A Calais : "Les responsables du drame d’aujourd’hui, ce ne sont pas ceux qui ont pris les bateaux"

Tous sont sous le choc. A Calais, migrants et bénévoles se posent énormément de questions après la mort de 27 personnes mercredi après-midi dans la Manche, au large de la ville. Depuis que les accès aux ferries et au tunnel sont verrouillés, les exilés essaient de rejoindre la Grande Bretagne par la mer, sur de frêles canots pneumatiques.

Même s’ils se sentent bien seuls, les bénévoles poursuivent leur action de solidarité aux côtés des migrants. Chaque matin, ils viennent leurs offrir une boisson chaude, un sandwich, une banane, et surtout, une écoute. Ils ont installé ici un générateur d’électricité pour permettre à de jeunes Soudanais de recharger leurs smartphones.

Le naufrage d’hier est dans tous les esprits. "Quelques-uns nous parlent", raconte Anna, franco-britannique bénévole au Secours catholique. "Ils sont effondrés. Mais en général, les gars gardent leurs émotions pour eux. Ils n’expriment pas ce qu’ils ressentent. Ils ont construit comme une barrière autour d’eux, depuis des mois ou des années. Ils en ont besoin pour tenir le coup."

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Des migrants dorment près d’un hangar, à Calais. © F. Berlaimont

"Ils essaient par tous les moyens de partir avec des petits bateaux"

Sur le quai Auguste Delpierre, Myriam attend les clients derrière son comptoir rempli de moules et de tourteaux. Elle s’est habituée à croiser ces ombres sur la côte. "Depuis quelque temps, lorsqu’on descend faire notre pêche aux moules, une pêche à pied, on en croise dans les dunes, sur la plage. Ils essaient par tous les moyens de partir avec des petits bateaux. Comme ils sont empêchés de monter dans les camions, ils essaient de trouver des solutions. Ils sont dans le désespoir."

Le sort des personnes exilées divise les Calaisiens. Myriam, qui se présente comme "paysanne des mers", est triste et écœurée. "Je voudrais rappeler aux Français que l’on est tous à la base africains. Il faut arrêter d’être aussi violents, aussi méchants. Que l’on soit méfiant, que l’on fasse une politique migratoire raisonnée, oui. Mais il ne faut pas faire n’importe quoi. Les responsables du drame d’aujourd’hui, ce ne sont pas ceux qui ont pris les bateaux, ce sont les passeurs et toute cette politique migratoire qui ne mène à rien."

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Le ballet des corbillards

Mercredi soir, la ville de Calais a été le théâtre d’un sinistre va-et-vient de corbillards jusqu’à 23h30. Ils ont transporté les 27 corps, repêchés dans une eau à 13°C. A cette température, on perd conscience après deux heures. Cinq femmes et une petite fille sont parmi les victimes.

Devant les grilles du port, Alexine, militante au sein d’une association calaisienne, s’indigne : "Tous les morts aux frontières pourraient être évités. Pour quelqu’un qui se trouve par exemple au Soudan, et qui veut demander l’asile en Angleterre, s’il y avait une voie légale pour le faire directement, il n’y aurait pas tous ces morts, ni de passeurs. Il faut que les personnes puissent demander l’asile depuis leur pays d’origine, sans avoir besoin de risquer leur vie pour demander l’asile. Le fait qu’il y ait ici tellement de contrôles, de barrières les pousse à prendre ces risques."

Un abri, pour quinze jours

La situation des personnes exilées se complique au fil du temps, et les bénévoles, eux, s’épuisent. Récemment, trois exilés ont entamé une grève de la faim, se souvient Anna. "Un médiateur est venu et a promis un sas, un abri temporaire pour leur permettre ensuite d’entrer dans un centre et faire une demande d’asile. Mais le sas a été fermé après quinze jours. Du coup, les 300 migrants qui pouvaient être hébergés se sont retrouvés à la rue. Déjà, il n’y avait que 300 places, alors que nous avons ici 1500 personnes. C’est dérisoire."

Ce jeudi soir, bénévoles, citoyens solidaires et personnes exilées se retrouvent au parc Richelieu de Calais pour une nouvelle veillée funèbre.

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