A la rencontre de la droite radicale américaine: "Nous sommes prêts à défendre notre race, notre nation"

Les néonazis du NSM dans leur QG du Tennessee.
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Les néonazis du NSM dans leur QG du Tennessee. - © Tous droits réservés

L'ultra droite américaine, nationaliste et souvent raciste a défilé à Charlottesville, en Virginie, le 12 août dernier. Auprès des "Chevaliers" du Ku Klux Klan, des activistes néonazis et des tenants de la "suprématie" de la race blanche, le Président Trump a laissé entendre qu'il y avait "des gens qui manifestaient innocemment". Des gens ordinaires en somme. Alors "Monsieur et Madame Tout-le-monde" avaient-ils fait le déplacement à Charlottesville ?

#LeScan a mené l'enquête.

Aux États-Unis, la liberté d’expression est un droit constitutionnel. Du coup tout est permis: Ku Klux Klan, croix gammée, bottes à clous, toute la panoplie.

A Charlottesville, la confrontation a été violente entre l’ultra-droite et les groupes antifascistes. Mais ce sont les déclarations du président Trump, à la suite de cette manifestation, qui ont aiguisé notre curiosité.

"Vous avez plein de gens dans ces groupes qui ne sont pas néonazis ou nationalistes blancs", maintenait Donald Trump, devant les médias, encore 4 jours après la manifestation ; "La presse les a traités de manière absolument injuste".

Ainsi donc, aux côtés des racistes convaincus de la supériorité de la race blanche, il n'y aurait pas que des mauvais bougres. #LeScan aime bien vérifier ce qu'on lui avance. Y avait-il vraiment des gens ordinaires à Charlottesville ?

Pour en avoir le cœur net, on a mis le cap sur le Tennessee, au sud des États-Unis.

C’est Brian Culpepper que nous avons d’abord retrouvé, sur un parking non loin de la frontière avec l’état de Géorgie. L’air débonnaire, l’homme est souriant. Il est pourtant l’un des membres éminents du National socialist movement (NSM). Le mouvement nazi américain.

Brian Culpepper était à Charlottesville, "sur la ligne de front", dit-il. Il va nous emmener avec lui pour rencontrer ceux qu'il appelle ses "camarades", présents comme lui à la manif de l'Alt-right.

Pour se dire bonjour, les nazis américains se donnent une accolade ponctuée du salut hitlérien. Tous sont nostalgiques de l’idéologie génocidaire du 3e Reich. Adorateurs d’Adolf Hitler et des escadrons SS. Antisémitisme et racisme, les conduiraient chez nous tout droit en prison. Mais aux USA les nazis ont pignon sur rue.

Le métissage et la diversité, ce n’est pas vraiment le truc de nazis américains

"Nous sommes prêts à défendre notre race, notre nation", explique Mike Schloer, un des membres éminents du NSM. "Notre mouvement est légal. Charlottesville n’est qu’un premier avertissement".

Le métissage, la diversité ce n’est pas vraiment le truc de nazis américains. "Les Blancs ont déjà toute la diversité dont ils ont besoin", ironise Brian Culpepper, "on a des blondes, des brunes, des rousses, des yeux bruns, des yeux bleus, des verts, des gris. Qu’est-ce qu’il vous faut de plus?"

Et quand ils font dans… l’humanitaire, comme quand ils montent une banque de distribution de pain, leurs bénéficiaires sont triés sur le volet.

Après avoir rencontré les membres du NSM, les déclarations de Donald Trump trottaient dans notre esprit: "Il n’y avait pas que des néonazis dans ces groupes, croyez-moi. J’ai bien tout regardé, de très près. De bien plus près que vous ne l’avez fait !"

Alors #LeScan a cherché. Nous avons scanné les photos des manifestants de Charlottesville. Et nous avons repéré un groupe de patriotes au T-shirt jaune vif, barré d'une épée: les "Hiwaymen".

Comme s'il était resté coincé en pleine guerre de Sécession

Doc Smith est un Hiwayman. Avec son groupe, il sillonne les USA pour sauver les statues confédérées menacées d'un déboulonnage imminent. C'est comme s'il était resté coincé en pleine guerre de Sécession. Son combat, il l'a même imprimé sur son corps.

"Ça, c’est le tatouage qui montre que je fais partie des forces patriotes armées de défense des États du Sud", explique-t-il. "Et ça c’est la Croix d’honneur confédérée. Mon arrière, arrière, arrière-grand-père était un vétéran de la guerre de Sécession. C'est comme si je pouvais toujours sentir l’odeur de la poudre !"

Doc Smith est-il lui aussi convaincu d’une prétendue supériorité de la race blanche? N’a-t-il pas l’impression de se compromettre en défilant aux côtés des nazis."Je ne suis pas d’accord avec les "Suprémacistes blancs", ni avec aucun groupe suprémaciste. Pour moi nous sommes tous de la race humaine", assure-t-il. "Mais même si je ne suis pas d’accord avec eux, ils ont le droit en Amérique de se rassembler pacifiquement et de dire ce qu’ils pensent".

Ce serait donc pour défendre la liberté d’expression que les Hiwaymen sont allés à Charlottesville. Avec casque, gilet pare-balle et masque à gaz. De toute évidence près à en découdre. "A Charlottesville, la gauche nous balançait des bouteilles pleines d’urine", insiste Doc Smith. "Ils lançaient ces trucs sur des gens comme moi, qui portais un drapeau américain. Et qui criais : Liberté! Nous voulons la liberté!".

L’histoire retiendra pourtant que c’est un militant d’extrême droite qui a foncé dans la foule et tué une militante antiraciste.

#LeScan a aussi retrouvé les membres de la "First Tennessee Rifle Unit" (FTRU). Ceux-là aussi ont traversé le pays pour rejoindre Charlottesville. Uniforme, grades, écussons. C’est une milice privée.

"Nous sommes une milice constitutionnelle", affirme J.C. Knott, le Colonel des FTRU. "On s’entraine. Pour tous types d’événements. On ne fait pas que du maniement d’armes. On se prépare. On stocke des aliments qui nous permettraient de tenir longtemps. Juste au cas où…"

Tout le monde est le bienvenu dans ce pays, même les Martiens

Juste au cas où donc… ces miliciens s'entraînent, équipés comme une armée en guerre. Les "Tennessee Rifle Unit" seraient plus de 150. Ils se disent "Conservateurs constitutionnels". Et pour défendre le 1er Amendement de leur Constitution, la liberté d’expression, ils se serviront du 2e qui autorise le port des armes.

"Nous ne sommes pas d’extrême droite", affirme le Colonel J.C. Knott, "Nous sommes au centre, c’est le mieux. Le genre, la race, on s’en moque ! Tout le monde est le bienvenu dans ce pays. Riches, pauvres, Blancs, Noirs, Jaunes, même les Martiens."

On est très encouragés par le Brexit

Ce que souhaitent les Conservateurs constitutionnels, c’est de revenir à la création des États-Unis, en 1776.

"A l’époque", explique Mark Hudson, l'expert de cette milice privée, "les États-Unis c'était un peu ce qu'était l'Europe avant la création de l'Union européenne. Le Tennessee c’était comme l’Italie et le Texas, c’était comme la France. Chaque état avait son autonomie".

C’est l’autorité de Washington D.C. qu’ils contestent. Ils se sentent proches des Marine Le Pen, de Nigel Farage et des autres nationalistes européens. "On est très encouragés par le Brexit. Et par tous ces pays qui retrouvent leur souveraineté nationale".

Depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, cette droite radicale se sent en tout cas pousser des ailes. Et, plus inquiétant, tous se préparent au combat.

"Si ce que vous voyez depuis l’Europe ressemble à une guerre, et bien les gars vous avez bien raison. C’est une guerre ! ", tonne Doc Smith, le patriote néo-confédéré des Hiwaymen.

Charles Rushe, qui a monté avec les néonazis du NSM une banque alimentaire destinée uniquement aux "Aryens", "aux bons Blancs", ne dit pas autre chose: "Nous pensons que la guerre civile est proche. Et elle commencera à cause d’un problème racial".

Force est de constater que la plupart des groupuscules mobilisés pour la manifestation de Charlottesville s'équipent aujourd'hui dans l’ombre. Des manifestants "ordinaires" présents à Charlottesville nous n’en avons pas retrouvés. Portée par un nouvel élan patriote, la droite radicale américaine est prête au combat.

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