a vécu. L’Irlande a été touchée de plein fouet par la crise des subprimes partie des Etats-Unis en 2007. La bulle immobilière a explosé. Et les banques se sont effondrées.

Le PIB irlandais a connu une chute historique de  7,6% en 2009. Le déficit public est de 9,6% du PIB en 2010, le but étant de le porter à 3% en 2015.

Depuis 2008, l’Irlande est en régime d’austérité. Pour éponger ses dettes, le gouvernement, tombé depuis lors, a dû se résoudre à faire appel à l’Union européenne, avec son Mécanisme de stabilité, et au FMI pour un montant de 85 milliards d'euros.

Résultat : de lourds sacrifices imposés à la population, baisse des allocations de chômage, du salaire minimum, des allocations familiales, augmentation des impôts, coupes salariales…

A Limerick, ville de 90 000 habitants dans l’ouest de l’Irlande, la crise a été d’autant plus ressentie qu’une mini-tornade l’a ravagée en 2009 : Dell, deuxième employeur national, a décidé de délocaliser son usine de production en Pologne. En tout, ce sont 10 000 emplois qui sont touchés.

La catastrophe était telle que l’Irlande a fait appel à l’Union européenne et à son Fonds d’ajustement à la mondialisation.

23 millions d’euros ont été débloqués. L’intervention de ce fonds pour l'Irlande était l’une des premières pour une délocalisation à l’intérieur de l’Union européenne.

Il sert, dans le cas des anciens travailleurs de Dell, à financer des formations et des bourses pour les anciens de Dell et de certains de ses sous-traitants qui lancaient leur propore entreprise.

Mais voilà, l’intervention du Fonds se termine en juin (l'intervention dure deux ans à partir de la demande du pays membre). Peu de personnes ont finalement pu en bénéficier (les chiffres ne sont pas facilement accessibles) et il n’est pas sûr que la moitié du fonds soit dépensée d'ici là.

Il n’y avait pas de syndicat chez Dell. Les ouvriers et employés se sont donc rassemblés dans une association, la Dell redundant worker association. Ils ont réussi à obtenir des indemnités de licenciement plus importantes.

Deux ans plus tard, ils sont toujours actifs. Essayant de comprendre pourquoi le fonds a été mal utilisé et aidant les anciens de Dell à s’y retrouver dans les formalités pour en bénéficier. Les "employés" sont tous bénévoles, leur minuscule local leur a été gracieusement donné par un collège privé de Limerick et tout leur matériel est financé par les 5 euros de cotisation par an que leur versent les 700 membres.

Nous sommes allés à leur rencontre. Joseph Clery, un ancien de Dell, chômeur, qui tente de monter son entreprise de smoothies, nous a expliqué ses difficultés. Tandis que Ger Finan, qui a lancé voici quelques mois son entreprise, PII, nous a reçu pendant une réunion avec l’un de ses clients, VisionID, une entreprise qui, après le départ de Dell, l’un de ses principaux clients, a dû revoir toute sa stratégie, se tourant vers d’autres domaines et marchés.

A Limerick, les sinistrés de Dell se reconstruisent. Tant bien que mal.

Julie Calleeuw, avec Loïc Normant

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